LGV

Le vignoble de Sauternes en appelle au président de la République

Mardi 11 août 2015 par Alexandre Abellan

LGV : le vignoble de Sauternes en appelle au président de la République

Toujours mobilisé contre le projet de Lignes à Grande Vitesse (LGV) reliant Bordeaux à Toulouse et Dax, le syndicat des producteurs de Sauternes-Barsac vient d’interpeller François Hollande sur l’existence « d’alternatives moins coûteuses et répondant mieux aux besoins des citoyens ». Envoyée ce 23 juin, cette lettre vient d’être rendue publique (sans que l’on puisse assurer qu’elle ait bien été lue par le président). Elle témoigne des craintes que « le gouvernement passe outre l’avis défavorable de la commission d’enquête. Nos informations indiquent qu’il pourrait y avoir une déclaration d’utilité publique. Et donc l’enclenchement d’un processus de travaux et d’indemnisation » alerte Xavier Planty, le président du syndicat des vins de Sauternes.

Signée par des associations écologistes et des représentants du vignoble (notamment la route des vins de Graves), cette missive demande un « arbitrage […] en faveur de la préservation de l’environnement et d’une meilleure prise en compte des intérêts de la population en matière d’aménagement du territoire ». Si les arguments déployés concernent la pertinence économique et territoriale du projet, c’est son tracé actuel qui inquiète les vignerons de Sauternes. Ne traversant pas l'appellation de Sauternes-Barsac, la LGV pourrait cependant modifier la bioclimatologie du bassin hydrographique du Ciron et perturber le développement de la pourriture noble qui fait la particularité de ce terroir à vins liquoreux.

Le rapport de la commission d'enquête publique soulignait bien les « conséquences défavorables sur l’ensemble des AOC traversées (les viticulteurs ne pourront reconstituer leur vignoble initial et la longue période d’incertitude pèse sur l’avenir des entreprises) ». Mais il s’étonnait « qu’une étude scientifique visant à identifier les risques pesant sur la pérennité de l’appellation, n’ait pas été déjà commanditée par les viticulteurs concernés ». Ajoutant que « la qualité du Sauternes ne semble pas avoir été impactée par la proximité de l’A65 qui franchit également le Ciron et dont le tracé est plus proche du Ciron ! »

Balayant ces remarques, Xavier Planty estime que « la preuve est dans nos bouteilles. Personne n’est capable de faire nos vins ailleurs ! » Il souligne au passage que ce tracé remettrait en cause les facteurs naturels reliant l’appellation Sauternes à son terroir. Et pour lui, « le vrai scandale, c’est d’envisager l’arrachage de la forêt de hêtres de la gorge du Ciron, la plus vieille forêt résiduaire d’Europe ! »

Depuis l’avis défavorable sur sa déclaration d’utilité publique, l’avancée du projet de LGV est floue. Fin mars, le ministère des transports a demandé au maître d’ouvrage, SNCF Réseau (ex-Réseau Ferré de France), de tirer ses conclusions afin que le conseil d’Etat et le gouvernement se prononcent. Le délai de quatre mois a expiré, sans qu’il y ait eu d’annonce d’évolution des tracés ou du projet. D’après le rapport de la commission d’enquête, le projet de RFF  touchait directement 72,3 hectares d'AOC viticoles (plantés au deux tiers), pour 57 domaines (18 à Buzet, 13 en Brulhois et Fronton, 11 en Graves et Pessac-Léognan).

 

 

 

[Photo : François Hollande au neuvième sommet Europe-Asie (Laos, novembre 2012) ; P.Segrette/Présidence de la République]

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