Changement de ton

La politique de santé prend-elle un nouveau virage ?

Vendredi 24 juin 2016 par Marion Sepeau Ivaldi

Faire baisser la consommation en alcool de tous les Français telle pourrait être la nouvelle ligne de conduite de la politique de santé en France.Faire baisser la consommation en alcool de tous les Français telle pourrait être la nouvelle ligne de conduite de la politique de santé en France. - crédit photo : DR
Le rapport de la Cour des Comptes est-il l’indicateur d’un vent nouveau en matière de prévention contre les usages de l’alcool ? La profession le craint.

Paru la semaine dernière, le rapport de la Cour des Comptes pointe la responsabilité de l’Etat dans la mortalité liée à l’alcool. Son message est clair : il faut faire baisser la consommation moyenne de la population française. Il stigmatise ainsi la consommation d’alcool, même modérée. Ce rapport est le premier que l’année 2016 devrait connaître sur le sujet de la prévention contre l’alcoolisme. Est également attendu d’ici la fin de l’année un rapport de la Mildeca (Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives) sur la promotion des boissons alcoolisées qui devrait traiter de l’usage d’Internet et des réseaux sociaux en la matière. La liberté dont jouit Internet est plus que critiquée dans les milieux de la prévention contre l’alcoolisme qui n’ont pas digéré la prise de position de la loi Hôpital Santé et Territoire de 2009.

"Moins, c'est mieux !" va-t-il faire son apparition ?

A ces deux rapports s’ajoute la parution prochaine du nouveau Plan national nutrition santé (PNNS) qui fixe les recommandations officielles en matière de comportement de consommation. Reprendra-t-il les repères de consommation que sa version 2010/2015 contenait ? Rien n’est moins sûr. Ces repères ont été utilisés par Vin & Société lors de sa campagne d’information lancée en décembre dernier. Or, les autorités de santé ont peu goûté que la filière s’empare du sujet de la prévention pour se poser en prescripteur auprès de la population. Vin & Société s’est d’ailleurs vue contrainte de retirer la référence à la Haute Autorité de Santé : pour les autorités sanitaires, les repères de consommation sont destinés aux professionnels de santé afin qu’ils détectent les comportements à risque. Le PNNS pourrait ainsi changer de discours et s’approprier la recommandation de l’OMS qui formule ainsi sa recommandation en matière de modération : « Moins, c’est mieux ! », un slogan percutant mais flou. « Qu’est-ce que cela veut dire ? Si je bois 9 verres au lieu de dix : c’est plus acceptable ? » s’interroge Audrey Bourolleau, directrice de Vin et Société. Par ailleurs, si cette recommandation est adoptée inspirera-t-elle le message de prévention obligatoire sur les publicités ? Ce dernier fait en effet débat, certains le jugeant pas assez offensif.

Risque sous la prochaine mandature présidentielle

Ces trois documents pourraient former un triptyque annonciateur d’un nouveau virage en matière de santé, en faisant émerger une philosophie qui vise à faire baisser toutes les consommations. Cette vision se pose en parfaite contradiction avec l’approche éducative, mise en place dans différents pays comme l’Espagne, l’Italie ou à Québec et défendue par Vin & Société depuis de longues années. « Les politiques d’interdiction, celles qui utilisent la hausse de la fiscalité ne sont pas efficaces. En Angleterre ou en Scandinavie, ces politiques ne parviennent pas à endiguer les problèmes d’alcoolisme » commente Joël Forgeau, président de Vin & Société. Cette philosophie s’appuie sur la théorie de Ledermann selon laquelle il existe une relation directe entre la consommation moyenne d’alcool et la proportion de buveurs excessifs. Or, cette théorie ne se vérifie plus à l’heure actuelle puisque « l’on connaît un recul de la consommation de vin, les derniers chiffres de l’enquête de FranceAgriMer le prouve » remarque Joël Forgeau.

Ainsi donc, le ton pourrait se durcir… mais pas tout de suite du fait du calendrier électoral. Si la prochaine loi de financement de la sécurité sociale (en octobre prochain) sera un temps d’inquiétude pour la filière qui redoute, comme chaque année, une hausse fiscale, il est peu probable que le gouvernement prenne un tel risque en période pré-électorale. Ce sera donc sous le futur gouvernement que les choses devraient se corser. Vin & Société prévoit déjà de questionner tous les candidats à la présidentielle pour qu’ils prennent position en matière de prévention contre l’alcoolisme et de consommation responsable.

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Gastronome Le 25 juin 2016 à 15:12:25
Pour illustrer les articles relatifs à la surconsomation d'alcool, il faut prohiber les photos de verres de vins comme ci dessus mais plutôt montrer des bouteilles de whisky / de vodka ou de bière car ce sont ces produits qui causent le plus de dégâts !! Ce n'est plus le " ballon de rouge " au bistrot qui crèé l'addiction mais bien les boissons alcoolisés ou mélangés. Avez-vous vu ce que buvaient les hooligans ces derniers jours ? Ce n'était pas du vin !!!.
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