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L'inquiétude des vendanges

2014, année à pourriture acide et à Drosophila suzukii

Jeudi 25 septembre 2014 par Alexandre Abellan

L'inquiétude des vendanges : 2014, année à pourriture acide et à Drosophila suzukii

Encore confuse, l'inquiétude grandit dans le vignoble français autour d'un ravageur qui semblait jusqu'à présent sporadique, si ce n'est anecdotique : les moucherons. Responsable viticulture de la Chambre d'Agriculture d'Alsace, Jérôme Attard nous confiait récemment qu'en Alsace « tous les millésimes précoces ont des drosophiles, la dernière fois c'était en 2011, mais ce n'était pas aussi important... » Un constat qui fait tâche d'huile dans les bassins viticoles et qui serait dû à une nouvelle espèce : Drosophila suzukii. Alors que les classiques « mouches du vinaigre » (Drosophila melanogaster et Drosophila simulans) ne pouvaient véhiculer la flore d'altération (levures non-Sacchoromyces et bactéries acétiques) qu'auprès de baies abîmées, la variété Drosophila suzukii perce les pellicules des pellicules intactes, compromettant irrémédiablement les baies où elle pond : la grappe devenant pourrie acide. « Les autres mouches venaient seulement renifler le raisin et pouvaient être des vecteurs de la pourriture acide, mais cette nouvelle espère (arrivée il y a 2-3 ans) la transmet mécaniquement, c'est un parasite pour la baie. Ce qui va amplifier le phénomène sur les années propices » résume le phytopathologiste Dominique Blancard (INRA Bordeaux).

S'il est encore difficile d'estimer leur impact sur la vendange en cours*, les attaques de Drosophila suzukii sont rapportées dans de nombreux vignobles de France (Alsace, Bordeaux, Bourgogne...), mais également d'Europe : Allemagne, en Italie et surtout en Suisse. Particulièrement préoccupée par cette mouche des fruits (qui fait des ravages en arboriculture), la Confédération Helvétique mobilise en groupe de travail les professionnels et la recherche sur la question. Conduite par Christian Linder, l'équipe de recherche de l'Agroscope de Changins travaille notamment à la surveillance de cette maladie, son monitoring estime qu'à la mi-septembre la pourriture acide menace fortement 11 cantons, le mode de détection des drosophiles passant par le piégeage au vignoble, mais également des estimations d'infection des grappes (il suffit « immerger des fruits dans un pot transparent avec de l’eau du robinet et une giclée de savon liquide/liquide vaisselle. Après 10 à 15 minutes les œufs tombent au fond du bocal »). Pour lutter contre la pourriture acide, l'Agroscope de Changins conseille la voie prophylactique, en gérant la charge en grappe et le feuillage de la vigne (les drosophiles préférant les zones ombragées). Mais face à l'ampleur des dégâts, l'Office Fédéral de l'Agriculture (OFAG) a autorisé ce 16 septembre l'utilisation viticole de produits phytosanitaires pour les arbres fruitiers, Gazelle SG et Surround (de manière temporaire, jusqu’au 31 octobre 2014).

Cependant, « à cette proximité de la vendange, on peut difficilement imaginer une lutte phyto contre ces insectes et cette microflore très présente à maturité (et surmaturité) des raisins » estime Dominique Blancard. Se trouvant démunis face aux attaques de Drosophila suzukii, les vignerons doivent souvent se contenter de retirer des parcelles les grappes infectées. Responsable technique du château Couhins (Pessac-Léognan), Matthieu Arroyo a ainsi constaté des « traces de pourriture acide sur les baies lors de la véraison (fin juillet, début août) », ce qui l'a obligé à « réaliser deux passages de nettoyages, c'est la spécificité du millésime en blanc : faire des tries à la sauternaise. Heureusement sans trop de perte de rendements... » Même son de cloche en Champagne, où Guillaume Roffiaen (directeur œnologie du Centre de Vinification des Champagnes Nicolas Feuillatte) fait état de quelques attaques en Champagne, mais « le rendement suffisamment généreux a permis de s'en affranchir » par un tri sévère. Avec un millésime globalement plus tardif (et prometteur) qu'escompté, les vignerons français surveillent donc avec inquiétude l'état sanitaire de leurs raisins, surtout dans les vignobles pour l'instant épargnés. C'est le cas de Cahors, où le président de son syndicat de défense, Maurin Bérenger, se montre particulièrement attentif à ce sujet, et avance que « par le passé on a peut-être confondu les attaques de drosophiles avec des vers de la grappe ».

 

 

* : les Bulletins de Santé du Végétal des Chambres d'Agriculture permettent cependant de juger que la problématique prend des proportions non-négligeables. La DRAAF d'Aquitaine vient d'ailleurs de lancer une enquête régionale pour essayer de jauger la hauteur du problème (cliquer ici pour y accéder).

 

 

[Photo : INRA via Ephytia (Dominique Blancard)]

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