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Stress hydrique

Le pilotage de l'irrigation de la vigne est à raisonner avec doigté

Vendredi 01 juillet 2016 par Michèle Trévoux
Article mis à jour le 22/08/2016 15:22:06

William Trambouze, chargé de mission expérimentations à la chambre d’agriculture de l’Hérault :  « Ce n’est pas le volume d’eau qui fait le rendement. Des apports jusqu’à 75 mm permettent d’augmenter les rendements d’environ 20%. Mais au-delà, on risque d’obtenir l’effet inverse »
William Trambouze, chargé de mission expérimentations à la chambre d’agriculture de l’Hérault : « Ce n’est pas le volume d’eau qui fait le rendement. Des apports jusqu’à 75 mm permettent d’augmenter les rendements d’environ 20%. Mais au-delà, on risque d’obtenir l’effet inverse » - crédit photo : Michèle Trévoux
L’irrigation de la vigne peut être une réponse efficace au réchauffement climatique, pour peu qu’elle soit pilotée avec précision. C’est le message qu’ont délivré les différents intervenants lors de la soirée de l’observatoire viticole, organisée ce mardi 28 juin à Florensac par le Conseil départemental de l’Hérault.

L’irrigation, un enjeu économique

« La vigne a besoin de 450 mm d’eau par an. Si la pluviométrie ne les amène pas, il faut irriguer. C’est d’ailleurs le cas dans tous les pays du Nouveau Monde où l’irrigation est une pratique banale puisque 85% du vignoble est irrigué », a commencé Hernan Ojeda, directeur de l’unité expérimentale de l’Inra de Pech Rouge. Le chercheur est formel : depuis 2000, la sécheresse s’est accentuée en Languedoc-Roussillon du fait de la baisse des précipitations, conjuguée à  l’augmentation de l’évapotranspiration. La cave coopérative de Roquebrun en témoigne. « Nous sommes sur des coteaux de schistes qui sont des terres très filtrantes. Ces dernières années, les effets de la sécheresse ont été flagrants sur nos vignes de Syrah notamment. On observait une défoliation de la zone fructifère,  avec pour conséquence une forte augmentation des degrés et des pertes de volumes de 20 à 30%. L’irrigation a été un enjeu économique majeur pour la cave», affirme André Castel, président de l’Asa de Roquebrun. Grâce à l’aide de l’Europe et des collectivités territoriales, la coopérative a pu mettre en place un réseau d’irrigation, à partir des eaux de l’Orb, qui couvre 350 ha de vigne.

Comment raisonner ses apports en eau ?

L’installation d’un réseau d’irrigation n’est déjà pas simple, le pilotage de l’irrigation ne l’est pas moins. Quand commencer la première irrigation, quand renouveler les apports, quelle dose apporter ? Selon William Trambouze, chargé de mission expérimentation à la chambre d’agriculture de l’Hérault, telles sont les trois grandes questions à se poser avant de passer à l’action. « Ce n’est pas le volume d’eau qui fait le rendement. Des apports jusqu’à 75 mm permettent d’augmenter les rendements d’environ 20%. Mais au-delà, on risque d’obtenir l’effet inverse », affirme-t-il. Hernan Ojeda estime que l’interprétation du fonctionnement physiologique de la plante est la donnée la plus pertinente pour l’irrigation de précision. « Les besoins en eau de la vigne varient en fonction de sa croissance végétative, du sol, du cépage… », argumente-t-il.  Mais sur le terrain, cette mesure n’est pas la plus aisée : le potentiel hydrique de la vigne s’évalue avec une chambre à pression. La mesure doit être réalisée en fin de nuit, avant le lever du soleil. D’autres méthodes, plus simples à mettre en place, apportent un niveau d’information suffisant pour le pilotage de l’irrigation, estime William Trambouze : la tensiométrie, qui mesure la force avec laquelle l’eau est retenue dans le sol, donne de bonnes indications sur l’alimentation hydrique de la vigne. De même le suivi des apex, basé sur l’observation de l’état de pousse de la vigne est un indicateur pertinent de son alimentation hydrique. Dans les deux cas, il faut bien choisir sa ou ses parcelles de références où seront réalisées les mesures pour pouvoir extrapoler à l’ensemble du vignoble.  Ces deux méthodes permettent de déterminer la date de démarrage de l’irrigation. « Il faut toujours raisonner par anticipation, car avec le goutte à goutte, on ne peut pas rattraper une situation dégradée », prévient le conseiller.

Quelle dose et à quelle fréquence ?

Concernant la fréquence et les doses d’apport, le conseiller a évoqué trois stratégies possibles

-          des apports journaliers de 1 à 2 mm. Une solution efficace, mais qui nécessite un dispositif automatisé d’ouverture des vannes et une installation parfaitement entretenue pour éviter les déboires

-          Deux à trois apports de 20 à 30 mm. Cette stratégie, simple à mettre en œuvre, n’est pas celle qui donne les résultats les plus réguliers. Sur les parcelles filtrantes, l’eau s’évacue en profondeur et il y a risque de gaspillage.

-          Des apports hebdomadaires de 10 à 15 mm. « C’est le meilleur compromis entre la précision des apports journaliers et la commodité des apports ponctuels », affirme le technicien.

Dans tous les cas, il est vain d’espérer « remplir  le réservoir « avec des apports massifs en début de saison. Mieux vaut apporter de faibles doses régulièrement et ne pas dépasser des apports de 80 mm par an, recommande encore William Trambouze.

Vignerons du pays d’Ensérune : Objectif 90 hl/ha

Les Vignerons du Pays d’Ensérune se sont préoccupés de l’irrigation de leur vignoble dès les années 2000. Ils ont démarré sur une centaine d’hectares et aujourd’hui, le périmètre irrigué s’étend sur 1000 ha . Le groupement a accompagné ses adhérents tant financièrement - avec une aide remboursable de 1000 €/ha-  que techniquement avec des conseils sur le choix du matériel et son positionnement dans les vignes.

Depuis 2015, fort de l’expérience de ces 15 premières années d’irrigation, le groupement coopératif s’est focalisé sur deux projets phare :

-          Un pilotage de l’irrigation par cépage. « Les besoins en eau sont très différents selon les cépages et les vins qu’on souhaite obtenir. On a mis en place un plan d’action spécifique sur le Pinot Noir et le Viognier. On ne travaille pas seulement sur l’irrigation mais sur l’ensemble de l’itinéraire technique : taille, fertilisation, traitements phytosanitaires, contrôle de maturité.. Des volontaires se sont proposés : on suit ces parcelles témoins et on met en commun les résultats pour arriver à définir le cahier des charges le plus adéquat pour la qualité attendue », explique Gabriel Ruetsch, responsable vignoble du groupement coopératif

-          L’accompagnement de ses adhérents dans l’augmentation de leurs rendements. « Notre objectif, c’est d’atteindre le rendement de 90hl/ha autorisé en IGP pays d’OC. L’irrigation n’est qu’un levier dans cette augmentation de rendement. Là encore, on travaille sur l’ensemble des techniques culturales pour trouver le meilleur itinéraire technique », insiste le technicien. 

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