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Ces viticulteurs obtiennent des rendements XXL en IGP
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Ces viticulteurs obtiennent des rendements XXL en IGP

Trois viticulteurs nous expliquent comment ils obtiennent régulièrement des rendements élevés en IGP. Pour commencer, ils misent sur les jeunes vignes.
Par Hélène de Montaignac Le 09 novembre 2022
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Ces viticulteurs obtiennent des rendements XXL en IGP
Thierry Defrances, coopérateur du groupe Vivadour, à Riscle exploite 75 ha de vignes en IGP Côtes de Gascogne.« Habituellement j’obtiens 110 hl/h en moyenne selon les cépages, sauf cette année où je n'ai récolté que 75 hl/ha car j'ai grêlé. » - crédit photo : DR
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Viser le rendement maximal, c'est la clé de l’équilibre financier en IGP », assène Germain Roc, reconverti depuis deux ans à la viticulture après une expérience dans le trading. Coopérateur à la cave Vinovalie à l'Isle-sur-Tarn, il exploite 75 ha en bio, dont 33 ha en IGP Comté Tolosan et Tarn. Si cette année il a perdu un tiers de volume en raison de la sécheresse, en 2021, il a atteint les 120 hl/ha autorisés dans ses IGP. Selon lui, dans sa région, « en dessous de 80 hl/ha, il est inutile de s’embêter à faire de l’IGP ».

110 hl en moyenne

Le Gersois Thierry Defrances est sur la même longueur d'onde. Ce coopérateur du groupe Vivadour, à Riscle exploite 75 ha de vignes en IGP Côtes de Gascogne. « Habituellement j’obtiens 110 hl/h en moyenne selon les cépages, sauf cette année où je n'ai récolté que 75 hl/ha, car j'ai grêlé. »

Patrick Compan a été plus chanceux dans ses 50 ha de vignes à Maruéjols-lès-Gardon, dans le Gard, en IGP Cévennes et Pays d'Oc. En effet, malgré la sécheresse, il a récolté 100 hl/ha sur ses blancs et rosés, comme habituellement, le rendement maximal en Pays d'Oc. En rouge, « seulement 85 hl/ha au lieu des 90 autorisés, car les merlots et les cabernets ont davantage souffert », regrette ce coopérateur de la cave Saint-Maurice.

Des vignes jeunes

Pour ces trois viticulteurs, les hauts rendements imposent que les vignes soient jeunes. « Les vignes âgées baissent en vigueur », justifie Patrick Compan. Chez lui, leur moyenne d’âge est de 18 ans et il renouvelle des vignes chaque année. Chez Germain Roc, « 80 % des vignes en IGP ont moins de 20 ans. Je les renouvelle lorsqu’elles ont atteint 20-25 ans. »

Thierry Defrances mise aussi sur des vignes jeunes. « Si je maintiens une vigne durant une vingtaine d'années, c'est déjà bien, dit-il. Idéalement, les parcelles ont entre 15 et 20 ans. Je vais arracher cette année une parcelle qui a 23 ans. » Et il ne complante que « pendant les deux ans suivant la plantation. Au-delà, je trouve plus facile et efficace de rallonger le cordon lors de la taille, que d’ajouter un pied qui risque d’avoir du mal à prendre. »

Tous trois utilisent le porte-greffe SO4, ainsi que du fercal pour Germain Roc. « Ces porte-greffes vigoureux ont la capacité de nourrir un plus grand nombre de grappes », argumente-t-il.

Des cépages différents pour s'adapter à la demande

Patrick Compan veille à panacher les cépages pour s’adapter à la demande. « J’ai 14 cépages différents. Je mise sur ceux adaptés au marché, actuellement des blancs et rosés, sans supprimer les rouges pour autant, car la tendance peut varier d’une année sur l’autre », explique-t-il. Germain Roc oriente son développement vers la vente de rosés et blancs thiolés. À cet effet, il plante depuis deux ans « des colombards, sauvignons blancs, chardonnays et bientôt des muscats ».

 

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Patrick Compan (Crédit photo Chambre d'agriculture du Gard)

Pour la fertilisation, Patrick Compan mise sur « un couvert temporaire de radis fourrager, de féverole, de phacélie et de moutarde. Cela apporte de l’azote et de la biomasse une fois les plantes broyées et enfouies avant le gel hivernal. Cet enherbement fissure le sol et la pluie pénètre mieux. Je fais cela depuis trois ans et commence à avoir des retours intéressants, les vignes se comportent mieux et sans amendement supplémentaire ».

