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La faute du voisin

Mardi 09 août 2016 par Alexandre Abellan
Article mis à jour le 10/08/2016 15:52:37

Hilarion Lefuneste
Hilarion Lefuneste - crédit photo : Greg
En Languedoc, l’été vire au rouge vif. Qu’il s’agisse des finances ou de la colère de certains vignerons languedociens, ou des vins espagnols qu’une poignée d’extrémistes occitans a fait couler à flots.

La dernière action criminelle revendiquée par le CRAV a vu 6 000 hectolitres vidés chez un transporteur de Sète. Après les incendies de locaux de Vinadeis et d’un vigneron audois, et avant de prochaines actions annoncées contre la grande distribution, cette série de méfaits est d’autant plus inquiétante qu’elle repose sur un ressentiment qui ne peut aller que croissant. Les membres du CRAV qui se sont exprimés, à visage et voix déformés, s'arc-boutent. Ils s’impatientent que leur message ne soit pas pris en considération par l'ensemble de la filière. Mais comment le mal-être, réel, d’une partie du vignoble languedocien peut-il être audible, s’il est masqué par des opérations aussi illégales que jusqu’au-boutistes ?

Concurrence déloyale

Dans chaque entreprise visée par ces vandales, le bouc-émissaire est clair : la compétitivité jugée inéquitable du voisin espagnol, qui tiendrait du dumping viticole. Cette lecture simpliste des mécanismes des vases communiquants masque une profonde méconnaissance viticole des marchés (sauf quand il s’agit de s’approvisionner en moûts concentrés venant de l’autre côté des Pyrénées). Teintée d'amertume, cette incompréhension doit interpeller les représentants et élus locaux. Une mise à plat des orientations stratégiques de production du vignoble languedocien est cruciale, avant que d'avantage de vignerons ne se sentent dépassés, et laissés sans perspectives.

Réalisme de gamme

Ce diagnostic n'est pas partagé par le négoce régional, qui prend bien garde à ne pas se pencher outre-mesure sur ce qui lui semble être un conflit d’arrière-garde. A l'entendre, le repli protectionniste de ses voisins de vignoble tout-AOC/IGP va à l'encontre des réalités. Celles d'une demande mondiale d'entrée de gamme, pour laquelle les exportateurs français ont une expertise et des atouts reconnus. Mais loin de légitimer les actions d'une minorité en roue-libre, l'implication du négoce dans cette crise latente permettrait de lever les incompréhensions. Ne serait-ce qu'en partageant leurs connaissances des besoins internationaux. Tout en témoignant d'une prise de responsabilité rénouvelée dans l'accès aux marchés. Qui est aussi avérée qu'historique, mais perdue de vue depuis un vignoble se sentant délaissé, trahi.

Stratégie de filière

Quelle que soit la famille en cause, se contenter de reporter la faute sur le voisin ne lèvera par l'atmosphère étouffante de cet été. En attendant la rentrée, et une hypothétique action gouvernementale*, on pourra toujours réviser sur sa serviette de plage la stratégie de filière pour 2025 que FranceAgriMer, dévoilée il y a deux ans. On y trouvera des constats toujours pertinents : "une érosion des parts de marché à l’export" et un "manque d’intégration stratégique du segment des vins sans indication géographique". Les problèmes sont posés : viticulteurs, vignerons, négociants, élus à vos devoirs de vacances maintenant !

 

* : Le premier ministre et le ministre de l’Agriculture ont été interpellés sur ce sujet lors de leur visite dans le vignoble audois en juillet dernier.

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VOS RÉACTIONS
edouard conloche Le 11 août 2016 à 18:44:03
@vigneronderions L'exemple de Peugeot/Renault n'a rien à voir avec la situation Espagne / Languedoc, Dans notre cas ce n'est pas « Languedoc » qui produit en Espagne pour importer en France et tirer le prix de marché vers le bas mais Biron et Cie qui importent des vins produits dans des conditions sociales différentes et avec des coûts de production nettement inférieurs et ceci en toute légalité « européenne » Si nous travaillons dans les mêmes conditions, nous nous retrouverons avec l'inspection du travail et les prudhommes sur le dos et concernant les produits phytos la direction des enquêtes douanières sans compter les organismes parasites: ODG CIVL etc... ! C'EST DONC BIEN UNE CONCURRENCE DÉLOYALE AVEC LA BENEDICTION DE LA COMMUNAUTÉ EUROPÉENNE.
RobertG. Le 10 août 2016 à 16:32:56
à quand une manif de colére des bourguignons et bordelais contre les citernes venant du languedoc? je plaisante, c'est évidememnt de la science fiction: il n'y a qu'en languedoc qu'on soit capables de cogner!
juanpablo11 Le 10 août 2016 à 15:29:21
Que le Crav fasse sauter des cuves soit, que ce soit un combat d'arrière garde soit, mais encore faudrait il que quelqu'un dans cette région ait une vision pour 70% de la production coopérative et 50% de la production cave particulière, qui sont véhiculées en vrac. Après les années ou les importations étaient "interdites", aprés les périodes ou il fallait stopper le vrac, aprés les périodes ou il fallait importer pour etre maitre du marché, etc... etc... il faut maintenat controler l'offre. On aura tout vu et tout entendu. Le marché des entrées de gamme est perdu, la qualité en Languedoc est suffisante pour créer des marques sur un créneau Moyenne Gamme et vendre des bouteilles sur l'ensemble des marches nationaux et internationaux avec une rémunération de producteur minimum à 80€ . Il faut 5 ans pour batir cela. C'est uniquement un problème de moyen, de volonté et d'intelligence. Les moyens ça se trouve, la volonté malheureusement elle n'y est pas , quand à l'intelligence, on fait tout pour qu'elle disparaisse.
Mareschal Le 09 août 2016 à 23:35:29
les vins sans IG à 35€/hl demanderaient de faire au moins du 130Hectos/hectare pour être rentables en France , donc arrosage et engrais à fond. Où sont les infrastructures et l'accès à l'eau?
Jo Calmette Le 09 août 2016 à 21:28:02
Vu par un baratineur qui n'a certainement jamais produit un litre de vin mais qui arpente tous les salons et les derniers caveaux ou l'on cause. LE PB EST SIMPLE C EST DE LA CONCURRENCE DÉLOYALE QUI PERMET AU NÉGOCE DE TIRER LES PRIX VERS LE BAS
vigneronderions Le 09 août 2016 à 21:24:06
C'est le problème de l'agriculture dans son ensemble. Il y a une partie des producteurs qui produit sans se demander ce qu'il va advenir de ce qui est produit. Et s'ils ne vendent plus ou pas au prix souhaité c'est de la faute des acheteurs. Je me demande ce qu'ils penseraient si les salariés de Renault ou Peugeot venaient détruire leur voiture produite dans les pays de l'Est ou en Corée... Nous sommes producteur et cela implique de se demander ce que va devenir ce que l'on produit. Parfois il y a des choix à faire, ne pas maîtriser le devenir de ce que l'on produit mène droit à une forme d'esclavage. Dans tout les cas la liberté a un coût, et continuer à être un "esclave" de l'aval est sans issue.
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