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La maladie de Pierce

Lundi 27 novembre 2000 par Vitisphere

Une bactérie transportée par un insecte vecteur est à l'origine de la maladie de Pierce. Une fois installée dans le cep, elle entraîne sa mort en quelques années. L’apparition d’un nouveau vecteur très virulent inquiète la filière viti-vinicole californienne. Les dégâts sont déjà importants dans le sud. La Côte centrale se sent fortement menacée. Dans le nord de l’état, on se demande si l’insecte résistera aux gelées hivernales.
photo Wine Spectator - Rachel Weill
Une menace pour les vignobles californiens

La bactérie Xylella fastidiosa peut tuer un cep en deux ans

Identifiée en Californie du Sud dans les années 1850, la bactérie Xylella fastidiosa provient probablement de porte-greffes importés du sud-est des Etats-Unis pour lutter contre le phylloxera au 19ème siècle. Elle se développe dans le xylème, ensemble de vaisseaux qui transportent l’eau du sol vers la plante. En quelques années, un bouchon se forme dans ce conduit, entraînant la mort de la plante par stress hydrique. La maladie de Pierce doit son nom au scientifique qui l’a étudiée dans les années 1880. Ses symptômes apparaissent un an après l’infection, quand la présence de la bactérie affecte le flux d'eau vers les organes. Ils sont variés : croissance ralentie, zones mortes comme brûlées qui s’étendent sur les feuilles (éventuellement après un stade de jaunissement), raisins rôtis (voir photo). Les feuilles desséchées se détachent sans le pétiole, qui reste fixé sur la plante. La maladie est présente dans tous les états du sud des USA qui cultivent des raisins, de la Floride à la Californie, ainsi qu'au Mexique et en Amérique Centrale. Le chardonnay et le pinot noir y sont particulièrement sensibles, et meurent un à deux ans après avoir exprimé les symptômes.

Des cicadelles vectrices propagent la maladie

Tant que le seul vecteur était la cicadelle 'bleu-vert' (blue-green sharpshooter, en haut sur la photo), la maladie était contrôlée. Cet insecte apprécie particulièrement les abords de cours d’eau, et ne s’attaque qu’aux jeunes pousses. La taille des sarments de l'année avait une action régulatrice de la maladie, qui se propageait lentement, et les dégâts se limitaient en général à quelques rangs bordant les parcelles. La cicadelle 'aux ailes vitreuses' (glassy-winged sharpshooter, en bas sur la photo) accélère la propagation de la maladie, et on craint qu’elle devienne rapidement incontrôlable. Elle peut en effet se nourrir de bois vieux de plusieurs années, et surtout se déplacer 4 à 5 fois plus vite et plus loin que sa congénère. On compte plus de cent espèces végétales susceptibles de constituer des hôtes pour cet insecte. Importée accidentellement du sud-est des Etats-Unis en 1989, elle mesure entre 1 cm et 1,5 cm, a un corps brun et une tête tachetée de points jaunes. Ses ailes sont translucides et parcourues par des veines rouges, elles prennent une couleur charbon de bois avec l’âge. Au cours de sa vie, qui dure entre trois et neuf mois, elle peut parcourir des kilomètres, et une femelle pond 1000 à 1500 œufs. C’est en se nourrissant d’un cep malade que l’insecte devient porteur de la bactérie, il la transporte sur ses parties buccales, puis la transmet de la même façon à un autre cep.

Le sud de la Californie est la région la plus touchée par le nouveau vecteur

Le vignoble de Californie a une superficie totale de 220 000 ha. Le nouveau vecteur est pour l’instant surtout présent dans le sud. Un tiers des 1200 ha du vignoble de Temecula a ainsi disparu. Callaway, la plus grosse winery locale, a déjà commencé à s’approvisionner en dehors de la région. A court terme, c'est la côte centrale de Californie qui est la plus menacée, mais la propagation de l’insecte se poursuit vers le nord, où la bactérie est également présente. Certains acteurs de la filière y prévoient le pire, d'autres pensent que le climat local restreindra le développement des populations. Parmi les vignobles concernés, on trouve la Napa Valley. La bactérie est présente sur 17% de sa surface. Le vignoble de Sacramento, à 110 km de là, est déjà touché, et on a trouvé un glassy-winged sharpshooter dans une pépinière de Middletown, à moins de 20 km de l’état de Napa.

La lutte s'organise sur tous les fronts

En l’absence de moyens de maîtrise de la bactérie, la lutte se fait contre la cicadelle. Le gouvernement fédéral, l’état de Californie, les collectivités locales et l'industrie ont engagé 47,6 millions de dollars dans ce combat. Principal handicap : les efforts de détection rigoureuse n’ayant commencé que cette année, on ne cerne pas bien la zone de présence de l’insecte. Le programme comprend : l’inspection des plants en transit, des contrôles, des captures par piégeage, et l’introduction d’une guêpe qui parasite les œufs de l’insecte en y déposant ses propres œufs. Les viticulteurs pratiquent une taille rigoureuse, allant parfois jusqu'à l’arrachage et le remplacement des vignes touchées. Ils examinent également les végétaux entourant leurs parcelles pour éliminer les plantes hôtes pour la cicadelle. Des résultats positifs ont parfois été observés, cependant on peut se demander si ces mesures prophylactiques ne sont pas vaines, tant les hôtes potentiels sont nombreux, mais aussi parce que les jeunes plants sont les plus vulnérables. Les pesticides semblent réduire les populations, sans que l'on soit sûr de leur efficacité à long terme. Dans les régions les plus touchées, des tentatives de programmes de traitements obligatoires ont eu lieu, mais elles se heurtent à l’opposition des habitants, des écologistes et des producteurs de vin biologique. Dernière ombre au tableau, il ne faut pas oublier que des insectes 'exotiques' entrent en Californie chaque année, et pourraient constituer de nouveaux vecteurs.

Les pistes de lutte contre Xylella fastidiosa

L'espoir à long terme réside dans la connaissance de la bactérie. Son génome est étudié par des chercheurs de Sao Paulo, au Brésil. Plusieurs pistes sont évoquées : l'injection d'un produit chimique ou d'une substance produite par une autre bactérie qui tuerait Xylella fastidiosa, la production de vignes OGM résistantes, ou l'utilisation d'une préparation à base de métaux qui ont montré des propriétés inhibitrices en laboratoire. Dans tous les cas, il est peu probable que les résultats de ces recherches débouchent sur un moyen de lutte efficace avant 10 ou 15 ans.

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