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Nouvelle exigence
Prévenir les riverains des vignes avant de traiter devient obligatoire

La réglementation impose désormais, avant un traitement, de prévenir les riverains des vignes et les autres personnes présentes à proximité des parcelles. Des vignerons le font déjà. D’autres ne comprennent pas cette nouvelle exigence.
Par Ingrid Proust Le 13 avril 2022
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Prévenir les riverains des vignes avant de traiter devient obligatoire
Vincent Desqueyroux, vigneron à Pujols-sur-Ciron (Gironde) prévient déjà ses voisins par SMS, 24 h avant de traiter - crédit photo : DR
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es nouveaux textes sont tombés fin janvier. Suite à une décision du Conseil d’État, le gouvernement a publié un nouveau décret prévoyant une consultation élargie en vue d’élaborer les chartes départementales, et surtout « des modalités d’information des résidents et des personnes présentes, préalables à l’utilisation des produits ». En clair, les riverains, mais aussi les personnes travaillant à proximité des parcelles traitées, devront être prévenus avant les traitements.

Beaucoup de vignerons préviennent déjà leurs voisins avant de traiter

Pour nombre de vignerons, cela ne va guère changer les choses. « Je préviens déjà mes voisins par SMS 24 heures avant de traiter, indique Vincent Desqueyroux, vigneron à Pujols-sur-Ciron, en Gironde, et ce depuis trois ans, suite à un conflit avec un habitant. Parfois, des riverains me répondent par “merci”, d’autres fois, je me fais engueuler. Dans ce cas, je leur montre les fiches techniques des produits que j’utilise. »

Pour Fabien Ricordeau, responsable du Domaine Vieux Vauvert, à Rochecorbon, une propriété des Grands Chais de France, prévenir les voisins avant les traitements est aussi devenu une pratique naturelle. « J’ai une dizaine de riverains. Je les avertis par SMS depuis trois ou quatre ans. Je suis allé les voir, j’ai organisé des réunions. Ils ont apprécié mon initiative. Ils répondent à mes SMS par “merci” ou “bon courage”. Certains sont venus déguster des vins dans notre caveau. »

 

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Fabien Ricordeau

Un travail supplémentaire et compliqué en cas de forte pression

S’ils sont rôdés à l’exercice, ces vignerons ne cachent pas qu’il est parfois difficile de prévenir les riverains avant chaque passage de pulvé, surtout lorsque la pression de maladie est forte. « Envoyer des SMS ne coûte pas grand-chose, et c’est simple une fois qu’on s’est fait une liste de destinataires, explique Vincent Desqueyroux. Mais cela reste un travail supplémentaire qu’il ne faut pas oublier, et c’est compliqué en cas d’urgence, avant un orage par exemple. D’autant que je traite en biocontrôle dans les parcelles bordées d’habitations. » « Il m’arrive d’oublier d’envoyer le SMS, confie Fabien Ricordeau. Mais cela se passe bien avec les voisins, on se croise et on se parle. »

Afin de faciliter la tâche aux agriculteurs, en Saône-et-Loire, l’appli gratuite Agricivis a été co-développée par Vitilab, le pôle numérique de la chambre d’agriculture. En Gironde, elle a été déclinée sous le nom BVE 33. « Envoyer des SMS, cela prend du temps. Cette appli est plus pratique », indique Marc Sangoy, viticulteur et président de la cave de Lugny, en Saône-et-Loire. « Les vignerons utilisateurs d’Agricivis ont remplacé les SMS par l’appli, ajoute Guillaume Paire, animateur de VitiLab, elle leur permet d’envoyer en 30 secondes une notification aux riverains qui l’ont téléchargée. »

« Avec cette appli, pas besoin de connaître les numéros de ses voisins, mais il faut leur en parler pour les inciter à la télécharger, explique Magali Ardiley, directrice du pôle valorisation des territoires à la chambre d’agriculture de Gironde. Et elle permet de prévenir également les travailleurs, les randonneurs... s’ils l’ont téléchargée. »

Des réticences notables

Mais tous les vignerons ne sont pas aussi disposés à informer leurs voisins avant chaque traitement. « Pour bien faire, il faudrait demander aux gens à quelle heure ils se lèvent le matin afin de savoir quand on peut aller traiter sans les déranger !, déclare ce vigneron de Chinon. En ce qui me concerne, il est hors de question d’aller aussi loin. Je vais les voir juste une fois par an pour garder le contact, les prévenir du démarrage de notre éolienne antigel, et c’est suffisant. »

« L’information individuelle des riverains ne doit pas être une obligation. Lorsque c’est imposé, ce n’est jamais bon, confie Patrick Olivier, président de l’ODG de Saint-Nicolas-de-Bourgueil. À Saint-Nicolas, depuis plusieurs années, les vignerons préviennent spontanément leurs voisins. C’est devenu une habitude. Le fait de rendre les choses obligatoires ne peut que susciter des crispations. »

Cela va renforcer l'anxiété chez les riverains et les vignerons

« Informer les riverains avant les traitements ne fera qu’envenimer les choses, lance Franck Saillan, viticulteur et vice-président du syndicat des vignerons de l’Aude. Cette nouvelle obligation va renforcer l’anxiété chez les riverains et les vignerons. Il vaut mieux discuter avec ses voisins plutôt que d’envoyer des alertes. Si l’information doit être individuelle, on ne s’en sortira pas ! Elle doit être collective. Les usines chimiques, les avions, préviennent-ils les gens par SMS avant de polluer ? Non. Alors pourquoi nous rajouter cette contrainte ? »

 

Des chartes à revoir

Les chartes départementales d’engagement doivent être révisées avant le 26 juillet de façon à intégrer l’obligation d’information des riverains, des travailleurs et des « personnes présentes » près des vignes préalable à un traitement. Cette information pourra-t-elle être collective ou devra-t-elle être adressée individuellement à toutes les personnes concernées ? Sur ce point, c’est l’incertitude. En début d’année, l’entourage du ministre de l’Agriculture aurait indiqué que l’information « n’aura pas besoin d’être individuelle ». Le cabinet de Julien Denormandie, que nous avons contacté, n’a pas confirmé cette information. « On entend tout et son contraire sur le sujet, constate Frack Saillan, viticulteur et syndicaliste. C’est flou. Rien ne va bouger avant les élections. »

« L’information sera collective », croit savoir Magali Ardiley, à la chambre d’agriculture de Gironde.

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Tous les commentaires (2)
claude Le 18 avril 2022 à 15:10:40
Ben oui, il faut avoir un peu de savoir-vivre et de respect envers les autres!
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DANY34 Le 15 avril 2022 à 19:02:13
On est entrain d'inverser les rôles. Petit on nous a appris à faire attention à tous les dangers qui se présente à nous, il semblerait que les parents de ces personnes n'est pas fait leur travail d'éducation à leurs enfants,ou les enfants n'ont pas été attentif. ILS FERAIENT MIEUX DE S'INTERESSER AUX PRODUITS NOCIFS QU'ON NOUS INTERDIT D'EMPLOYER ET QU'ILS MANGENT AU TRAVERS DES PRODUITS IMPORTE DE L'ETRANGER; A SAVOIR QUE LES SERVICES QUI NOUS L'INTERDISENT EN CONNAISSENT LA DANGEROSITE ET L'ON NOUS LES LAISSE MANGER? C'EST LES CRIMINELS OU ASSASSINS DE L'OMBRE POUR NE PAS DIRE A L'OCCASION? LES POUTINES DE L'AGRICULTUTRE
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