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Fongicide « Moon Privilège » de Bayer

L'étendue des dégâts reste imprécise

Lundi 03 août 2015 par Juliette Cassagnes

Fongicide « Moon Privilège » de Bayer : l'étendue des dégâts reste imprécise
Vignobles : anti-Botrytis soupçonné d'avoir provoqué des dégâts

Un anti-Botrytis, le « Moon Privilège » commercialisé par Bayer CropSciences depuis deux ans, est très fortement soupçonné d'avoir provoqué des dégâts dans plusieurs vignobles européens : en Suisse, en Allemagne, en Autriche, en Italie du nord, et dans une moindre mesure, en France. Son application en 2014 aurait provoqué cette année dans les vignes concernées de la coulure et du millerandage lors de la floraison, impliquant des pertes de récoltes. Mais aucun chiffre précis sur les surfaces et les quantités perdues dans les différents pays n'a jusqu'à présent été communiqué par le fabricant de produits phytosanitaires.

En Suisse, l'un des pays les plus touchés, le Canton de Vaud, en lien avec la Fédération vaudoise des vignerons (FVV), a procédé à une enquête au mois de juillet 2015 auprès des vignerons, afin d'évaluer plus précisément les dégâts liés à son application. Ses résultats viennent de tomber : 524 hectares de vigne sont concernés, sur les 3.800 que comptent le canton, soit environ 14% des surfaces. Sur ces parcelles, le volume potentiel perdu peut aller de 10% à 90%, avec une moyenne pour le canton, estimée entre 30% et 40%. Cela représenterait donc un volume équivalent à environ 5% du potentiel de production des vendanges 2015 du canton, donc un manque à gagner de plusieurs millions de francs suisses pour les viticulteurs....Sans compter ceux des autres cantons, eux aussi touchés, mais qui n'ont pas procédé à une évaluation précise des surfaces impactées. «De manière générale, on peut estimer que 10 à 15% de la surface viticole est touchée à des degrés divers », rapporte Pierre-Henri Dubuis, de l'Agroscope de Nyon.

Dans ce pays, l’Office fédéral de l’agriculture suisse (OFAG) a par ailleurs décidé le 3 juillet dernier de suspendre l’homologation sur vigne du « Moon Privilège ». L'anti-oïdium « Moon experience », qui contient lui aussi le fluopyram, est quant à lui resté homologué, mais les experts suisses ont déconseillé aux viticulteurs de l'utiliser lors de la campagne 2015. « Plusieurs cas suspects nous incitent, par mesure de précaution, à recommander de ne plus utiliser le Moon Expérience tant que des doutes subsisteront quant à son innocuité », indique l'un des bulletins techniques du canton de Vaud. Du côté du fabricant, le discours diffère. Celui-ci recommande simplement à tous les viticulteurs « de ne pas utiliser son anti-botrytis au-delà du stade fermeture de grappes ». Concernant l'anti-oïdium, aucune contre-indication à son emploi n'est en revanche donnée...

En France, Bayer, qui a alerté les distributeurs début juillet, précise que seuls « quelques cas ont été répertoriés dans le Val de Loire, le Centre, et l'Est ». En Champagne, le CIVC a dénombré une « dizaine de viticulteurs pour les plus impactés, avec des dégâts modérés ». Dans le Val de Loire, en Touraine et Vouvray, le nombre semble similaire. « Ce qui nous a probablement sauvé, c'est que le fongicide a été homologué tardivement l'an dernier, et a donc été peu vendu lors de la première campagne de commercialisation en 2014 », témoigne François Dal, de la Sicavac, qui conseille lui aussi vivement de ne plus employer ces deux produits. Un autre facteur a également joué en France : le fait que le fongicide ait été appliqué à des stades plus précoces qu'en Suisse ou en Autriche ; les enquêtes de terrain ont en effet permis de constater que l'anti-botrytis a occasionné plus de dégâts lorsqu'il a été appliqué après le stade « fermeture de grappe ».

Les expertises dépêchées par la société Bayer sur les exploitations touchées sont désormais achevées ou en instance de l'être. La date à laquelle un retour de celles-ci leur sera fait ne leur a pas été communiquée. Il est probable qu'il faudra attendre, pour les assurances, que les vendanges se passent, afin de mesurer plus précisément les pertes. Dans un courrier adressé récemment aux viticulteurs suisses concernés, la firme rappelle qu'aucun engagement de dédommagement ne peut pour le moment être pris, « tant que la cause des symptômes de croissance atypique observés sur les vignes n’est pas clarifiée ». Dans ce pays, le Conseil d'Etat a décidé de débloquer le 22 juillet dernier 70.000 francs pour aider les vignerons à financer une contre-expertise par Suisse-Grêle...

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