Vins de Bordeaux

Le millésime 2014, un marathon toujours en course

Vendredi 26 septembre 2014 par Alexandre Abellan

Vins de Bordeaux : le millésime 2014, un marathon toujours en course

« Il ne faut tronquer la fin du millésime parce qu'il aura été particulièrement long » exhorte David Pernet, le fondateur du cabinet de conseil Sovivins (Martillac). « Fin août, on envisageait de sauver les meubles » se souvient-il, mais « grâce au  sursaut d'énergie trouvé dans les conditions climatiques de septembre, on peut aller chercher des maturités qui n'étaient pas envisageables. Actuellement, l'acidité reste haute, les pH bas et il y a une charge tannique : on risquerait de produire des vins rustiques, austères. Alors que les conditions météo permettent d'attendre, avec une complexification lente d'un point de vue aromatique et un affinage des tannins. » Craignant que les vignerons ne reproduisent, par sécurité, le sprint de l'automne 2013 (« les conditions catastrophiques ont fait vendanger pour raison sanitaire »), le consultant bordelais souligne qu'en 2014 « la fin de saison est d'autant plus intéressante et valorisable que l'on n'a pas baissé l'attention et maintenu le microclimat de la grappe et un feuillage efficace ». Pour réussir cette performance, il aura fallu supporter une pression phytosanitaire qui n'aura laissé que peu de répit aux viticulteurs girondins. « La campagne a été éprouvante, les traitements commençant dès le printemps, mildiou mosaïque et cicadelles vertes ont été difficiles à gérer tout l'été » énumère David Pernet. Dans la note du millésime de Sovivins (publiée ce début de semaine, cliquer ici pour en lire l'intégralité), il compare 2014 à un véritable marathon viticole, dont le bon potentiel de « photo finish » (« à condition de ne pas anticiper la ligne d’arrivée ») ne fait pas oublier les efforts d'endurance et de persévérance nécessaires au bon passage de toutes les étapes.

Une comparaison logique pour celui qui a fini à la 293 ème place (sur 9 532) au dernier marathon des châteaux du Médoc, mais surtout une lecture étayée avec force de détails par la climatologie. A commencer par la pluviométrie, même si « le régime d'orage qui a prôné de juillet à septembre (les différences de précipitations allant jusqu'à 100 millimètres) rend la lecture du millésime difficile ». L'importante taille des baies a été déterminée par des pluies printanières (« peu de parcelles ayant maintenu une alimentation azotée contraignante* ») et « l'absence de contraintes hydriques après véraison ». Le poids moyen des baies 2014 est ainsi 30 % plus important que la normale estime Sovivins, ce qui demandera des saignées, au cas par cas, « pour rétablir l'équilibre des assemblages les plus sélectifs » précise David Pernet. En favorisant une minéralisation importante, le régime hydrique printanier aura également poussé « la vigne à l'exubérance, ce qui a demandé d'adapter les pratiques culturales, notamment le travail du sol ». Pour ce millésime, la gestion des équilibres végétatifs de la vigne aura été une clé qualitative tout aussi importante que sa bonne conduite sanitaire.

 

 

* : à l'exception des parcelles peu arrosées et argileuses.

 

 

[Photo : Marathon du Médoc 2014, AMCM]

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