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Essoufflement

Des retiraisons languissantes

Mardi 12 juillet 2016 par Michèle Trévoux

Certaines caves cherchent à se séparer de leur stock pour faire de la place afin d'accueillir la prochaine vendange.
Certaines caves cherchent à se séparer de leur stock pour faire de la place afin d'accueillir la prochaine vendange. - crédit photo : Dubos
Le marché n’a pas connu la même dynamique que l’an dernier en Languedoc. Les volumes de vins non retirés commencent à inquiéter la production, soucieuse de faire de la place en cave à l’approche des vendanges.

Les producteurs languedociens n’abordent pas la nouvelle campagne avec la même sérénité que l’année dernière. Après trois années d’embellie, le marché montre quelques signes d’essoufflement. Le rythme des retiraisons n’a pas connu la belle dynamique qu’en 2014 et 2015 et, en fin de campagne, le retard accumulé se traduit par une augmentation des stocks. Dans quelles proportions ? C’est toute la question. Les chiffres des sorties de chai, connues avec trois mois de décalage, ne permettent pas d’apprécier la situation en temps réel. « Les importations massives de vins espagnols, si elles n’ont pas affecté la contractualisation et les prix de cette campagne, impactent les retiraisons. Le rythme s’est ralenti depuis le début de l’année et nous arrivons en fin de campagne avec plus de vin en stock. Les rosés sont les plus touchés, mais les rouges aussi sont concernés », constate Boris Calmette. Le président de Coop de France a d’ailleurs demandé au Ministre de l’Agriculture d’organiser une rencontre avec la grande distribution pour réclamer une clarification de la signalétique dans les linéaires. «Nous souhaitons la mise en place d’un rayon vins étrangers clairement identifié. Certaines marques qui font référence à la France offrent aujourd’hui des vins étrangers. C’est à la limite de la tromperie pour le consommateur »,  s’indigne-t-il.

"Le marché est moins porteur : les attentats de fin d’année, la météo peu souriante, ne créent pas un climat favorable à la consommation"

A la coopérative Castelbarry à Montpeyroux, le directeur Bernard Palisé confirme ce ralentissement sur le rosé : « Nous avons un mois de retard dans nos sorties vrac mais on sent aussi un tassement sur nos ventes en bouteille. Le marché est moins porteur : les attentats de fin d’année, la météo peu souriante, ne créent pas un climat favorable à la consommation ». A la cave de Gallargues, Philip Maurel pointe une situation contrastée entre le dynamisme du marché pour l’appellation Costières de Nîmes et le ralentissement sur les IGP notamment sur les rosés. « Nous n’avons pas trop de retard sur les rouges, mais ça traine sur les rosés. 30% des volumes ne sont pas retirés et il nous reste quelques lots à vendre, qui ne trouvent pas preneurs », confie-t-il. Le courtier gardois Bruno Crouzet, confirme : «depuis un mois et demi,  les caves me sollicitent pour des volumes qui restent à la vente. J’ai des échantillons mais je ne sais pas où les placer. Et ce n’est pas une question de prix. Mes clients n’ont pas la demande », s’inquiète-t-il. A Bourdic, Gérard Bancillon relativise. « On n’a pas le même rythme de retiraison que l’an dernier, mais c’était une année exceptionnelle. On revient à une situation plus normale. A fin juin, nous avons livré 66 % de nos volumes en blanc, 58 % en rosé et 56 % en rouge. C’est un niveau de stock correct car il faut pouvoir livrer jusqu’en fin d’année ».

Léger effritement des cours

Cette inflexion de tendance n’a pour le moment que peu affecté les cours. Seuls ceux des VSIG et des IGP de département accusent une baisse sensible par rapport au cours de début de campagne : environ 10€/hl pour le VSIG entre 5 et 8€/hl pour les IGP de département. Les cours de l’IGP pays d’Oc en cépages se sont à peu près tenus à l’exception des rosés dont les cours se sont un peu effrités en cours de campagne.  «Quand les caves ont trop de stock en cette période de pré-vendange, il y a toujours un risque de voir flancher les prix. Elles ont besoin de place et libèrent des volumes », craint Boris Calmette. La courbe des cours pourrait bien s’infléchir pour la prochaine campagne, mais quelle sera l’ampleur de la correction ? Personne ne se hasarde sur ce terrain. « L’importation des vins espagnols et étrangers affaiblit toute la filière. Il ne faudrait pas qu’elle déséquilibre notre marché. Une chute sérieuse des cours  relancerait les arrachages. C’est un scénario qui desservirait la production comme le négoce à terme », analyse Christian Vigne, président de la cave de Massilargues Atuech dans le Gard.

On sait déjà que dans l’hémisphère sud, le millésime 2016 n’a pas été très généreux. Le volume de la future récolte en France, comme en Espagne va bien sûr aussi peser sur l’équilibre du marché. L’orientation du marché devrait donc s’éclaircir dans les deux prochains mois. 

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