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Mise à nu de l'étude Pestiriv sur l'exposition des riverains à 58 phytos viticoles

Pour rassurer une filière vin méfiante, l'Anses et Santé Publique France misent sur la transparence en publiant le protocole de l'étude de l'exposition actuellement opérationnelle.
Par Alexandre Abellan Le 25 novembre 2021
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Mise à nu de l'étude Pestiriv sur l'exposition des riverains à 58 phytos viticoles
« Santé publique France et l'Anses réalisent l'étude PestiRiv qui a pour principal objectif de savoir s'il existe une différence entre l'exposition aux pesticides des personnes vivant près de vignes et de celles vivant loin de toute culture » indiquent les agences sanitaires - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
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ien à cacher, tout pour rassurer. Alors que nombre de représentants du vignoble soupçonnent des biais et critiquent l’opacité de méthodologie de Pestiriv, l’étude d’exposition aux phytos des riverains et non-riverains de parcelles viticoles, l’Agence Nationale de Sécurité Sanitaire (Anses) et l'agence nationale de santé publique (Santé Publique France) viennent de publier ce 19 novembre le protocole des prélèvements et analyses, ainsi que ses annexes.

Sont ainsi communiqués intégralement les justifications statistiques de l’échantillonnage comme les questionnaires aux participants, ainsi que les 58 matières actives de fongicides, herbicides et insecticides* qui seront recherchées dans les cheveux et urines prélevés sur les 3 350 participants, ainsi que dans l’air ambiant et les poussières de leurs 2 250 foyers. De quoi espérer rassurer la filière vin, notamment échaudée par le fort poids des vignerons bordelais dans l’étude, et pouvoir collaborer avec elle, afin d’obtenir les données de traitements des parcelles viticoles à proximité des riverains.

Impartialité et transparence

« On pensait de toute bonne foi être assez transparent » explique à Vitisphere Ohri Yamada, le directeur de la mission de phytopharmacovigilance de l’Anses, qui martèle son credo : « impartialité et transparence ». Des échanges ayant pu avoir lieu dernièrement entre les agences sanitaires et la filière vin, de premières incompréhensions semblent avoir été levées. « Sur la gouvernance par exemple » indique Ohri Yamada, qui note que le comité de suivi piloté par le ministère de la Santé n’intègre pas de représentant du vignoble parmi ses parties prenantes (où siègent Alerte Médecins Pesticides, Chambres d’Agriculture, FNSEA, Générations Futures…). Une recommandation a été adressée pour y remédier, elle est en cours instruction indique l’expert sanitaire.

Le vignoble bordelais représentant le quart des expérimentations, les agences sanitaires défendent un protocole cohérent. « Notre objectif est d’être représentatif des riverains de parcelles viticoles à l’échelle nationale, selon les régions on peut avoir un nombre de sites qui varie. On avait privilégié les régions dans lesquelles on a une intrication importante entre la viticulture et les habitats » indique Sébastien Denys, le directeur Santé, Environnement et Travail de Santé Publique France, qui souligne que « Pestiriv est une enquête à vocation nationale, et non pas régionale. L’interprétation régionale n’est pas celle que l’on cherche à avoir. »

Du Beaujolais à la Savoie

« Nous comprenons pourquoi il y a une impression persistante de biais. Les effectifs constitués sont censés être représentatif des riverains qui vivent à proximité de zones viticoles où il n’y a que de la vigne en monoculture » ajoute Ohri Yamada, qui note que « c’est pour ça qu’en Gironde, où il y a plus de population que dans d’autres régions viticoles, il y a impression de surreprésentation du le vignoble bordelais ». Si les agences sanitaires ne chiffrent pas les vignobles suivis, elles indiquent que les études ont lieu dans six régions : Auvergne Rhône Alpes (Beaujolais, Bugey, Côtes-du-Rhône Sud, et Savoie), Bourgogne Franche Comté (Bourgogne), Nouvelle Aquitaine (vignobles de Bordeaux et Dordogne), Grand-Est (Alsace et Champagne), Occitanie (Languedoc et Pyrénées Orientales) et Provence-Alpes-Côtes d’Azur (Bouches du Rhône et Provence).

Alors que la filière vin s’inquiète de l’exploitation des résultats (craignant qu’au moindre résidu détecté la cause soit déjà entendue), les agences sanitaires rappellent l’objectif de l’étude. « Il s’agit d’une étude d’exposition. On ne va pas prendre un chiffre ex-abrupto et dire qu’il induit un risque sanitaire : il n’y a quasiment pas de valeur sanitaire associées à ces valeurs de mesures biologiques » explique Sébastien Denys, répétant qu’il ne s’agit pas de recherche sur les effets sanitaires des phytos, mais d’une étude d’exposition inédite dans le vignoble. L’objectif étant de trouver les sources d’expositions aux pesticides (air, alimentation, activité professionnelle et usages domestiques) pour les réduire.

250 foyers déjà recrutés

Opérationnelle depuis cette fin octobre, l’étude Pestiriv a déjà recruté 250 foyers au 19 novembre (dont 140 avec au moins un enfant). Ses résultats sont attendus en 2024, alimentant les craintes du vignoble. « On va se fixer une exigence élevée de pédagogie pour accompagner les résultats » rassure Ohri Yamada, qui note que « dans tous nos travaux de recherche, les résultats font l’objet d’une communication active pour limiter le risque de résultats dénaturés ». Face à la masse de documents fournis par l’Anses et Santé Publique France, la filière vin doit désormais prendre sa position : s’unir ou rompre avec Pestiriv.

 

* : Avec 16 substances prioritaires (boscalid, cymoxanil, disodium phosphonate, folpel, glyphosate, kresoxim-methyl, mancozeb, mealaxul-m, metiram, pendimethaline, potassium phosphonate, quinoxyfen, spiroxamine, tebuconazole et tikloxystrobine) et 42 autres matières actives (acrinathrine, alpha-cypermthrin, ametoctradin, amisulbrom, azoxystrobine, beta-cyfluthrin, carbetamide, chlorantraniliprole, chlorpyriphos methyl, cuivre, cyazofamide, cypermethrine, cyprodinil, deltamethrine, difenoconazole, dimetomorphe, esfenvalerate, etofenprox, fenhexamid, fluopicolide, fluopryam, fluxapyroxad, gamme-cyhalothrin, indoxacarb, iprovalicarb, lambda-cyhalothrine, mepanipyrim, metrafenone, myclobutanil, napropamide, oryzalin, propryzamide, oryzalin, propyzamide, pyraclostrobine, pyrethrins, pyrimethanil, soufre, tau-fluvalinate, thiamethoxam, triadimenol, zeta-cypermethrin et zoxamide).

 

 

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