Cépages résistants

Variétés Bouquet cherchent vignerons languedociens pour plantation en 2018

Jeudi 11 août 2016 par Alexandre Abellan

Sur la quarantaine d’hectares de vigne de Pech-Rouge, on en compte six de cépages résistants : les dix parcelles expérimentales de variétés Bouquet, de 0,5 hectare chacune, et la parcelle ouverte, rassemblant l’ensemble des trente cépages Bouquet, mais aussi des variétés italiennes de VCR et celles issus du programme ResDur de l’INRA.
Sur la quarantaine d’hectares de vigne de Pech-Rouge, on en compte six de cépages résistants : les dix parcelles expérimentales de variétés Bouquet, de 0,5 hectare chacune, et la parcelle ouverte, rassemblant l’ensemble des trente cépages Bouquet, mais aussi des variétés italiennes de VCR et celles issus du programme ResDur de l’INRA. - crédit photo : INRA Pech-Rouge (parcelle non traitée depuis 2008, à gauche des feuilles de gamay, à droite de G3 rV Bouquet)
Le CIVL recrute actuellement des opérateurs occitans pour constituer un réseau d’expérimentation de nouveaux cépages, avec l’objectif d’une inscription accélérée au catalogue.

En ce mois d’août, la commission de Recherche et Développement du Conseil Interprofessionnel des Vins AOC du Languedoc et IGP Sud de France (CIVL) recense les viticulteurs intéressés par la plantation, chez eux, de cépages résistants aux maladies cryptogamiques (mildiou et oïdium). Annonçant la mise en place d’un observatoire des obtentions du défunt Alain Bouquet, l’interprofession connaîtra en septembre prochain les cépages et quantités de bois demandés. Ceci afin de déterminer avec l’Institut National de la Recherche Agronomique (INRA) et l’Institut Français de la Vigne et du Vin (IFV) les capacités réelles de production de plants pour 2017. L’objectif étant de lancer dès 2018 la plantation de sept cépages résistants, pour observer dans la diversité du vignoble ces variétés prometteuses.

De l’expérimentation à l’observation

Issues des parcelles expérimentales de l’INRA de Pech Rouge, ces variétés ont déjà démontré leurs potentiels agronomiques (résistance au mildiou et à l’oïdium) et organoleptiques (arômes, équilibres, etc.). Ce qui ne peut que rassurer et séduire les vignerons occitans, très intéressés par ces nouvelles variétés. « Les demandes vont sans doute être supérieures aux possibilités de mise en place » estime déjà Jean-Louis Escudier, ingénieur de recherche à Pech Rouge, qui se félicite du changement de paradigme de son institut de recherche : « jusqu’à présent, l’INRA ne déployait les variétés d’Alain Bouquet que sur ses propres terres. Maintenant, des dispositifs observatoires vont sortir de nos enceintes. »

Cette ouverture ravit également les représentants du vignoble. « Les cépages dits Bouquet ont la prétention d’être résistants aux maladies cryptogamiques, mildiou et oïdium. Avec eux, on arriverait à limiter fortement les différents soins à la vigne » rappelle Bernard Augé, le directeur adjoint du CIVL. Il espère voir la plantation de vingt à quarante hectares de variétés Bouquet dans le Languedoc. Et ne cache pas l’objectif de ce projet : accélérer l’inscription de ces variétés au catalogue par cette diffusion. Cet observatoire sera piloté scientifiquement par l’Unité Mixte de Recherche de Santé et Agroécologie du VignoblE (UMR SAVE, INRA de Bordeaux), tirant profit de l'arrêté du 9 mai définissant des modalités d'expérimentation de vignes à raisins de cuve.

Monogéniques ?

Sur reposant sur un principe de responsabilité (qui tient aussi de celui de précaution), l’INRA se montre très prudent quant à la diffusion des variétés d’Alain Bouquet. Mettant en avant des risques de contournement des résistances, qui ne seraient basées que sur un gène, contrairement à celles, plus durables, du programme de pyramidage ResDur. « Alain Bouquet disait bien que ses variétés n’étaient pas monogéniques, mais polygéniques. C’est un faux débat, comme le confirme l’étude américaine de Feechan, qui a démontré la présence de gènes secondaires sur le rV Bouquet. Ceci confirme les travaux d'Alain Bouquet sur la composition complexe de ses hybrides, qui sont arrivés à plus de 99 % de vinifera » plaide Jean-Louis Escudier.

"Ce que l’on souhaite, c’est de ne pas attendre"

« Les débats sur les résistances polygéniques, nous, on n’y comprend rien. Ce que l’on souhaite, c’est de ne pas attendre » tranche Bernard Augé. « En plantant en 2018, on n’aura pas de première production avant 2021. Et on n’aurait pas de déploiement avant 2025. On a déjà perdu quelques années avec les disputes entre chercheurs, il ne faut pas en rajouter ! »

10 ans d’expérimentations languedociennes

Depuis 2005, le CIVL soutient les travaux d'obtention variétale de l'INRA. Mais à l'époque, il s'agissait d'abord de répondre aux problématiques du changement climatique, par le développement de Vins De Qualité à teneur en Alcool réduite. De 2005 à 2009, « on a expérimenté des cépages adaptés au changement climatique. La résistance était la cerise sur le gâteau, car ce n’était pas le but initial. L’objectif était alors de limiter la teneur en alcool des vins et obtenir des variétés moins précoces » se souvient Jean-Louis Escudier.

Pour l’instant, sept cépages d’Alain Bouquet intéresseraient le CIVL et ses opérateurs (dont quatre évaluées il y a dix ans par le réseau des Chambres d'Agriculture). Mais en tout, une trentaine de variétés tiennent lieu d’héritage ampélographique d’Alain Bouquet (dont trois qui seront inscrites cette fin 2016, mais pour les jus de raisin*). « Pour l’instant, on n’a exploré que la moitié des arbres généalogiques conçus par Alain Bouquet. On avance étape par étape sur le conitnuum vigner-raisin-vin » explique Jean-Louis Escudier.

En partenariat avec l'interprofession d'IGP Pays d'Oc (InterOc), l'INRA de Pech-Rouge vinifie depuis 2015 d'autres obtentions d'Alain Bouquet.

 

 

* : Au terme de six ans de recherche dans le cadre du projet Fijus-R@isol (piloté par l'INRA et l'entreprise Foulon Sopagly), treize variétés doivent être inscrites au catalogue national fin 2016. Dédiées à la production exclusive de jus de raisin, on y trouve trois variétés Alain Bouquet (actuellement baptisées G3,G4,G18). Pour en savoir plus, les articles parus dans la Revue des Œnologues.

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