Eric Rosaz, directeur de la CNCP

Mardi 11 décembre 2001 par Vitisphere

Interview réalisée par Cécile Vuchot
(Confédération Nationale des Caves Particulières)

Interview d'Eric Rosaz

Quelle analyse faites-vous de la situation actuelle de la filière viticole au plan national ? Je ne suis pas sûr que la France viticole soit véritablement en crise. Cela fait quelques années que l’offre est supérieure à la demande. Et lorsque c’était moins visible qu’aujourd’hui, les viticulteurs ont relâché leurs efforts. Ce qui fait que maintenant, certains ne sont plus en phase avec leurs marchés, ils n’ont plus de stratégie d’entreprise. Ils proposent des produits has been, ils n’ont pas pris conscience que l’environnement viticole avait changé autour d’eux. En particulier, certains produisent trop, réfléchissent ensuite aux débouchés commerciaux, puis revendiquent… Ces gens-là n’ont rien compris ! Or, ils livrent des quantités importantes de vin qui pèsent sur le marché. Vous tenez beaucoup à la notion de 'logique d’entreprise'… Bien sûr ! Aujourd’hui, on ne résoudra pas la situation par un système horizontal, comme la seule limitation du rendement, par exemple. Car c’est avant tout un problème d’entreprise. Le vigneron doit comprendre qu’il est un chef d’entreprise. Même s’il ne fait que du vrac, il doit maîtriser tous les aspects de la production, de la commercialisation jusqu’à la gestion des ressources humaines. Or, beaucoup ne sont pas dans ce schéma-là. Je dis souvent aux vignerons, « vous avez beau récolter le plus beau des raisins, faire le meilleur des vins et le mettre dans la plus belle des bouteilles, vous n’avez pas encore gagné un franc ! Le plus dur reste à faire : trouver les marchés, les bons rapports qualité/prix, etc. » Désormais, pour s’en sortir, la seule qualité du produit ne suffit plus. Sur ce plan, les vins français ont fait de gros progrès et ce n’est plus la priorité. Maintenant, il s’agit pour les entreprises vinicoles de trouver la taille et la stratégie adéquate aux marchés. Dans ce contexte, quels sont les besoins des vignerons aujourd’hui ? Il me semble nécessaire d’accompagner et d’encadrer davantage les viticulteurs, pas seulement d’un point de vue réglementaire, mais en changeant leur état d’esprit. Le viticulteur ne devrait produire que ce qu’il est capable de vendre ! Ainsi, il n’y aurait pas d’excédent. Bien sûr, c’est plus difficile à faire avec une culture pérenne, mais sans cette démarche, on aboutit à des stocks ou à brader son vin… Pour aller dans ce sens, tout le monde doit se mettre autour d’une table. Le syndicat, mais aussi les chambres d’agriculture, le négoce, etc., doivent développer la formation, les aides à l’emploi… Et puis derrière, un accompagnement par les pouvoirs publics est nécessaire. Pour la promotion des vins français à l’étranger par exemple, ce serait simple de créer un pavillon France qui permettrait à des petits vignerons d’être présents sur de grands salons à l’étranger, à des prix réduits. Nous, vignerons indépendants, nous créons de l’emploi, du chiffre d’affaires, nous participons au paysage, à la renommée des vins français et pourtant, nous ne sommes pas aidés ! Arrêtons de faire la guerre des structures, et construisons. Seule la volonté commune de tous les acteurs de la filière permettra de résoudre cette crise.

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