Accueil / Viticulture / Comment les vignerons font face à la hausse de tous les coûts
Comment les vignerons font face à la hausse de tous les coûts
Lire plus tard
Partage tweeter facebook linkedin

Témoignages
Comment les vignerons font face à la hausse de tous les coûts

Hausse des coûts du GNR, des engrais, des phytos...Trois vignerons expliquent les solutions qu'ils mettent en place pour pallier ces hausses.
Par Michèle Trévoux Le 22 mars 2022
article payant Article réservé aux abonnés
Lire plus tard
Partage tweeter facebook linkedin
Comment les vignerons font face à la hausse de tous les coûts
Michel Guyard du Domaine du Montsard obtient de meilleurs tarifs grâce à la plateforme d'achat groupé Grouper Viti-Agri - crédit photo : Domaine du Montsard
M
ichel Guyard « J’obtiens de bons tarifs grâce à l’achat groupé » 

Pour réduire ses charges, Michel Guyard, 19 ha à Bussières (Saône-et-Loire) a trouvé la combine : il a été un des pionniers de la création de la première plateforme d’achat groupé Grouper Viti-Agri, lancée en 2017 en Saône-et-Loire. Dans le contexte actuel de flambée des prix des matières premières, il se frotte les mains d’avoir cet outil pour obtenir de meilleurs tarifs sur certains de ces achats.

L’an dernier par exemple, il a obtenu 12 tonnes d’engrais organo-minéral 6/3/11 pour 4000 €, soit le double de ce qu’il avait obtenu l’année précédente chez son fournisseur habituel. « Du coup, j’ai pu forcer la dose dans les parcelles les plus maigres », se réjouit-il.

Cette année, il s’est dit qu’il allait attendre de terminer la taille pour passer commande, une décision qu’il regrette amèrement car il n’y a pas eu d’achat groupé d’engrais ce début d’année. « J’ai commandé à mon fournisseur habituel et cela m’a coûté beaucoup plus cher. J’ai pris un engrais à base de plumes de volaille, plus dosé en azote que j’ai payé 1500 € pour 2,5 t ». Par contre, grâce à la plateforme, il a fait des économies sur le fil de fer. Grâce aux quantités commandées par l’ensemble des adhérents, il a bénéficié d’une remise de 5 € par rouleau sur 50 €.

Autre avantage de cette plateforme : le gain de temps, « ça m’évite d’avoir à comparer les prix. Et puis je découvre des produits que je ne connaissais pas comme les tuteurs en fibre de verre. J’ai pu également tester différentes agrafes de relevage dégradables et j’ai trouvé celle qui me convient. Je ne plains pas la cotisation annuelle de 60 €, qui est vite remboursée par les économies réalisées ».

La plateforme n’achète pas de traitements. Michel Guyard achète ses phytos directement à un distributeur. « Je n’emploie plus de désherbant. Cette année, je vais limiter mes produits conventionnels à l’encadrement de la floraison. Avant et après, je n’utiliserai que du cuivre et du soufre. Cela va me coûter plus cher car le cuivre a beaucoup augmenté, sans parler du gazole dont les prix s’envolent ».

Michel Guyard vend la totalité de sa récolte -du Mâcon villages- en vrac au négoce. Avec le gel du printemps dernier, il a fait une demi-récolte, mais les cours ont doublé, compensant ainsi le manque à gagner. Une hausse bienvenue pour aborder plus sereinement cette période de turbulence.

 

Pierre Vidal « On rogne sur tout »

Installé depuis 2012 à Sabran (Gard ) sur 27 ha en AOC Côtes du Rhône, Pierre Vidal rogne partout où il peut pour faire face à la hausse des coûts. « Pas un poste n’est épargné par les hausses ; c’est vertigineux. J’ai identifié deux ou trois leviers pour faire des économies. D’abord les engrais. Je vais réduire de moitié les apports. Ce n’est pas forcément la bonne solution, mais sur une année, on peut le faire. De toute façon, je n’ai pas la trésorerie pour acheter autant que l’an passé. Je vais passer de 500 à 250 kg/ha de 12/5/15 et utiliser de l’engrais organique plus facile à trouver cette année ».

pierre-vidal.jpg

Autre mesure d’économie : le non-remplacement des manquants. « Habituellement, je remplace 3000 pieds par an. A 2,30 € le pied, c’est un budget de près de 7 000 €. Sans compter le temps de travail pour enlever les pieds morts et replanter les nouveaux plants. On va faire l’impasse cette année ».

