Revue de presse

Noire gelée

Vendredi 06 mai 2016 par Catherine Bernard

Le gel exceptionnel du 26 et 27 avril amène à des considération historiques, géographiques et économiques. Plébiscité en France et aux Etats-Unis, le rosé a une nature romanesque. La Cité du vin de Bordeaux, comme si vous y étiez. Catherine Bernard

Le gel focalise les attentions

Il y en a cette semaine beaucoup pour le gel. « Un phénomène atypique de grande ampleur », souligne Les Echos. « A de rares exceptions, l’ensemble du vignoble de Bourgogne (29.250 hectares), de Chablis au nord, à la côte chalonnaise au sud, a été touché par le gel du 26 au 29 avril dernier », ajoute le quotidien. « L’inquiétude est palpable dans le vignoble bourguignon. La nuit du mardi 26 au mercredi 27 avril restera-t-elle dans les mémoires comme une date sombre de gelée blanche ? Depuis ce jour fatidique, chacun tente d’évaluer les dégâts (…) Le constat des zones touchées par les aléas météorologiques est une chose. Une autre est d’évaluer l’impact sur le niveau de production. Tout dépendra de la manière dont les ceps de vigne vont réagir à cette attaque. L’espoir repose beaucoup sur la pousse d’un contre-bourgeon pour remplacer celui qui a été détruit », rapporte Le Monde. Les 5 du vin remontent l’histoire : « Les signes prémonitoires pour 2016 ne sont pas bons : treize lunes, et deux anniversaires dramatiques, celui du gel de 1956, soixante plus tôt, et celui du gel d’avril 1991, il y a 25 ans ». Le site Phototrend nous offre un reportage photo d’Aurélien Ibanez qui a passé la nuit du 27 avril à shooter dans les vignes du Chablisien. C’est une nuit silencieuse et claire comme le jour, presque belle où l’on voit des hommes dans la solitude de la nuit allumer des bougies au pied des ceps, des carrés illuminés comme des sapins de Noël ou une grande ville, et un petit matin bleu où le gel forme sur les fils des palissages des guirlandes. Il raconte : « C’est à la fois magique, féérique mais… c’est un moment grave. Les vignerons que je croise et avec qui j’échange sont très inquiets de la tournure que prend cette nuit claire et glaciale… Toutes les vignes ne peuvent pas être protégées du gel et pour celles qui le sont il faut s’activer, à plusieurs, pour allumer toutes les chaufferettes avant le point le plus froid annoncé vers 5h ». L’article le plus intéressant est celui que nous livre le géographe Raphaël Schirmer, frappant toujours au coin du bon sens : « Du gel, des vignes et des hommes ». Il nous rappelle : «  À plus longue échéance, cela peut aussi entraîner une perte de marchés. C’est ce qui était arrivé à certaines régions atlantiques lorsque les gels de 1981 et de 1986 avaient favorisés une percée des vins du Nouveau Monde en Angleterre ». Détaillant les moyens pour lutter contre le fléau, il s’attarde sur l’aspersion : « La Nouvelle-Zélande avait il y a quelques années utilisé un nombre incalculable d’hélicoptères pour en arriver au même effet… Effet catastrophique en termes d’image et de développement durable ; la presse de l’époque parlait de « film de guerre » . De toute façon, il est difficile de protéger tout un vignoble, seules certaines parcelles peuvent être sauvées ». Empruntant à Roger Dion,  Raphaël Schirmer nous ramène à notre humaine condition : « Planter des vignes dans certaines régions, la Champagne par exemple, ou dans certaines situations délicates, des parcelles en bas de pente sous un coteau dans une cuvette qui accumulera de l’air froid – est bien un choix social ». On laissera le dernier mot à la vigneronne bourguignonne Caroline Parent-Gros répondant ainsi à Chris Mercer dans Decanter : « Mère nature décide. Nous devons vivre avec. Cela fait partie des risques du métier ».