Pour nettoyer le pied des vignes, il s’est équipé d’un intercep grâce à l’aide du PCAE. « C’est plus efficace contre l’érigeron que les désherbants chimiques qui sont en plus très chers. »

Couverts temporaires

Germain Roc mise également sur les couverts temporaires. Il sème des mélanges de féverole ou de trèfle et de seigle ou d'avoine, en variant les stratégies. « On agit en fonction des parcelles, en se fiant à l’expérience, à l’observation, au type de sol, explique-t-il. Soit on roule le couvert de façon à laisser un mulch qui contrôlera les adventices, soit on détruit pour que ce travail du sol favorise l’infiltration des pluies. » Cette année, il a l’intention d’expérimenter un apport d’un fumier de poule composté comme engrais de fond.

Comme lui, Patrick Compan pense qu'il ne faut pas figer ses pratiques. Ainsi, en 2018 et 2019, celui-ci a arraché certaines parcelles plantées en nord-sud pour les replanter en est-ouest, « pour que les raisins se retrouvent plus à l’ombre et donc mieux protégés du soleil ».

Une conduite adaptée

S'agissant du mode de conduite, Thierry Defrances mise sur le cordon libre taillé mécaniquement. « J’ai commencé il y a douze ans. En fonction des cépages, j’obtiens entre 30 et 50 bourgeons par souche. Ce mode de conduite me permet de m’en sortir économiquement, grâce à des rendements plus réguliers et moins de main-d'œuvre. »

Dans ce même objectif, Germain Roc passe cette année 3 ha en cordon libre et en taille rase mécanique, avec l’idée de remplacer peu à peu la taille manuelle en guyot sur son domaine. « La taille rase ne demande qu’un fil porteur, pas de fils releveurs et pas de main-d'œuvre, devenue si rare et chère qu’il faut trouver un moyen de s’en passer », plaide-t-il.

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Germain Roc (crédit photo DR)

Comme la vigne taillée ainsi émet plus de bourgeons, il s’attend à ce qu'elle soit plus gourmande en eau et engrais. Aussi bien qu’il n'irrigue pas à ce jour car ses sols sont profonds, il envisage d’installer la fertirrigation pour apporter eau et engrais en même temps, sans passage de matériel. « Il me reste à financer l’investissement. L’infrastructure d’irrigation en goutte à goutte coûte entre 1 500 et 2 000 €/ha. » Ce montant ne comprend pas le raccordement à une source d’eau pour lequel Germain Roc étudie deux possibilités : le raccordement à un réseau ou la réalisation d'un forage sur ses terres.

Un coût de production de 4000 €/ha

Actuellement, il s’en sort financièrement grâce à un coût de production autour de 4 000 € l'hectare sur ses vignes IGP. Patrick Compan gagne aussi sa vie. Il calcule un coût de production de 3 500 à 4 000 € l’hectare. « Chez nous, pour que l’activité soit rentable, il faut que la cave rémunère autour de 6 000 € nets/ha. Ce qui est le cas », juge-t-il.

Pour sa part, Thierry Defrances estime que son mode de conduite en cordon libre et taille mécanique lui permet d’économiser autour de 1 000 €/ha de charges de personnel. « Sans compter l’amortissement des vignes, j’ai un coût de production entre 3 700 et 4 000 €/ha. Une année correcte, cela me permet d’avoir 1 000 à 2 000 € de marge par hectare en moyenne, suivant les cépages et parcelles. » De quoi passer plus facilement les années difficiles.

 

Taille mécanique « made in Italie »

Depuis l’an dernier, le Gersois Thierry Defrances, coopérateur du groupe Vivadour, a sophistiqué sa technique de taille mécanique. « J’applique une méthode de taille aléatoire que j’ai vue en Italie : je fais un premier passage avec une tailleuse à barre de coupe qui taille entre 2 et 4 yeux. Puis, juste derrière, deux personnes retaillent au sécateur un tiers des sarments environ, à un œil. Cela permet à la vigne de mieux se régénérer d’une année sur l’autre, sur une durée de trois ans. » Pratique, deux tailleurs sont embarqués de part et d'autre d'une remorque qui enjambe le rang, tractée à la vitesse d’1 km/h. Ils opèrent ainsi sur les deux côtés du rang à la fois, chacun de son côté. « C’est confortable, car la remorque est couverte, il y a même un banc, c’est le châssis d’une ancienne machine à vendanger que j’ai désossée ! », lance l’astucieux bricoleur.

Tags : IGP Rendement
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