Cépages résistants au mildiou

Le risque d'érosion de la tolérance se confirme

Vendredi 24 avril 2015 par Alexandre Abellan

Cépages résistants au mildiou : le risque d'érosion de la tolérance se confirme

Pour justifier la non-diffusion des variétés résistantes au mildiou et à l'oïdium obtenues par le chercheur Alain Bouquet, l'Institut National de la Recherche Agronomique met en avant un risque : celui du contournement des résistances monogéniques (portées par un seul gène). Pour obtenir une résistance plus durable, il s'agit d'éclater la pression de sélection en cumulant les gènes de résistance*. Très théorique, ce principe de précaution vient d'être étayé par des travaux de l'INRA de Bordeaux. En Allemagne, France et Suisse, les chercheurs ont prélevé des populations de Plasmospora viticola (responsables du mildiou) sur des cépages sensibles et résistants. A partir de ces isolats (60 sur cépages résistants et 50 sur cépages sensibles), des inoculations croisées ont été réalisées en laboratoire pour quantifier les traits de vie de ces différentes populations.

D'après les premiers résultats obtenus en laboratoire (sur des disques de feuilles), les cépages résistants sélectionneraient des souches plus virulentes. Si les cépages sensibles le restent quel que soit l'inoculum, les isolats prelevés sur les variétés résistantes semblent mieux adaptés à ces variétés (voir le graphique ci-dessus présentant le nombre de sporanges par mm²). Mais même avec cette sensibilité accrue, «  le mildiou ne se développe pas sur ces variétés comme sur un cépage sensible » explique Laurent Delière (INRA Bordeaux), « comme il s'agit de résistances partielles (de tolérances), on a bien une érosion. C'est un signal d'alerte. » Prudent, le chercheur ajoute que « le potentiel épidémiologique de ces souches n'est pas prouvé, faute d'essais en plein champ ».

A l'heure actuelle, un seul cas de contournement d'une variété résistante au mildiou a été observé au vignoble. Il s'agit de la variété hongroise bianca, dont le gène Rpv3 a été contourné dans un conservatoire tchèque rapporte Didier Merdinoglu (unité de recherche Santé de la Vigne et Qualité du Vin de l'INRA de Colmar). Ce dernier qui rappelle que « fort de nos connaissances sur d'autres plantes, le préalable à la construction de variétés était l'obtention de résistances polygéniques. A chacun de faire ses choix en connaissance de cause. » Mais même les variétés polygéniques ne seront pas à l'abri d'un risque d'adaptation/sélection de souches cryptogamiques. Il semble que le positionnement de traitement(s) complémentaire(s) devienne incontournable pour faire durer les résistances. « Il est probable que cette stratégie complémentaire soit incluse même dans les itinéraires techniques pour les cépages polygéniques » confirme Laurent Delière, qui évoque des travaux en cours sur le sujet.

 

 

* : ce pyramidage doit aboutir sur de premières inscriptions en 2016

 

 

[Illustration : Mesure sur feuilles de quatre cépages du nombre de sporanges par mm² après l'inoculation de souches P viticola prélevées sur des disques de feuilles de cépages résistants (en vert) et sur cépages sensibles (taupe) ; Innovine]


 

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