Maturités 2017

À quelles grappes donner la priorité sur les vignes gelées ?

Mardi 12 septembre 2017 par Alexandre Abellan

Inédit, le protocole de la Station Viticole a prélevé les grappes d’une parcelle partiellement touchée, en séparant les verjus non-vérés et vérés (deux colonnes de gauche) et grappes non-vérées et vérées (deux colonnes de droite).
Inédit, le protocole de la Station Viticole a prélevé les grappes d’une parcelle partiellement touchée, en séparant les verjus non-vérés et vérés (deux colonnes de gauche) et grappes non-vérées et vérées (deux colonnes de droite). - crédit photo : Station Viticole (BNIC)
Alors que les vendanges débutent à Cognac, la Station Viticole conseille de multiplier les contrôles de maturité. Et de ne pas hésiter à décortiquer la charge des parcelles partiellement gelées, entre verjus d’entre-cœur et grappes de deuxième génération.

Comme prévu, les vendanges 2017 viennent de commencer à Cognac. Affichant des maturités en avance de deux semaines par rapport à une année classique, ces premières parcelles rentrées ont surtout été épargnées par le gel d’avril. Semblant bénis des dieux, ces îlots affichent des rendements potentiels particulièrement élevés : 110-120 hectolitres de vin de distillation par hectare. Cette situation idéale est loin d’être généralisable, l’hétérogénéité des maturités et des rendements atteignant une ampleur inédite ce millésime. Que ce soit en Charente ou dans le reste du vignoble français, les décisions de vendange sont placées sous le signe des dilemmes. Reflétant la variabilité des degrés d’impact du gel printanier.

Dans les parcelles partiellement gelées, toute la question est de savoir sur quel niveau de maturité se caler. L’hésitation persistant entre les grappes épargnées par le gel et des verjus d’entre-coeur résume Vincent Dumot, de la Station Viticole. Pour trancher, les techniciens du Bureau National Inteprofessionnel du Cognac ont mis au point un protocole inédit. Ce 5 septembre, ils ont récolté sur un même coteau les raisins de deux parcelles. L’une totalement gelée et l’autre partiellement épargnée. À chaque fois, ils ont distingué les prélèvements réalisés en bas et en hauteur de l’îlot, ainsi que la qualité des raisins (vérés ou non vérés, issus de vraies grappes ou de verjus).

Au cas par cas

Sur la parcelle partiellement gelée, les résultats des pesées et analyses de jus confirment que les vraies grappes portent le potentiel de rendement (de 90 à 98 %, entre le bas et le haut de la parcelle). Ce sont donc les grappes à suivre en priorité pour déclencher les vendanges. Issus d’entre-coeur à la base d’une pousse partiellement gelée, les verjus ayant véré peuvent cependant représenter un potentiel de récolte non-négligeable, notamment en bas de coteau partiellement gelé. Dans certains cas, ces grappes pourraient être intéressantes, d’autant plus qu’elles tendent à rattraper leur retard de maturation.

Pour une parcelle totalement gelée, les techniciens conseillent de faire une croix sur les verjus issus des contre-bourgeons. Et de privilégier les quelques grappes vérées restantes. S’ils peuvent sembler conséquents sur pieds, les verjus n’ont majoritairement pas véré, et constituent une faible fraction du potentiel de rendement (moins de 20 %, contrairement aux 80 % des grappes vérés). Dans tous les cas, il faut surveiller le développement de la pourriture grise sur les grappes alerte Vincent Dumot, même si le Botrytis est actuellement peu présent.

"Il faut ajuster les chantiers"

Pour distinguer les cas, les contrôles de maturité seront la clé pour appréhender le millésime 2017 ajoute Joseph Stoll (Station Viticole). Le technicien conseille aux vignerons charentais d’en réaliser un maximum maintenant, et de les actualiser ensuite pour visualiser les dynamiques de maturation de cette année particulière. En fonction de l’impact du gel, l’ordre habituel de récolte pourrait être chamboulé avertir la Station Viticole.

Au vignoble, de nombreuses autres habitudes vont devoir être revues. Qu’il s’agisse de s’adapter aux faibles rendements* en réglant la machine à vendanger (vitesse d’avancement et puissance des ventilateurs pour réduire la part des débris végétaux) ou de prendre en compte l’hétérogénéité en multipliant les cuves en vidange (l’assemblage des lots étant conseillé après la fermentation alcoolique pour isoler les parcelles). Comme prévu, le casse-tête des vendanges 2017 ne fait que commencer à Cognac.

 

* : Globalement, le rendement moyen du vignoble charentais est estimé à 80-90 hectolitres par hectare en moyenne. « Nous étions à ce niveau en 2007-2008, sans avoir pris le gel. Le niveau de rendement est faible, sans être extraordinairement faible » nuance Vincent Dumot.

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