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Communication
Mardi 06 octobre 2020

Acquisition / cession : évaluer à sa juste valeur l’entreprise viticole

Communication rédigée par EXCO LANGUEDOC
Acquisition / cession : évaluer à sa juste valeur l’entreprise viticole

Bien plus que dans tout autre secteur d’activité, l’évaluation d’une entreprise viticole est une opération technique délicate. La raison est les multiples facteurs susceptibles d’être pris en considération, les spécificités et connaissances techniques et commerciales nécessaires pour diriger une entreprise de ce secteur et les aléas du métier. Face à cette difficulté, plusieurs approches (patrimoniale, économique) sont utilisées, chacune permettant d’appréhender un aspect de la valeur. Les résultats obtenus sont ensuite pondérés dans des proportions variables afin de tenir compte des particularités de chaque situation.

 
1- Diagnostic préalable
 
La première étape du travail de valorisation consiste à réaliser un audit de l’exploitation et de son environnement. Il permet d’en comprendre le fonctionnement et d’en apprécier les risques. Le repreneur peut ainsi envisager ses futurs besoins (embauche, investissements à prévoir) et estimer le potentiel de développement de l’exploitation. Quant au cédant, il prend ainsi conscience des atouts à mettre en avant (marque forte, polyvalence de ses salariés…) et des faiblesses à travailler avant la vente (consolidation ou désengagements des contrats en cours, structuration  du foncier…).
 
Points à analyser :
  • L’organisation juridique: type de structure cédée, modalités de jouissance du foncier, existence d’autorisation d’exploiter valable.
  • Le système de commercialisation: détail du positionnement des produits, existence d’une marque, analyse du fichier client, des contrats en cours (engagement d’apport coopérative, etc..).
  • L’organisation du travail : analyse de l’organigramme de l’entreprise, évaluation de la charge de travail de chacun
  • Le bilan comptable (actif et passif) avec une attention particulière pour ses engagements financiers existants (et ceux hors bilan) : emprunt, crédit-bail, MAEC.
  • Le portefeuille d’autorisation de plantation (potentiel de développement), de DPB.
  • La fiscalité latente de l’entreprise (subvention d’investissement à reprendre, DPA, DEP).

 

2-Valorisation de l’exploitation
 
Approche patrimoniale
 
Cette approche correspond à l’addition de la valeur vénale des différents éléments qui composent le patrimoine de l’exploitation. Elle implique la revue des actifs immobilisés et stocks. Pour les sociétés, les créances (attention aux créances douteuses) et la trésorerie sont rajoutées et les dettes sont déduites.
Cette valeur patrimoniale, davantage rattachée au passé et à l’existant, trouve ses limites dans la mesure où elle ne permet pas d’appréhender la notion de rentabilité pourtant fondamentale à la pérennité d’une entreprise, principale préoccupation d’un repreneur.
 
Focus sur certains points :
  • L’incorporel : La clientèle, la marque sont des facteurs de valeur mais leur montant doit être juste et modéré : le chiffre d’affaires n’est pas un élément garanti. Notion donc délicate à mesurer, différentes approches peuvent être combinées (pourcentage du chiffre d’affaires, notion de good will, estimation de la survaleur apportée au produit).
  • Les plantations : lorsqu’elles sont réalisées sur sol d’autrui, il faudra vérifier si elles l’ont été de manière régulière (avec l’accord du bailleur). Le cas échéant, elles ouvrent un droit à percevoir une indemnité en fin de bail. Leur valorisation suit la règlementation dictée par le code rural. Ce dernier prévoit que l’indemnité due au preneur sortant soit égale pour la plantation, à l’ensemble des dépenses engagées par le preneur avant l’entrée en production des plantations diminué des amortissements et des subventions perçues.
  • Le stock : il doit être valorisé à la valeur de marché (cours du jour pour le vrac, prix moyen de vente pour le conditionné), cependant il devra être appliqué une ou plusieurs décotes sur cette valeur au titre d’un facteur de risque, des frais de commercialisation qui seront engagés, du futur impôt lié à la revente du stock, de la faible liquidité du produit, de la marge que souhaiterait faire le repreneur.
  • La fiscalité latente : les choix comptables et fiscaux antérieurs ne doivent pas impacter le repreneur ; ainsi, l’impôt lié à la réintégration des bénéfices en sursis d’imposition tels que les subventions d’investissements souvent importantes dans le milieu viticole, doit venir diminuer la valeur patrimoniale calculée.
     
Approche économique
 
L’entreprise n’est pas simplement un ensemble de bien mais également un outil qui doit être capable de générer du revenu. Il s’agit de déterminer, en tenant compte du risque et de la valeur de l’argent, la capacité de l’exploitation étudiée à financer son activité actuelle et future (y compris la rémunération de l’exploitant) avec la richesse qu’elle crée.
Plusieurs méthodes existent avec une base de calcul commune : l’EBE. Cet indicateur de la trésorerie, générée par la rentabilité de l’entreprise, est calculé sur une période déterminée (3 à 5 ans) et comprend quelques retraitements tels que la rémunération de l’exploitant, les fermages.
La valeur de remboursement ou encore la capitalisation du revenu disponible font parties des méthodes économiques utilisées.
 
Synthèse : combinaison des méthodes
 
La pondération entre ces différentes valeurs (patrimoniale, économique) est propre à chaque entreprise. La prise en compte de plusieurs critères tels que la nature de l’actif ou encore la notion d’activité professionnelle, peuvent être utilisés afin d’apprécier la valeur à favoriser. Ainsi une structure d’exploitation viticole sans foncier n’a vocation qu’à exploiter et dégager une rentabilité, la valeur économique est donc souvent privilégiée.
L’objectif final quelque que soit la méthode retenue est de déterminer la valeur de cession la plus cohérente et adaptée à la réalité afin d’assurer la pérennité de l’activité du repreneur.
Par contre, se faire accompagner par des professionnels du monde viticole est indispensable dans cette étape : leur regard d’experts (connaissance de l’environnement, de la réalité d’un marché, des points de vigilances comptables et fiscaux) permet d’avoir une vue d’ensemble et ainsi apprécier chaque situation.

Claire VIDAL-BESSONNET, consultante EXCO LANGUEDOC, membre d’AGIR AGRI

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