Jean Clavel, vigneron en Languedoc

Vendredi 16 novembre 2001 par Vitisphere

Interview réalisée par Cécile Vuchot

Interview de Jean Clavel

Pour sortir de la crise, quelles solutions votre région pourrait imaginer à la production ? Tout d'abord, la qualité des vins est essentielle. Elle passe par l'acceptation d'une discipline de production. Or, c'est là une responsabilité technique, mais avant tout politique. Les syndicats d'appellations, de vins de pays, les présidents de coopératives doivent être cohérents entre eux, afin d'influencer progressivement l'évolution qualitative. Malheureusement, nous souffrons dans notre région d'un mélange des genres, entre ambitions politiques et objectifs économiques incompatibles… L'arrachage temporaire, pour les producteurs âgés et moins motivés, peut être une solution. A condition de ne pas ouvrir les vannes de l'arrachage à tout va, sans limite et sans concertation, comme on l'a vu par le passé. Sans quoi, nombre de coopératives risquent de fermer pour cause de déséquilibre de gestion. Et puis on ne va quand même pas arracher des vignes dont la plantation a été subventionnée ! Une réflexion préalable avec les partenaires locaux est indispensable… Or, je ne vois pas encore l'ombre d'une réflexion sur ce sujet… Que pensez-vous des variations excessives des prix des vins français à l'export ? D'un côté, les grands crus bordelais ont eu une politique déraisonnable sur le plan international, ce qui a entraîné des conséquences générales sur les prix des vins français. De l'autre, les vins 'de base' (dont 15% ne mériteraient pas l'appellation) pèsent sur le marché. Cependant, dans notre région, il n'y a pas eu de tels dérapages de prix. En Languedoc, nos hauts de gamme sont au même prix que la gamme moyenne à basse des Bordeaux. Au domaine, nous produisons 250 000 bouteilles, dont 95% partent à l'export et la demande dépasse l'offre. Nos collègues travaillant dans le même créneau n'ont pas non plus de soucis. Les gens ayant des problèmes sont ceux qui produisent un niveau de qualité limite. Mais il y a encore des marges de progrès sur les plans de la qualité et de la fiabilité de l'offre. Et si l'on poursuit dans cette voie, je n'ai pas d'inquiétude pour notre région. Toutefois, pour renforcer nos positions à l'export, le développement de marques me semble important. Mais il doit être créé par des entreprises, coopératives ou privées. Je ne crois pas du tout aux marques collectives, simplement basées sur une notion marketing et une vague définition des produits. Informer, communiquer, vendre… Cela passe aussi par l'Internet ? C'est même une nécessité urgente ! Progressivement, je souhaiterais que tous les vignerons les plus dynamiques s'intéressent aux moyens de communication modernes, dont l'Internet, car il peut être un outil d'évolution. Si 80% des adhérents au syndicat d'appellation étaient reliés par Internet, les relations entre producteurs seraient plus faciles, l'information serait transmise plus rapidement et on ferait évoluer les décisions beaucoup plus vite !

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