Vignes résistantes

Un avis parlementaire milite pour des classements immédiats

Mercredi 05 avril 2017 par Alexandre Abellan

Mis en ligne fin mars sur le site de l’Assemblée Nationale, ce rapport a nécessité quinze mois pour réaliser l’audition de 200 experts.
Mis en ligne fin mars sur le site de l’Assemblée Nationale, ce rapport a nécessité quinze mois pour réaliser l’audition de 200 experts. - crédit photo : DR
Préconisant un classement immédiat des variétés obtenues par Alain Bouquet, un rapport parlementaire bouscule les précautions de l’INRA, pour ne pas priver la filière d’une opportunité.

Se basant sur un an d’auditions et de visites, la recommandation parlementaire a la vertu d’être on ne peut plus claire : « enclencher dès 2017 l’inscription et le classement au catalogue officiel des vignes résistantes à l’oïdium et au mildiou ResDur, et de l’ensemble des références Bouquet développées par l’INRA demandées par les comités interprofessionnels ». Glissée dans le dernier rapport fleuve de l’Office Parlementaire d’Évaluation des Choix Scientifiques et Technologies (OPECST), cette préconisation compte mettre fin au « sur-place constaté depuis 2011 », qui serait dû à « une sorte d’autocensure ». Sans concession, ce diagnostic salue la nouvelle direction prise par l’INRA, mais demande d’en finir avec les tergiversations entre résistances monogéniques et pyramidées. Les élus martèlent leur demande de déploiement aussi accéléré que généralisé des obtentions INRA. Le but étant de réduire au plus vite l’usage viticole des phytos*, y compris du sulfate de cuivre en bio.

Visiblement marqués par leur visite de l’unité INRA de Pech Rouge, les rapporteurs Jean-Yves Le Déaut (député de Meurthe-et-Moselle) et Catherine Procaccia (sénatrice du Val-de-Marne) saluent les résultats prometteurs des vignes résistantes obtenues par la recherche française sur les trente dernières années. Mais s’ils demandent le déploiement rapide des cépages résistants, les rapporteurs souhaitent l’intégrer aux protocoles en place. Dans leur esprit, la diffusion des nouvelles variétés serait pilotée par l’observatoire sur la durabilité des résistances de la vigne (OSCAR), de l’INRA et l’IFV.

Modifications de réglementation

Globalement, la filière viticole peut se réjouir de ce nouveau soutien parlementaire, répondant à son impatience grandissante. Les rapporteurs prennent cependant des distances face à certaines des demandes exprimées, notamment par le syndicat des vins IGP Pays d'Oc. L'OPECST estime ainsi que la dénomination de certains nouveaux cépages peut engendrer des risques de confusion et de détournement de notoriété auprès des consommateurs. « Le risque est, avec la multiplication des cépages hybrides, une banalisation des termes comme merlot, cabernet ou sauvignon, tous issus de terroirs français » estiment les parlementaires, pour qui « la solution pourrait passer par une règlementation européenne ou internationale, les cépages renommés allemands ou italiens étant dans le même cas ».

À noter que l’OPECST réclame également une révision du règlement européen n° 1308/2013 pour que l’utilisation de cépages non-Vitis vinfera soit envisageable en AOP et IGP.

 

* : Conformément à la saisine du 25 mars 2016, posée par le président de l’Assemblée Nationale, Claude Bartolone, suite à une lettre du député André Chassaigne (Puy-de-Dôme).

La piste OGM

Se trouvant dans le rapport sur « les enjeux économiques, environnementaux, sanitaires et éthiques des biotechnologies à la lumière des nouvelles pistes de recherche », ces conclusions sur les cépages résistants abordent un sujet encore plus sensible : l’utilisation du génie génétique pour obtenir de nouveaux cépages. Jugeant prometteuse « la technologie CRISPR-Cas9 », les rapporteurs estiment ainsi que « l’utilisation des techniques de modification ciblée du génome permettrait d’étendre les traits de résistance aux autres cépages, comme ceux utilisés dans le champagne ou le cognac, sans attendre vingt années de sélection classique ». L’OPECST enjoint donc l’INRA à essayer cette technologie, malgré le souvenir cuisant des faucheurs de vignes OGM d’août 2010, à l’INRA de Colmar.

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