Provence

La vigne a entre deux et trois semaines d'avance

Lundi 07 mars 2016 par Juliette Cassagnes

Un bourgeon au stade 'B', constaté sur une parcelle dans le Var, début mars 2016Un bourgeon au stade 'B', constaté sur une parcelle dans le Var, début mars 2016 - crédit photo : S Reinig
L'hiver particulièrement doux en Provence commence à provoquer, dans les secteurs les plus avancés, des levées de dormance et le débourrement de certaines parcelles. Les conditions météo de mars et avril seront décisives pour la suite, notamment vis-à-vis du risque de gel de printemps.

« En 25 ans de métier, je n'ai jamais vu un hiver comme cela ! », témoigne Laurent Rougon, viticulteur dans le centre-Var et président de la Fédération des coopératives du Var. Les conditions hivernales en Provence ont en effet été particulièrement douces cette année, notamment en décembre et février 2016. Ce dernier a enregistré une température moyenne supérieure de +3°C par rapport à celle de février 2015. « La somme des températures base 10°C montre un écart d'une vingtaine de jours d'avance par rapport à 2015 et de quinze jours par rapport à 2014, confirme Mathieu Combier, conseiller viticole à la Chambre d'agriculture du Var. Il est donc fort probable que l'on assiste à un débourrement et à un millésime précoces », poursuit celui-ci.

Ces conditions météo exceptionnelles sont responsables, dans ce département, mais aussi dans les Bouches-du-Rhône et en Vaucluse, du redémarrage de l'activité de la vigne : sur les zones et cépages les plus précoces, les viticulteurs constatent des « vignes qui pleurent » ou des « gonflements de bourgeons », signe de mouvements de sève, qui se produisent donc avec environ 15 jours d'avance par rapport à la « normale ». L'évolution de ces parcelles dépendra directement des conditions météo des semaines à venir: « Si le mois de mars se rafraîchit, la végétation pourrait alors ne connaître que très peu, ou pas d'évolution, précise Stéphan Reinig, technicien aux Vignerons d'Estandon, dans le Var. On passerait alors d'un débourrement « très précoce » à seulement « précoce »...Mars donnera donc le ton ».

La crainte du gel

Sur certains secteurs encore plus avancés, des parcelles ont même déjà commencé à débourrer : c'est le cas en Vaucluse, sur cépage Grenache, ainsi que dans le Var : «  J'ai repéré quelques bourgeons isolés au stade B* sur les parcelles les mieux exposées, plein sud et en hauts de coteaux », indique Stéphan Reinig, « Les parcelles de Merlot, Chardonnay, Grenache, situées en terrasses ou coteaux, ont déjà débourré, confirme Laurent Rougon. Et nous sommes à quelques jours du débourrement généralisé, d'autant plus qu'il continue de faire très doux ». Habituellement, le phénomène se produit vers la fin mars. A ce jour, la vigne aurait donc environ trois semaines d'avance par rapport à la « normale » dans cette zone. « Je n'ai encore jamais vu cela en quinze ans de carrière », commente le technicien.

Or qui dit débourrement précoce dit aussi risque accru de gel de printemps au mois d'avril, ce que la majorité des viticulteurs ont actuellement en tête... «  Comme il n'y a pas eu de véritable hiver, la majorité redoute que le froid finisse par s'installer tardivement », indique Stéphan Reinig. 

Dans la partie nord des Bouches-du-Rhône, sur les communes de Lambesc et Rognes plus précisément, les viticulteurs sont aussi inquiets, mais pour une autre raison. Ils redoutent des éclosions précoces et de fortes populations de cicadelles de la flavescence dorée, qui pourraient être provoquées par la douceur hivernale. La zone fait l'objet depuis trois ans de contaminations par le phytoplasme, avec à la clé un nombre grandissant de ceps à arracher.

(*stade B : bourgeon dans le coton : œil gonflé dont les écailles s'ouvrent, bourre très visible ; ce stade suit les pleurs)

RÉAGISSEZ A L'ARTICLE

Recopier le code :
Processing
Voir toutes les réactions
© Vitisphere 2019 - Tout droit réservé