Le jeune viticulteur met également un coup de frein à ses investissements : « Je suis déjà endetté, je ne sais pas ce que me réserve l’avenir. J’avais prévu deux nouveaux bâtiments : l’un pour le stockage bouteilles, l’autre pour le matériel. J’ai construit le premier en 2021 pour 11 000 €. Le second aurait dû coûter autant, mais le devis est passé à 22 000 € cette année. Or j’ai pris un crédit pour les deux bâtiments sur la base du premier devis. Il faudrait donc que je demande une rallonge à la banque. Je me demande si c’est bien raisonnable ».

En attendant, il a tranché sur un autre sujet. Il avait prévu d’acheter un élévateur pour manipuler les racks à bouteilles dont il vient de s’équiper ; il va s’en passer. « On va emprunter celui du voisin ». Côté recettes, Pierre Vidal sait bien que sa marge de manœuvre est réduite. Pour les vins vendus en vrac, il dépend des cours du marché. Pour ses vins en bouteille, il imagine appliquer une légère hausse sur le prochain millésime, sans trop savoir combien. « Il faut rester cohérent pour ne pas sortir du marché ».

 

Alexandre Chaillon « J'envisage l'échange de parcelles »

Installé en 2017 après avoir abandonné sa carrière de contrôleur de gestion, Alexandre Chaillon,  6 ha aux quatre coins de la Champagne pointe du doigt le handicap d’un parcellaire très épars. « Je suis très impacté par la hausse du prix du carburant, parce j’ai des vignes dans trois secteurs éloignés d’environ 50 km les uns des autres : Epernay, l’Aisne et Cézanne. Qui plus est je suis en bio. Je coche toutes les cases pour une consommation maximale de fuel. Et ce matin (le 8 mars), je l’ai payé 2,09 €/l. Il a pris 1 € en un mois », s’alarme-t-il.

alexandre chaillon.jpg

 

Cette flambée est d’autant plus inquiétante qu’elle survient juste avant la période des gros travaux dans les vignes. Pour faire face à ce surcoût, le jeune vigneron se sent désarmé. « La meilleure solution serait de monter une Cuma pour limiter les déplacements et partager les frais de matériel. L’inconvénient, c’est que ça ne se fait pas du jour au lendemain. L’autre piste à creuser, c’est le remembrement et l’échange de parcelles. Il faudrait que les pouvoirs publics nous exonèrent des taxes et de la plus-value pour favoriser ces échanges qui amélioreraient le bilan carbone. Ce sont deux sujets que nous allons travailler au sein des JA de Champagne que je préside ».

Sur les autres postes, Alexandre Chaillon ne voit pas plus de marge de manœuvre. « Je ne veux pas réduire mes engrais car j’ai beaucoup d’herbe dans mes vignes. Je ne veux pas risquer une concurrence avec la vigne, d’autant que nous venons d’avoir trois années difficiles où la vigne a souffert », estime-t-il.

Après avoir élevé ses vins un an en fût, puis trois ans sur lattes, Alexandre Chaillon se prépare à expédier ses premières bouteilles à partir de novembre prochain. « J’ai établi mes prix avant toutes ces hausses. J’étais parti sur les tarifs plutôt élevés car étant en bio, mes coûts de production sont importants mais, au final, mes marges seront sérieusement réduites car je n’imaginais pas de telles hausses ».

Sa seule marge de manœuvre pour faire rentrer de la trésorerie serait d’accroître la part de ses ventes en raisins. Une perspective qui ne l’enchante guère : « Je démarre mes ventes en bouteilles, ce n’est pas le moment de réduire la voilure ». Par contre, il va différer l’achat d’un pressoir dont le devis a augmenté de 9 % par rapport à l’année dernière.

 

Partage Twitter facebook linkedin
Tous les commentaires (0)

Pas encore de commentaire à cet article.
vitijob.com, emploi vigne et vin
Charente / Charente-Maritime / Deux-Sèvres ... - CDI
Côte-d'Or - Alternance/Apprentissage
© Vitisphere 2022 - Tout droit réservé