 

Menus propos autour du rosé

C’est de saison et avec la saison les chiffres de la consommation. « Qu’ils soient vendus en Bag-in-box ou en bouteilles, les vins rosés de toutes les régions ont le vent en poupe », clame LSA. On s’attardera plutôt sur la chronique de Fabrizio Bucella dans le Huffington Post. Ce dernier nous en livre la définition qu’en faisait Le médecin de Henri IV, Nicolas Abraham de la Framboisière (1577-1640) in (Le gouvernement nécessaire à chacun pour vivre longtemps en bonne santé, Chap. XIII, Du Vin, édition Paris, Michel Sonnius 1510) : « Le vin qui tient le mitant entre le doux et le aspre, doit estre preferé à tous deux. Car il excelle en bonté de suc, et si exempt de la nuisance, qu'apporte l'une et l'autre extrémité. Iont qu'il est friand et delicat à boire, à cause qu'il a une douceur tant soit peu aspre, semblable à la framboise, si agreable au goust, qu'il n'est rien de plus, par ce qu'il pique un peu sur la langue ». Fabrizzio Bucella ajoute sa patte : « Bien que les rosés se boivent facilement, on n'ira pas jusqu'à prétendre que le rosé est un vin de soif, de ceux qui se boivent tous seuls, car ceux-là sont plutôt les dignes descendants du ''gros rouge qui tache. Le rosé peut être vu comme un vin de jouisseur, au sens que lui donnait Renoir». Le Wine Spectator nous apprend que l’actrice Drew Barrymore, amatrice de vin et co-propriétaire du domaine Carmel Road sis dans le conté californien de Monterey. En ce printemps, elle clame son amour pour le rosé, et annonce, longue chevelure blonde ondulée sous un chapeau de paille, « un Pinot noir rosé ». « J’adore le rosé, c’est le vin qui m’accompagne dans ma carrière. Je suis ravie qu’il devienne populaire et ce qui se passe dans l’industrie du vin m’a légitimée à en produire un ». Robert Ménard, le maire Front National, fait, lui, du rosé, une récupération identitaire que dénonce le blogueur Vincent Pousson dans Idées Liquides et Solides . Sous le titre « Pas envie de baisiers », une affiche vulgaire en noir et blanc. On y voit une jeune femme tenant un verre en équilibre précaire sur un tabouret de bar, le visage dissimulé, non par un voile mais une épaisse chevelure, cuisses et bras dénudés, ayant, telle Cendrillon, perdu dans la bataille une chaussure. « Nous sommes à Béziers, désolé, mais malgré ce que j'avais écrit , j'ai envie d'écrire "Baisiers", ou "baisés"… Il s'agit d'une double-page du torche-cul municipal de Bébert Ménard, l'édile enfiévré de la sous-préfecture de l'Hérault, qu'on sent prêt dès la couverture pour la Révolution nationale. Le but du jeu, semble-t-il, entre un poignant hommage au héros Jaurès et une bataille héroïque contre les merdes de chien, c'est de faire la promotion du rosé du coin. Magnifique promotion des vins du Languedoc, de Saint-Chinian, de Faugères, des Coteaux du Libron, belle image de ces rosés qu'on pisse au petit matin, à la sortie des Halles de Béziers, en ramenant à la maison des filles aux cheveux collés par le vomi. », écrit Pousson. La vulgarité n’a pas de limite et c’est bien dommage pour le rosé.

La cité du vin de Bordeaux

Jane Anson, la chroniqueuse de Decanter,  est conquise par la Cité des vins de Bordeaux. Elle fait un compte-rendu enthousiaste de sa visite en avant-première avant l’ouverture officielle le 1er juin. « Vous avez marché dans les tranchées de l’Imperial musée de la première guerre mondiale de Londres, avec des bombes exposant sous vos pas, les voix confuses des soldats se cherchant dans l’obscurité ? Vous me croirez si je vous dis que vous serez tout aussi emballés par la Cité du vin de Bordeaux ». Elle poursuit : « Si  les échecs de Vinopolis à Londres et de Copia à Napa ont pu nous laisser croire qu’un musée du vin est mission impossible, la Cité du vin va nous prouver le contraire ». La scénographie est signée de deux designers anglais, Dinah Casson et Roger Mann, notamment auteurs de la restauration de Lascaux. La chroniqueuse les a rencontrés. Ils expliquent en ces termes le défi qu’ils ont dû relever : « Dans presque tous les musées nous travaillons avec des objets réels qui s’inscrivent dans des événements historiques. Nous pouvons en tiré des histoires. Avec la Cité du vin, nous avions un immense espace d’exposition de 3 000m2, beaucoup de données, d’idées, mais très peu d’objets physiques. C’est pourquoi nous avons reconstitué les histoires avec les technologies digitales ». Le défi est, selon Jane Anson, relevé. Elle y a trouvé « un sens du ludique,  et une véritable immersion des sens, notamment quand on prend place sur un siège d’une galère romaine de 50 places qui vous transporte dans l’histoire des Grecs et des Romains jusqu’aux navires des Hollandais au VXIIème siècle ». Le mois de juin sera chaud.

 

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