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Philippe Dejean

« la conjoncture n'est pas euphorique pour les vins liquoreux de Bordeaux »

Vendredi 18 janvier 2013 par Alexandre Abellan

Philippe Dejean : « la conjoncture n'est pas euphorique pour les vins liquoreux de Bordeaux »

Président des Sweet Bordeaux (ou Union des Grands Vins Liquoreux de Bordeaux) Philippe Dejean tire un bilan de cet outil de communication, ainsi que sur les perspectives des marchés asiatiques et les cours des vins doux de Bordeaux. Avant tout vigneron à Bommes (château Rabaud-Promis, premier cru classé de Sauternes), il commence par revenir sur le millésime 2012.

Si les primeurs 2011 avaient couronné les vins de Sauternes, la réputation du millésime 2012 semble entachée par les décisions des châteaux d'Yquem et Rieussec de sauter cette année...

Philippe Dejean : depuis une dizaine d'années, nous avions été habitués à de très beaux millésimes, avec de véritables étés indiens. Ce n'était pas le cas en 2012, dès septembre il était évident que les conditions climatiques n'allaient pas dans ce sens. 2012 était une année de vignerons expérimentés, il fallait sentir dès le départ que ce ne serait pas un grand milésime. Il ne restait alors qu'à sauver les meubles. Certains ont cependant tenté d'en tirer une grande année, mais laisser trop longtemps les raisins sous la pluie était plus que risqué. 1992 et 1993 étaient des années vraiment catastrophiques, en comparaison 2012 ne l'est pas tant.

Nos premières dégustations laissent entrevoir un vin plaisant à boire. Le millésime 2012 ne sera bien sûr pas concentré. Mais il faut aussi se demander ce qu'attendent nos consommateurs aujourd'hui : une relique à conserver ou un vin frais et agréable ? Les primeurs de Bordeaux ne me font pas peur dans ces conditions. Les coups médiatiques sont passés, il reste surtout l'interrogation de journalistes anglais : « comment d'aussi prestigieuses propriétés peuvent-elles être dans l'incapacité de produire la moindre quantité de premier vin ? »

Après 4 années d'activité, quel bilan tirez-vous de la démarche Sweet Bordeaux ?

L'Union des Grands Vins Liquoreux de Bordeaux regroupe 11 appellations des liquoreux de Gironde, mais il reste le plus petit des groupes organiques du Comité Interprofessionnel des Vins de Bordeaux. Les 530 viticulteurs de l'Union représentent 4 040 hectares de vignes (pour 101 000 hl en 2011, année exceptionnelle en qualité et quantité). Chacun nous nous retrouvions face à la difficulté de communiquer sous 11 noms différents. Ce regroupement nous permet d'y rémédier et Sweet Bordeaux affiche notre but de dépoussiérer l'image trop souvent vieillote de ces vins auprès des consommateur.

Mais ce qu'il manque aujourd'hui, c'est véritablement une courroie de transmission entre le marque Sweet Bordeaux et les vins disponibles la vente. Des macarons Sweet Bordeaux commencent à apparaître sur les bouteilles des vins doux de Bordeaux, ce qui est encourageant mais encore balbutiant.

Comment évolue la consommation des liquoreux de Bordeaux, que ce soit en France ou à l'export ?

Le marché français représente les trois quarts des débouchés pour les vins doux de Bordeaux. Dans le détail, les cas sont moins homogènes. Presque 100 % des Graves supérieures s'exportent (principalement vers les Pays Bas), tandis 93 % des vins de Loupiac sont consommés en France. Dans l'Hexagone, la consommation de l'ensemble des vins liquoreux a tendance à légérement augmenter. Pourtant les vins doux de Bordeaux ne savent pas en profiter, contrairement aux autres vin du Sud Ouest (Jurançon, Bergerac...).

En France, 28 % des ventes de vins liquoreux de Gironde se font dans la grande distribution, notamment durant les fêtes fin d'année. Il est à noter que lors des foire aux vins ce sont surtout les crus classés qui sont présents. Cela fait un bel assortiment, mais les autres liquoreux n'en profitent globalement pas. En volume, les Bordeaux doux représentent 3 % des vins tranquilles achetés dans l'année par un ménage français. En valeur, ils comptent par contre pour 8 % du panier. Finalement, il est encourageant de noter que le profil moyen de nos consommateur se rajeunit. La part des moins de 50 ans consommant nos vins doux est passée de 28 à 44 % en quatre ans.

A l'export, les Pays Bas restent le premier marché en volume (notamment par leur consommation de Graves Supérieures). Viennent ensuite le Royaume Uni et l'Allemagne. Ces marchés traditionnels évoluent gloablement peu, que ce soit en volume ou en valeur. Tout le contraire de la demande asiatique !

Les vins doux de Bordeaux connaissent un fort développement en Chine (Hong Kong inclus), qui est devenu en 2011 le quatrième marché export des bordeaux doux. Ce marché représentait alors 10 % des volumes exportés, contre 4 % l'année précédente. Pour les vins de Sauternes, la Chine est même le troisième marché à l'export. L'accès à ce marché a été facilitée par l'assouplissement de la législation concernant les sulfites, qui a rendu l'importation de nos vins légale. C'est une partie du monde où tout peut aller très vite et conduire à un succès extraordinaire. Aujourd'hui il y a besoin de transformer l'essai avec l'aide du négoce de Bordeaux et les négociants chinois

Quelles sont les tendances et cours du marché du vrac pour les liquoreux bordelais ?

Pour l'ensemble des liquoreux, la période n'est pas euphorique. Sur cette campagne, la tendace est à la baisse des cours, selon la régle classique du commerce : lorsqu'il y a plus d'offre les prix baissent et inversement quand il y a de la demande. Suite à la très belle récolte de 2011, il y a globalement des stocks. Les cours sont actuellement à 4 400 euros le tonneau en Sauternes, l'érosion des ventes maintenant un stock excédentaire. Pour Loupiac et Sainte-Croix-du-Mont, les cours avoisinent 2 200 euros le tonneau (de 900 litres), les stocks sont présents mais les ventes augmentent. Peut-être grâce à un prix plus attractif. D'après les données du CIVB, 40 % des volumes de Sauternes sont commercialisés en vrac.

Par rapport aux autres vins doux de Bordeaux, Sauternes affiche les plus importantes part de vrac. Nous commençons d'ailleurs tout juste à réfléchir collectivement aux enjeux de cette situation, la création de marques fortes serait un atout pour le vignoble.

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