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Flavescence dorée

« la fiabilité du dispositif de lutte dépend de la prospection du vignoble »

Mercredi 03 décembre 2014 par Alexandre Abellan

Flavescence dorée : « la fiabilité du dispositif de lutte dépend de la prospection du vignoble »

« La grande difficulté de la lutte contre la flavescence dorée, c'est que l'on a toujours au moins un an de retard entre la contamination et l'expression des symptômes » concédait Thierry Aumonier (DRAAF Aquitaine), ce 2 décembre, lors d'une conférence Vinitech dédiée à cette maladie de quarantaine*. Dans le cadre de la mise en place d'un Périmètre de Lutte Obligatoire, la règle des 500 mètres bordant une parcelle contaminée peut ainsi sous-estimer l'étendue réelle de la contamination. Pour ne pas se laisser dépasser, « la fiabilité du dispositif de lutte dépend de la qualité de la prospection du vignoble » tranche Claude Magnien (SRAL Bourgogne), qui se félicite du maintien de la mobilisation des viticulteurs bourguignons pour la prospection des parcelles (3 500 en 2014, pour 3 000 en 2013). Un constat partagé par le législateur, l'arrêté du 19 décembre 2013 ayant renforcé les modalités de surveillance du vignoble (le Code Rural obligeant chaque viticulteur à contrôler l'état sanitaire de ses parcelles). Mais si les Organismes à Vocation Sanitaire de Bourgogne peuvent se targuer d'un contrôle annuel frôlant les 100 % de ses pieds de vigne, leurs homologues bordelais se situent plutôt entre 8 et 10 %.

Alors que jugement en appel du vigneron bourguignon Emmanuel Giboulot va être rendu ce 4 décembre, la question des stratégies régionales de lutte contre la flavescence dorée revient inévitablement sur le devant de la scène. Ne souhaitant pas prendre position sur une affaire de justice, Claude Magnien défend la stratégie adoptée pour la Côte d'Or en 2013, une lutte insecticide généralisée contre la cicadelle dorée, même sur des communes où aucun cep infecté n'avait été repéré. Si les objectifs de confinement n'ont pas été atteints, il en veut pour preuve les résultats de la campagne de prospection : 0,11 hectares arrachés en 2013 (contre 11 ha en 2011) et pas d'apparition de foyers dans l'Yonne ou dans le nord de la Côte d'Or. « Le fait d'avoir traité a sans doute permis de contenir la flavescence dorée » estime-t-il, « mais la dispersion se poursuit, de nouvelles communes sont contaminées et le développement sur Mercurey témoigne de la nécessité de traiter. Si on n'avait pas pris les mesures, on ne sait pas ce que cela aurait donné... »

Sujet moins polémique, la recherche de moyens de lutte complémentaires n'en reste pas moins capital et n'était pas oublié par Sylvie Malembic-Maher (INRA). La chercheuse énumérait les projets prometteurs : « recherche des sources de résistance à la flavescence dorée au sein du genre Vitis (les cépages moins sensibles, comme le merlot, présentent une plus faible concentration en phytoplasme), essais de perturbation des comportements d'alimentation de la cicadelle (kaolinite)... » Et même si les intervenants s'accordaient sur l'extrême rareté des contaminations par le biais du matériel végétal, ils défendaient le recours aux traitements des bois à l'eau chaude (45 minutes à 50°C). « Tous les efforts de lutte ne sont pas cohérents si l'on ne s'assure pas de planter des pieds sains » résume Jocelyn Dureuil-Trojanowski (chambre d'agriculture de Bourgogne). Souvent soulevée par les pépiniéristes, la question des taux de reprise peut être réglée, selon les essais de la station de Davayé, par l'acclimatation des ceps avant et après l'assainissement thermique (12 à 24 heures à un palier de 12°C).

 

 

* : Dans chaque intervention des experts réunis pour l'occasion se dessinait l'efficacité épidémique du vecteur de cette jaunisse de la vigne : la cicadelle dorée. Venu de la région des Lacs en même temps que les porte-greffes américains, Scaphoideus titanus a permis la transmission à la vigne de la flavescence dorée ; qui était présente en Europe, mais jusque-là limitée aux aulnes et clématites. Mais « le réservoir originel de la maladie présente un risque faible de passage de la maladie à la vigne, contrairement aux vignes ensauvagées qui présentent un fort risque de recontamination épidémique » explique Sylvie Malembic-Maher (INRA).

 

 

[Photo : intervenants de la conférence flavescence dorée ce 2 décembre matin au Vinitech, de gauche à droite Sylvie Malembic-Maher, Jocelyn Dureuil-Trojanowski, Thierry Aumonier et Claude Magnien]

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