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Maintien de la productivité
Ils renouvellent leurs vignes après le gel

A la suite des gelées du printemps 2021, des viticulteurs accélèrent l'arrachage de leur vignoble pour maintenir sa productivité.
Par Michèle Trévoux Le 22 novembre 2021
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Ils renouvellent leurs vignes après le gel

Dans certaines vignes, le taux ne ceps qui n'ont pas repris est tellement élevé que cela conduit les vignerons à anticiper le renouvellement des parcelles

- crédit photo : Christelle Stef
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our beaucoup de vignerons, le gel aura été un catalyseur du renouvellement de leur vignoble. En Bourgogne, il a contraint le domaine Bachelet-Monnot, à Dezize-lès-Maranges dans la côte de Beaune, à arracher deux parcelles de chardonnay début juin, juste après la catastrophe : l’une de 34 ares, tout juste âgée de huit ans, l’autre de 25 ares qui avait vingt ans.

«Ces vignes sont greffées sur 161-49. Le problème, c’est le dépérissement lié à ce porte-greffe. Il touche particulièrement la parcelle de huit ans, au point que nous y avons 30 à 40% de manquants. Après le gel, nous avons constaté que nous avions perdu 95% de la récolte dans ces deux parcelles. Nous avons donc décidé de les arracher sans attendre, pour gagner un an et pouvoir replanter dès 2022, tout en économisant les frais de culture sur ces parcelles qui, de toute façon, n’auraient rien produit», confie Jean-François Bachelet, qui a passé la main à ses deux fils, Marc et Alexandre.

Bien plus au sud, à Saint-Christol-lez-Alès, dans le Gard, Simon Daudé a pris la même décision mais pour d’autres raisons. Après le gel, son vignoble de 50 ha n’a produit qu’un tiers de récolte. « Cette année, j’arrache 5 ha et je prévois de renouveler 15 ha au total d’ici deux à trois ans. Ce sont des vignes de sauvignon, chardonnay et merlot, âgées de 15 à 20 ans, qui produisaient 8 à 10 t/ha, mais le gel les a fait basculer. Les ceps sont restés chétifs. J’avais prévu de les arracher d’ici quatre à cinq ans, je vais accélérer.»

Trop de pertes de récolte et des ceps abîmés

Simon Daudé s’inquiète également du devenir de vignes d’à peine cinq ans. «J’ai bien peur d’être obligé de les arracher l’an prochain. Je vais essayer de les remonter cette année, puis voir ce qu’elles produisent, mais il va y avoir un travail considérable à la taille. Les contre-bourgeons sont repartis du cep. Ce n’est pas du joli bois et je ne suis pas sûr qu’il soit fructifère. Je crains une deuxième perte de récolte.»

Anthony Bafoil, président de la cave coopérative de Lédignan, dans le Gard, et à la tête d’un vignoble de 46 ha en production, a fait ses comptes. Lui aussi va arracher plus tôt que prévu certaines de ses parcelles fortement affectées par le gel. «Dès 2022, dans le cadre du nouveau plan collectif de restructuration, j’élimine 6ha de grenache, sauvignon, syrah et cabernet-sauvignon, qui ont entre seize et dix-huit ans. Ces vignes ont été très impactées par le gel. Il me faudrait un temps fou pour les remonter. Elles produisaient 11t/ha avant le gel. Je doute qu’elles retrouvent ce niveau. En dessous de ce rendement, ce n’est plus rentable. Mieux vaut repartir sur un vignoble neuf», estime-t-il.

Le chardonnay, sensible au gel, délaissé

En Ardèche, le gel met l’accent sur la fragilité du chardonnay. Viticulteur à Alba-la-Romaine et président des Vignerons ardéchois, François Guigon a été très affecté par le gel du mois d’avril. «Cette année, mes rendements en IGP tournent entre 15 et 25 hl/ha. Chardonnay, viognier, pinot noir et sauvignon ont été les plus touchés. Habituellement, je renouvelle 1 ha par an, cette année je vais arracher 3 ha, soit 10 % de mon vignoble. Ce sont des vignes d’une trentaine d’années très touchées par les maladies du bois. On approche 20 % de manquants dans les chardonnays et les sauvignons. Mieux vaut les renouveler. Dans notre région où la rentabilité du vignoble est moindre que dans d’autres régions, l’arrachage-replantation se fait plus facilement que dans les vignobles prestigieux», témoigne-t-il.

Pour Alain Selponi, conseiller viticole sur le Languedoc, les conséquences du gel sur le renouvellement du vignoble se feront plutôt sentir l’an prochain. «Certaines vieilles vignes ont mal réagi au gel. Mais les viticulteurs vont plutôt attendre l’année prochaine pour renouveler car ils s’attendent à des baisses de revenus en 2022. Plus que le gel, ce sont les maladies du bois qui motivent l’arrachage et la replantation. Leur développement est aggravé par la chaleur et le stress hydrique», signale-t-il.

Nous sommes tous étonnés par l’ampleur

Quelles qu’en soient les raisons, Guilhem Vigroux, président du Comité RQD (reconversion qualitative différée) du Languedoc-Roussillon, observe une surprenante accélération du renouvellement du vignoble dans sa région. « Dans le cadre du plan collectif de transition qui ne se déroule que sur la campagne 2021-2022, nous avons des demandes pour arracher et replanter 3 600 ha. Nous sommes tous étonnés par l’ampleur de ces demandes cette année. Après ce gel de printemps, on tablait sur une baisse, sur 1 500 ha sachant que la moyenne pour les plans collectifs sur trois ans tourne autour de 2500ha. Or c’est tout l’inverse qui se produit. »

Guilhem Vigroux s’interroge sur les raisons de cet engouement. «Le gel a-t-il accéléré le renouvellement du vignoble, contre toute attente ? C’est une question qu’on se pose. Nous allons diligenter une enquête pour y répondre», confie-t-il.

 

Les pépiniéristes se frottent les mains

Les pépiniéristes qui s’inquiétaient des conséquences du gel sur leur activité, retrouvent le sourire. « Je pensais que la demande allait baisser cette année, du fait du gel qui va ponctionner le revenu des viticulteurs, mais ce n’est pas le cas. Même si on n’explose pas les compteurs, la demande est là. Grâce au plan RQD, certains viticulteurs continuent de renouveler », témoigne Giovanni Varelli, pépiniériste basé à Monteux, dans le Vaucluse. « La demande en plants est soutenue. Certaines vieilles vignes de grenache ou de sauvignon blanc ont eu du mal à repartir. Les viticulteurs accélèrent le renouvellement de leur vignoble pour maintenir sa productivité », confirme Loïc Breton, directeur de VCR France.

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