Robert Gentié

Mardi 11 janvier 2005 par Vitisphere


Secrétaire général honoraire de la Fédération Française des Syndicats de Producteurs de Plants de Vigne

La crise a-t-elle ralenti l’activité de la filière pépinière ?

Oui, dans la mesure où la filière a réduit ses greffages en 2004 par rapport à 2003, avec des variations plus ou moins importantes selon les régions. Cela va de moins 20 % en Midi-Pyrénées, moins 17 % en région Aquitaine-Charentes, (moins 20 % en Aquitaine, moins 10 % en Charentes) pour arriver à une moyenne nationale d’une diminution de 10,8 % (Source O.N.I.VINS). Cela représente 259,2 millions de boutures greffées, dont 13,2 millions sont à déduire de cette campagne car produits en pots, les plants qui en sont issus ont été commercialisés en 2004. Le marché des plants semble bien équilibré pour cette campagne 2004-2005. Il peut être estimé à 135 millions de plants, soit 14 à 15 millions de moins que lors de l’année précédente. Il faut y ajouter 13,9 millions de plants reportés en chambre froide ou repiqués (source O.N.I.VINS). Cette baisse d’environ 15 millions de plants produits provient du souci des pépiniéristes de mettre en adéquation la production et les besoins des viticulteurs. Les perspectives d’une diminution des projets de plantation en 2005-2006, laisse présager une autre réduction significative des greffages à venir. Durant ces dernières années, la pépinière viticole a considérablement investi dans des installations techniques, des mises aux normes environnementales et dans la prévention des risques. La mise au ralenti d’un outil de travail supportant, en linéaire, les mêmes charges de structures ne sera, certainement pas sans conséquences. Il faut, ici, remarquer que la pépinière est dévoreuse de main d’œuvre. Les augmentations du SMIC et des charges risquent de tellement influer sur les coûts de revient, que ceux-ci risquent de dépasser les prix du marché qui, eux, n’ont pas évolué depuis 5 ans. Il y aura, alors, du souci à se faire, en raison du risque de disparition des structures les plus fragiles, si rien n’est fait par les Pouvoirs Publics pour compenser le ralentissement de leur activité (prise en charge d’intérêts, report d’annuités etc…). Il est souhaitable que les pépinières gardent leurs capacités de production pour fournir les plants nécessaires aux renouvellements courants, aux restructurations par ré-encépagement, et aux remplacements nécessités par les pieds atteints des maladies du bois. Même au travers d’une période difficile, il faut garder à l’esprit que la qualité a un prix. L’exemple des centrales d’achats qui font pression sur les producteurs au risque de les faire disparaître doit faire réfléchir s’il en était besoin. Certaines pépinières sont en «démarche qualité» pour la C.C.P. (Certification de Conformité Produit). Deux, en France, sont déjà aux normes ISO, dont la dernière certifiée en « ISO 9001 version 2000. » En fiabilisant les produits et les services, ces marques de qualité peuvent permettre à la filière viticole d’en tirer parti pour mettre en place une traçabilité valorisante en partant du plant et allant jusqu’au vin.

Les pépiniéristes français ont exporté leur savoir-faire à l’étranger. Quelle est leur part de responsabilité concernant la surproduction et la concurrence internationale ?

Les pépiniéristes français n’ont que très peu exporté leur savoir-faire à l’étranger en matière de production de plants. Nous sommes, par contre, le principal pays exportateur de plants de vigne devant l’Italie, l’Espagne, l’Allemagne (le Portugal exportant peu). Il faut, toutefois prendre en compte que, si la France à cette place, c’est en raison du crédit de fiabilité que lui accorde la viticulture mondiale et, aussi, le dynamisme de ses acteurs. Dans ce potentiel de production réduit, avec les besoins nécessaires aux reconversions, en France, le marché des plants semble équilibré pour cette saison 2004-2005. Les pépiniéristes français n’ont aucune responsabilité en ce qui concerne la surproduction et la concurrence internationale du marché des vins. S’ils n’exportaient pas ces plants, d’autres pays prendraient ces marchés à leur place. La France exporte environ 25 % de sa production de plants de vigne. Pour la saison en cours, la demande semble soutenue. Par contre, de nombreux et grands vignobles ont été établis à l’étranger avec les techniques de culture et d’œnologie venant de France. Il est certain que les vins qui en sont issus se retrouvent sur le marché mondial.

Quels sont les cépages les plus demandés à l’heure actuelle ?

La demande est très importante sur les cépages blancs. Il est même à craindre que tous les besoins ne puissent être satisfaits sur certains. Une bonne tenue du marché des vins blancs n’y est pas étrangère et des viticulteurs reconvertissent leur encépagement de rouge pour produire des vins blancs...Concernant les cépages rouges, il faut observer une diminution de production de 29,6 % de plants de Merlot N, de 25,5 % de Cabernet Sauvignon N, de 13,6 % de Syrah N, pour ne citer que les principaux cépages.

Êtes-vous inquiets par la progression de la maladie du bois ?

Les pépiniéristes ne sont pas seulement inquiets de la progression de la maladie du bois, mais des maladies du bois. En disant « la maladie du bois » vous pensiez, sans doute à l’esca qui progresse d’une manière très inquiétante dans les vignobles depuis l’interdiction de l’utilisation de l’arsénite de soude, en novembre 2001. Mais il y a, aussi, l’eutypiose, maladie économiquement et financièrement très coûteuse pour la viticulture. Concernant ce qui faut bien appeler ces fléaux, la Recherche avance, mais n’a encore, et malheureusement, pas trouvé de solution miracle. Il ne reste que les méthodes prophylactiques par la protection des plaies de taille, sans oublier le repérage et l’arrachage systématique des pieds atteints. Les pépiniéristes sont en alerte, et en état de vigilance permanentes en ce qui concerne les vignes mères qui font, déjà, l’objet des contrôles officiels. Selon l’INRA, le risque de transmission des maladies du bois par le plant est évalué entre 0,1 % et 0,5 %. A supposer qu’un lot de plants puisse en être porteur, l’INRA pense que le trempage à l’eau chaude serait efficace à 90 %. Mais dès la plantation au vignoble, le danger de contamination resurgit aussitôt. Pour un risque aussi minime de transmission par le plant, il ne parait pas concevable de prendre celui du trempage à l’eau chaude auquel, selon Philippe LARIGON, de l’ITV, les Californiens n’apportent aucun crédit d’efficacité. En affaiblissant le plant, cette méthode entraîne souvent des retards de départ de végétation. Avec des lots de plants un peu pauvres en matières de réserves, parce que récoltés après un été pluvieux, Il arrive, également, d’observer un pourcentage variable de non-reprise au vignoble. Avec le trempage à l’eau chaude, les effets différés sur le comportement et la longévité du vignoble ne pourront être évalués que dans une vingtaine d’années. Il est à souhaiter que nos chercheurs trouvent la solution qui permettra d’arrêter le dépérissement de nos vignobles dans un proche avenir.

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