Beaujolais

Comment sauver le soldat Coteaux?

Vendredi 24 mars 2017 par Juliette Cassagnes

Les vignes situées en coteaux inclinés à plus de 25% représentent 1680 ha en Beaujolais
Les vignes situées en coteaux inclinés à plus de 25% représentent 1680 ha en Beaujolais - crédit photo : J.Cassagnes
Une réflexion a lieu dans le vignoble du Beaujolais au sujet des vignes en coteaux, peu à peu abandonnées. Une meilleure valorisation et une restructuration du vignoble semblent indispensables pour assurer leur pérennité.

Les surfaces de vignes cultivées en pentes fortes (>20%) ou très fortes (>30%) totalisent 4000 hectares dans le vignoble du Beaujolais. Coûteuses à travailler et donnant lieu à des vins trop peu valorisés, leur rentabilité n'est pas bonne, entraînant peu à peu leur déprise et la baisse de leurs surfaces au fil du temps. La question de savoir si ces coteaux représentent une menace ou une opportunité se pose donc actuellement dans le vignoble.

Elle a notamment été abordée lors des Entretiens du Beaujolais, organisés par la Sicarex le jeudi 16 mars 2017 à Saint Jean d'Ardières... Si presque tout le monde s'est déclaré convaincu que ces coteaux « à potentiel » représentent bien une chance pour le Beaujolais, la question de savoir comment parvenir à les sauver demeure, en revanche, plus complexe et prendra du temps.

De nécessaires investissements pour restructurer les vignes 

Pour y parvenir, des leviers ont été identifiés. Le premier passe par la diminution des coûts de production, en transformant le vignoble pour le rendre mécanisable et donc moins coûteux en main d'oeuvre. Pour éviter de nouvelles plantations, qui prendraient trop de temps et que beaucoup de viticulteurs n'ont de toutes façons pas les moyens de financer, l'idée serait de restructurer les vignes en place. L'IFV a donc étudié la possibilité de diminuer la densité de plantation, initialement d'environ 10 000 pieds/ha, sur des parcelles expérimentales, en y arrachant un rang sur deux ou trois et en changeant le mode de taille, en passant d'un système gobelet au cordon.

"Peu d'impact lié à la baisse de densité "

Après 13 ans d'expérimentations, les résultats montrent que ces modifications n'affectent quasiment pas la qualité des raisins. Mais une condition essentielle reste d'avoir des vignes suffisamment jeunes et productives, pour palier l'éventuelle baisse de rendement... Et c'est là que le bât blesse ; de nombreuses plantations situées sur ces coteaux sont vieillissantes, de l'ordre de 60 ans.

L'unique solution resterait donc, pour ceux-là comme pour les autres, de parvenir à beaucoup mieux valoriser leur production. Mais ce second levier ne se décrète pas du jour au lendemain. C'est pourquoi l'ODG des Beaujolais/Beaujolais-villages conduit actuellement une réflexion dans ce sens. L'idée serait d'y produire des vins « hauts-de-gamme », répondant à un cahier des charges plus strict concernant la vinification et l'élevage, et qui arboreraient la marque « coteaux d'exception ».

Cette voie de la montée en gamme nécessitera par ailleurs certainement pour les vignerons de devoir développer la vente directe.

Un coût de revient supérieur de 2000€/hectare pour les exploitations en coteaux

La Chambre d'agriculture et le CER du Rhône ont étudié, sur un groupe de 11 exploitations, dont 7 ont des vignes situées en plaine et 4 sur les coteaux, leurs coûts de production. Avec 7000€/ha pour les premières et 8100€ pour les secondes, un différentiel d'environ 1000€/ha apparaît à la faveur des premières.

Cet écart est lié aux charges de main d'oeuvre pendant les vendanges, au carburant, à l'assurance grêle, mais aussi aux charges fixes (amortissements, frais financiers, entretien matériel), qui ont un poids plus important à l'hectare, les exploitations étant de plus petites tailles sur les coteaux. Les charges de mécanisation représentent le poste le plus important, avec des frais d'entretien et réparation élevés à cause du matériel vieillissant.

Dernier enseignement : si l'on tient compte de la rémunération de l'exploitant et de la main d'oeuvre familiale, ce coût supplémentaire poru les exploitations en coteaux passe à 2000€/Ha.

« Vu la petite taille de l'échantillon, ces chiffres ne sont pas représentatifs d'un point de vue statistique, mais cela donne une idée », tient à préciser Stéphanie Terrier, du CER.

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