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Economie

Le marché mondial va-t-il manquer de vin ?

Vendredi 22 juillet 2016 par Sharon Nagel
Article mis à jour le 27/07/2016 12:02:18

La Californie devrait connaître une récolte moyenne cette année
La Californie devrait connaître une récolte moyenne cette année - crédit photo : Santa Barbera County
Les vendanges dans l’Hémisphère sud étant terminées, celles de l’Hémisphère nord cristallisent désormais l’attention des professionnels. Si l’on sait déjà que plusieurs gros pays producteurs du Nouveau Monde ont accusé des baisses de production sensibles, les premières prévisions pour l’Union européenne laissent entrevoir aussi des régressions en volume à cause des conditions météorologiques extrêmes de cette année.

Des récoltes en baisse dans plusieurs pays

En effet, lors d’une réunion récente au sein du groupe de travail « vin » du Copa-Cogeca, les nouvelles prévisions de récolte montrent une baisse en volume par rapport à l’année dernière. « Ces derniers temps, nous avons été témoins de conditions météorologiques extrêmes, allant de pluies torrentielles à du gel et des épisodes de grêle tout à fait imprévisibles dans de nombreux pays producteurs », a rappelé Thierry Coste, président du groupe de travail « Vin ». « Par conséquent, nous nous attendons à ce que la récolte viticole de 2016 pour l'UE28 soit inférieure à celle de l'année dernière, qui a été particulièrement bonne, et semblable aux niveaux constatés en 2014 ». Si ces prévisions se confirment, elles feraient suite à une production en nette régression dans trois des principaux pays producteurs de l’Hémisphère. Le Chili, qui au départ s’attendait à une récolte relativement abondante et à l’alourdissement du poids des stocks, aura finalement accusé une chute de quelque 25% de sa production par rapport à 2015. En cause, des pluies torrentielles au printemps provoquées par le phénomène El Nino. Par conséquent, le volume récolte est estimé entre 8 et 9 millions d’hectolitres contre 12 Mhl en 2015, comme le rappelle le courtier international Ciatti. Et de constater : « Les relations historiques sont protégées et les acheteurs intelligents sont arrivés tôt ».

-50% pour le Malbec argentin

En Argentine, les causes ne sont pas toutes les mêmes mais les résultats sont semblables : la production était inférieure cette année de 30% à celle de 2015 et de 35% par rapport à la moyenne décennale, souligne la Rabobank dans son dernier rapport trimestriel. Toujours selon la banque néerlandaise, les stocks à fin avril étaient inférieurs de 20% à ceux de la même période en 2015, entraînant une flambée des prix. Selon Ciatti, la production de Malbec est en baisse de 50% par rapport à la moyenne à cause du phénomène El Nino. Mais le courtier international cite également la politique du nouveau gouvernement en matière d’énergie – notamment la suppression des subsides – un taux d’inflation de près de 40% et des taux d’intérêt frôlant les 40/50% comme facteurs influant sur le volume de vin récolté, les producteurs n’ayant pas eu les moyens de traiter contre les maladies provoquées par les pluies. « Suite aux pertes de récolte [les producteurs] doivent survivre une année sans revenus », note par ailleurs Ciatti.

La France, troisième pays importateur de vins sud-africains

En Afrique du Sud, les nouvelles sont moins catastrophiques, la baisse de récolte se limitant à environ 7% pour s’établir à 10,7 Mhl de vins, moûts et vins de base pour la distillation. De plus, la qualité serait excellente, ce qui – conjuguée à un Rand faible – pourrait ouvrir de nouvelles portes encore à l’export pour ce pays. « A l’heure actuelle, il faut attendre de voir si les acheteurs, incapables de s’approvisionner au Chili, s’orientent vers le marché sud-africain, et puis aussi quelle sera l’issue de la récolte dans l’Hémisphère nord », affirme Ciatti. D’après celui, si les exportations sud-africaines cette année sont globalement stables par rapport à celles de l’année dernière, les destinations, elles, évoluent. L’Allemagne et le Royaume-Uni – soit 40% des exportations totales - régressent respectivement de 10% et 7% tandis que la France s’est hissée au troisième rang des pays importateurs. « Il y a cinq ans, la France importait 4 à 5 millions de litres ; au cours des douze derniers mois, elle a importé 28 millions de litres, une tendance impulsée par une forte demande de cinsault rosé et de rosés génériques destinés aux marchés du BIB et des vins aromatisés ». Ces chiffres confirment une véritable réorientation d’une partie des approvisionnements français vers l’étranger, notamment pour des catégories où l’origine importe peu, voire pas du tout.

