Bernard Sonnet, directeur du Comité Interprofessionnel des Vins de Corse

Mercredi 24 octobre 2001 par Vitisphere


Interview réalisée par Cécile Vuchot

Interview de Bernard Sonnet

Que pensez-vous de la qualité des vins français ? Le consommateur prend l'AOC pour un label qualité. Or, je connais des vins de pays supérieurs en qualité à certaines appellations… Et un des principaux critères que nos concurrents ont su maîtriser, c'est justement de proposer une qualité régulière ! On doit donc y arriver, nous aussi. On ne devrait pas parler de qualité minimum à l'export, mais de qualité maximum ! Quitte à ce que les prix suivent, bien sûr… Car la qualité du produit est bien le seul argument qui permette d'augmenter les prix. Enfin, il y a une complexité indéniable de l'offre française. La pléthore d'appellations, de provenances et de qualités différentes rend l'achat difficile pour le consommateur japonais ou anglais… Quelles premières mesures faudrait-il prendre à la production ? L'arrachage définitif et la diminution des rendements autorisés pour les vins de table me semblent être le b.a. ba ! L'apporteur au négoce ou à la coopérative n'est pas susceptible de produire un Daumas Gassac. S'il n'existe pas de cahier des charges draconien à la production, on aboutit à un sous-produit à peine rémunérateur, et qui le sera de moins en moins ! Dans ces conditions, pourquoi s'acharner dans ce type de production, si ce n'est pour faire du social, j'en vois mal l'intérêt… Si on pouvait se débarrasser de ce type de produit, on renforcerait la richesse de la diversité de nos vins français ! En effet, dans la confusion générale entre les différents sigles et régions vinicoles, ces 'vins de masse' polluent l'image des AOC et touchent les gens qui ont fait vingt ans d'efforts pour sortir du pot commun ! Et à l'export ? Une approche plus concertée et structurée est nécessaire au bon développement des marchés export. Aujourd'hui, un trop grand nombre d'opérateurs entraîne une concurrence exacerbée et une montée des cours irrationnelle. Il faut réfléchir à une stratégie de gamme avec un contrôle des marchés, jusqu'au suivi aval : contrôler le produit en linéaire à l'étranger, afin de vérifier qu'il correspond au cahier des charges et le rapatrier si nécessaire. Dans cet esprit, de bonnes réponses sont proposées par certains clubs export soutenus par la SOPEXA, or très peu d'opérateurs les utilisent, c'est dommage. Attention aussi à ne pas vendre nos produits trop bas de gamme à l'export, sinon ces marchés ne seront pas renouvelés. En Corse, nous réfléchissons actuellement à la création d'une nouvelle dénomination vin de pays, plus restrictive, assortie d'un cahier des charges à la production plus pointu, de rendements plus faibles, et surtout, sous une dénomination plus porteuse. Car notre 'vin de pays de l'île de beauté' est difficilement identifiable pour un acheteur lointain.

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