Vendanges 2016

L’AOC Bordeaux envisage une hausse de rendement, à 58 hl/ha

Lundi 11 juillet 2016 par Alexandre Abellan

Annonçant sa candidature à la présidence de la Fédération des Grands Vins de Bordeaux (élection se tenant ce 11 juillet), Hervé Grandeau a tenu l’assemblée générale de l’AOC Bordeaux de concert avec Bernard Farges, son prédécesseur, qui quitte la présidence de l’interprofession des vins de Bordeaux (également ce 11 juillet).Annonçant sa candidature à la présidence de la Fédération des Grands Vins de Bordeaux (élection se tenant ce 11 juillet), Hervé Grandeau a tenu l’assemblée générale de l’AOC Bordeaux de concert avec Bernard Farges, son prédécesseur, qui quitte la présidence de l’interprofession des vins de Bordeaux (également ce 11 juillet). - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
La proposition de monter de 2 hl/ha les rendements est pour le syndicat l’opportunité de démontrer au négoce sa capacité d’accroître le niveau de production sans passer par de nouvelles plantations.

Réuni en assemblée générale ce 8 juillet à Beychac-et-Caillau, le syndicat viticole de Bordeaux et Bordeaux Supérieur a reçu la proposition de rendement 2016 de son bureau : un passage à 58 hectolitres par hectare pour l’AOC Bordeaux rouge. Soit une hausse de 2 hl/ha. Même légère, cette augmentation est une source d’inquiétudes pour certains, qui craignent un déséquilibre entre l'offre et la demande ainsi qu'une crise faisant chuter les cours. Cette appréhension est d’autant plus prégnante chez certains que le millésime 2016 s’annonce, à date, généreux (malgré la pression cryptogamique).

Prudents, d’aucuns ajoutent que les cours de Bordeaux n’ont été portés que par une succession d’aubaines, passagères, allant de la récolte historiquement basse de 2013 à la bonne réputation du millésime 2015, en passant par la croissance inattendue des marchés chinois et nord-américains. « Tout n’est pas que fatalité et coup de chance » leur rétorque Hervé Grandeau, le président du syndicat viticole*. « Si l’on veut que nos parts de marché progressent, il faut alimenter les marchés avec un tout petit peu plus de vin. Ce n’est pas exagérément ambitieux de viser 2 millions hl. On a tout juste réussi notre pari d’équilibrer les marchés » martèle-t-il. S’appuyant sur les chiffres de l’interprofession, il assume un raisonnement économique et non agronomique des rendements.

"En juin, le Bordeaux rouge 2015 était à 1 290 € le tonneau"

Sur la campagne à fin mars 2016, le groupe des Bordeaux a regagné 103 000 hectolitres de commercialisation, essentiellement grâce au rebond du vrac (56 % des volumes commercialisés). En terme de cours à la fin juin 2016, le prix moyen du tonneau de Bordeaux rouge est de 1 243 euros (contre 1 215 € l’an passé, tout millésime confondu). « Finalement, vous avez démarré les premiers enregistrements de la campagne, et du millésime 2015, à un prix autour de 1 200 €/tonneau. Et tout le long de la campagne, les prix ont eu tendance à s’apprécier. A titre d’exemple, sur le mois de juin le Bordeaux rouge 2015 était à 1 290 € le tonneau » souligne Guillaume Briot (service économie du Conseil Interprofessionnel des Vins de Bordeaux).

« Bordeaux rouge se porte correctement, les cours se tiennent et se raffermissent même. Mais on ne va pas s’emballer » pondère Hervé Grandeau. Pour lui, les vignerons de l’appellation départementale Bordeaux doivent avoir l’objectif de ne pas vendre à moins de 1 200 € le tonneau de rouge. Jouant la carte du réalisme, il souhaite également maintenir le coefficient de stockage de l’AOC Bordeaux rouge en deçà de dix mois de commercialisation (il serait actuellement de 9 mois de sortie, pour une moyenne décennale de 13,5 mois). En partant sur un objectif de rendement réalisé de 53 hl/ha en 2016, le CIVB estime qu'il faudrait une augmentation de 1 % des commercialisations sur la prochaine campagne pour maintenir le coefficient de sortie à 9 mois. Une hypothèse on ne peut plus accessible pour le bureau des Bordeaux, qui voit dans sa proposition de rendement une option tout sauf risquée.

Augmenter les rendements plus que les surfaces

« Cette année est charnière. Nos confrères du négoce ne croient pas dans notre capacité à augmenter notre rendement. Il faut leur montrer qu’ils ont tort » ajoute Hervé Grandeau. Car fondamentalement, ce débat sur les rendements revient à celui, plus large, sur la gestion du potentiel de production. La position d’Hervé Grandeau est claire sur le sujet : « mieux vaut augmenter les rendements que de planter. Si on fait une bêtise, on peut rééquilibrer dès l’année suivante ». Alors que le vignoble girondin souhaite ouvrir 600 hectares de nouvelles plantations en 2017, le négoce bordelais juge cette surface trop faible (mais ne souhaite pas commenter).

"La pression est forte pour l’augmentation des plantations"

Cette situation entre en résonnance avec un débat plus global, souligne Bernard Farges, le président de la Confédération Nationale des Producteurs de Vins et Eaux-de-vie de vin à AOC (CNAOC). « La pression du négoce est forte pour augmenter les plantations en Gironde, mais aussi en Vallée du Rhône et dans d’autres bassins. Cette demande de volumes français supplémentaires ne les empêche pas d’aller chercher des vins espagnols à 30 €/hl » tacle-t-il, jugeant que la question de la gestion des rendements n’appartient qu’aux vignerons. Une lecture contestée par l’Union des Marques et Maisons du Vin, qui porte justement un contentieux sur la gestion des VCI devant le Conseil d’Etat.

 

Pour le syndicat des Bordeaux, les demandes de rendements 2016 seront fixées ce 18 juillet en Conseil d’Administration. Cette réunion élira également le nouveau président de l’ODG, Hervé Grandeau étant candidat à la présidence de la Fédération des Grands Vins de Bordeaux (l’élection a lieu ce matin même).

 

* : Selon lui, les effets des initiatives de marketing de l’ODG ne sont pas à sous-estimer. Il se félicite d’ailleurs du lancement de la nouvelle campagne de communication des Bordeaux (du clairet aux rosés, en passant par les crémants et moelleux), qui s’inscrit dans la continuité esthétique de celle interprofessionnelle.

Les phytos, inévitablement

Lors de cette matinée, un autre sujet a créé l’émotion dans l’assemblée : la plainte récemment posée par une habitante de Saint Germain Dupuch contre un vigneron ayant traité des vignes attenantes à son logement. Encore confuse, l’altercation aurait eu lieu dans les rangs du viticulteur, qui aurait demandé en vain le départ de cette voisine agressive.

Pour de nombreux vignerons, cet incident symbolise le climat de tensions qui entoure les traitements phytos et dans lequel baigne cette campagne viticole. L’ODG conseille à ses membres d’échanger avec leurs voisins et de s’impliquer dans les conseils municipaux afin de désamorcer les situations conflictuelles.

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