La filière australienne inquiète des conséquences du Brexit

En Océanie, la production 2016 s’inscrit en hausse, que ce soit en Australie ou en Nouvelle-Zélande. Dans le deuxième cas, si la progression est importante - +34% en comparaison de 2015 – la récolte reste en deçà du niveau record de 2014, à 436 000 tonnes. Par ailleurs, si les professionnels néo-zélandais y voient un moyen supplémentaire de parvenir à leur objectif à l’horizon 2020 – soit un chiffre d’affaires à l’export de 2 milliards NZD – les volumes en jeu ne sont pas de nature à bouleverser la donne sur le marché mondial. La production australienne, prévue en légère hausse cette année, exerce, quant à elle, une influence bien plus importante. Cette influence pourrait d’ailleurs s’accroître si le Brexit devait se solder par des barrières commerciales. La filière australienne a déjà pointé, en effet, nombre d’obstacles pouvant surgir sur son marché export numéro 1, qui représente un tiers de ses exportations totales, soit 2,47 Mhl. Parmi ces obstacles, citons une remise en cause de l’Accord bilatéral signé entre l’UE et l’Australie en 2008 et entré en vigueur en 2010 et d’éventuels tarifs douaniers, sans parler d’une baisse de compétitivité liée à la faiblesse de la livre sterling et de l’affaiblissement de la demande provoquée par une économie en crise. Pour toutes ces raisons, les exportateurs australiens risquent de chercher à développer leur présence sur d’autres marchés export.

Une récolte californienne moyenne prévue pour 2016

Pour l’heure, la grande tendance qui caractérise les marchés internationaux semble être la premiumisation. Exception faite du continent américain, les autres pays exportateurs de vins dans le monde ont accusé des pertes en volume – parfois minimes il est vrai – mais des gains en valeur. Il en est ainsi pour la France, l’Italie, l’Espagne, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. La montée en gamme se confirme sur le marché américain, les vins d’entrée de gamme – toutes origines confondues - cédant des parts aux bières artisanales, cidres, cocktails et autres boissons non alcoolisées destinées aux adultes. La tendance a été encouragée par une récolte californienne relativement faible en 2015 et d’après les premières prévisions de Ciatti, la production 2016 ne devrait pas modifier la donne. « En termes de quantité, la récolte devrait être, au mieux, moyenne, ce qui ne permettra pas d’améliorer les problèmes en matière d’approvisionnements. Les stocks sont équilibrés dans les zones côtières et excédentaires pour certains cépages dans la Vallée [centrale] ; cela ne changera pas après la récolte ».

La Chine pourrait influer fortement sur le marché espagnol cette année

Enfin, si le Copa-Cogeca évoque une baisse globale de la production dans l’Union européenne, cette tendance ne sera vraisemblablement pas uniforme. Malgré la pression cryptogamique provoquée par les précipitations, l’Espagne, par exemple, pourrait récolter environ 45 Mhl, voire plus, selon Ciatti ; si ces prévisions s’avèrent, la production serait supérieure aux 42-43 Mhl de l’an dernier. Une augmentation qui trouve son explication, entre autres, dans la progression des rendements constatée ces dernières années en Espagne : d’après des chiffres révélés récemment par le ministère espagnol de l’Agriculture – dont se fait l’écho la Semana Vitivinicola – les rendements sont en hausse constante depuis 15 ans. L’augmentation moyenne est de 9,3 hectolitres à l’hectare entre la campagne 2000/2001 et celle de 2014/2015, ce qui a compensé la régression des superficies, celles-ci passant de 1,2 Mha à 958 777 ha pendant cette période. Une hausse de la production cette année ne serait pas pour déplaire aux bodegas espagnoles qui pourraient venir compenser la baisse de récolte au Chili et en Argentine. « Parmi les grands points d’interrogation actuellement, citons l’intérêt que pourraient manifester les acheteurs chinois qui ont beaucoup travaillé avec les Chiliens ces derniers temps. La Chine pourrait jouer un rôle sur le marché espagnol et avoir un impact sur les disponibilités et les prix », avance Ciatti. 

Tags : Marchés

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