Vinification bio

Début de l'expertise européenne sur l'évolution de la réglementation

Lundi 04 mai 2015 par Alexandre Abellan

Vinification bio : début de l'expertise européenne sur l'évolution de la réglementation

Ce premier août 2015, la Commission Européenne doit revenir sur l'utilisation de trois techniques physiques dans le règlement communautaire de vinification bio : le traitement thermique des moûts et vins, l'enrichissement par osmose inverse et l'utilisation de résines échangeuses d'ions pour l'obtention de Moûts Concentrés Rectifiés (MCR). « Le consensus sur le règlement vins bio a été tellement été long à arrêter en 2012 que certaines techniques, qui faisaient débat, ont été soumises à une clause de rendez-vous » explique Gwénaëlle Le Guillou, la directrice Syndicat des Vignerons Bio d’Aquitaine. Faisant partie de la délégation de France Vin Bio en visite à Bruxelles à la mi-avril, elle rappelle la position arrêtée par la France sur le sujet : le retrait à terme de ces techniques n'est acceptable qu'en cas d'alternatives. Cette condition n'étant pas réunie, la filière hexagonale demande :

- une autorisation de traitement thermique jusqu'à 75°C. Ceci afin d'autoriser la flashpasteurisation, mais pas la flashdétente ;

- le maintien de l'osmose inverse. Une pratique « déontologiquement appropriée à l'agriculture biologique, on ne retire que de l'eau » argumente Yves Dietrich, le président de la Commission Nationale d'Agriculture Biologique ;

- le maintien des résines échangeuses d'ions. Le contraire marquerait le coup d'arrêt de la filière de production de MCR bio.

Formé par la Commission Européenne, un groupe d'experts techniques indépendants (EGTOP) doit se réunir en mai pour évaluer les trois techniques soumises à révision. Leur rapport scientifique est attendu pour le début de l'été, le premier examen par le Comité Permanent des Etats Membres étant attendu pour août. Le calendrier de cette procédure reste encore incertain, tout comme ses conséquences sur le millésime 2015. Souhaitant profiter du travail des experts sur les vins bio, la France demande également l'ajout de nouveaux produits œnologiques au cahier des charges : autolysats de levures, enzymes pectolytiques, extraits protéiques de levures et patatine.

La demande d'adoption des autolysats de levure est particulièrement poussée par la France afin de lever frein à l'export vers le marché américain. Actuellement, le National Organic Program (NOP) interdit en vinification bio, l'apport d'azote par phosphate d'ammonium (autorisé en Europe), mais pas par autolysats de levures. « On demande un coup d'accélérateur, idéalement pour les vinifications 2015. Ce qui permettrait aux vignerons français d'être conformes à la catégorie "made with organic grapes" » précise Gwénaëlle Le Guillou, qui rappelle qu'actuellement nombre de vignerons bio sont bloqués aux portes du marché américain (à la conception plus stricte du bio : la mention "organic wine" étant réservée aux vins sans sulfites ajoutés).

En parallèle du règlement vin bio, l'Union Européenne s'apprête à réviser le règlement de l'agriculture biologique. La commission Agriculture du Parlement Européen ne devant pas se pencher dessus avant juillet, le premier examen en séance plénière n'est pas attendu avant septembre. Mais, face aux premières propositions de la Commission Européenne, les débats s'annoncent animés. Le projet actuel prévoit notamment le remplacement des contrôles annuels par un suivi HACCP (contrôles aléatoires selon les risques estimés) et surtout la mise en place de limites maximales de résidus de pesticides. « Ce serait une aberration que d'avoir de telles limites sur les vins bio, alors que nous n'utilisons pas de pesticides, et que les conventionnels qui en utilisent n'en auraient pas... » souligne Gwénaëlle Le Guillou.

 

 

[Illustration : Création Vitisphere]

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