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Une association en vogue
Chantre de l'agroécologie, la Belle Vigne veut rendre les sols vivants

Pour restaurer la fertilité des sols, l'association La Belle Vigne préconise entre autres des couverts végétaux et des arbres dans les vignes... Et fait des émules.
Par Colette Goinère Le 18 novembre 2021
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 Chantre de l'agroécologie, la Belle Vigne veut rendre les sols vivants
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n inconditionnel de la première heure. Alain Vidal, à la tête du Château Dubraud – 27 ha en AOC Blaye Côtes de Bordeaux à Saint-Christoly-de-Blaye – ne tarit pas déloge sur La Belle Vigne : « Il n’existe aucune structure qui apporte autant de conseils sur l’agroécologie. » C’est en 2019 qu’il adhère au club La Belle Vigne, après avoir forgé ses convictions au travers de rencontres, de conférences données par Konrad Schreiber, le fondateur de cette SAS, et des experts qui l’entourent tels que l’arboriste Marceau Bourdarias, qu’Alain Canet, le directeur d’Arbre et Paysage 32 ou encore Olivier Husson, chercheur au Cirad, (Centre de coopération Internationale en Recherche Agronomique pour le Développement) spécialiste du potentiel rédox des organismes vivants.

Des visioconférences tous les 15 jours

« J’ai découvert les arbres plantés dans les vignes. Je me suis dit : ils sont fadas. Puis j’ai compris l’importance du sol, son fonctionnement », lâche Alain Vidal. Tous les quinze jours, il peut accéder à des visioconférences interactives sur des thématiques diverses. Une formation permanente selon le viticulteur.

Alain Vidal s’est mis à semer des couverts végétaux il y a 8 ans. Il y a deux ans, suivant les préconisations de la Belle Vigne, il a abandonné le triticale au profit du seigle forestier qui produit beaucoup de biomasse, et du trèfle de Micheli. Au printemps dernier, il a planté 300 arbres de 18 essences locales pour former un bois de 90 ares, des haies bordant les vignes sur 2,6 ha (soit 950 arbustes) et 28 arbres dans deux rangées de vignes (1 tous les 8 mètres). « Il s’agit de favoriser la vie des sols et plus généralement l’équilibre de la vigne. Les arbres apportent de l’ombre et de la fraicheur en été, de l’humus en hiver. Associés aux couverts, ils fertilisent les sols », indique-t-il.

Ce qui m'a attiré, ce sont les hommes

A Moulis-en-Médoc, Jean-Baptiste Cordonnier, propriétaire de château Anthonic, 28 ha en AOC Moulis n’a pas attendu la création de La Belle Vigne pour collaborer avec Konrad Schreiber et ses équipes. « Ce qui m’attiré, ce sont les hommes, leur expertise », indique-t-il. Sous leur férule, dès 2018, il plante 50 arbres sur 7 ha de vignes et en bordure et 3 km de haies. Résultat : « Les vignes protégées par les haies ont moins gelé cette année. » A terme, il vise de planter 750 arbres dans ses vignes.

De plus, il s’est mis à semer des couverts mêlant céréales, crucifères et légumineuses dans toutes ses parcelles. « En 2020, on a eu une récolte à 38 hectos/ha alors que dans l‘AOC la moyenne était à 30 hl/ha ». Une différence qu’il attribue au fait que les couverts ont limité les attaques de mildiou puis la sécheresse.

David Duband, qui dirige le domaine éponyme, 24 ha, AOC Bourgogne à Chevannes, a adhéré il y a six mois : « Nos sols sont morts à cause des labours. Depuis toujours, je considérais l’herbe comme envahisseuse et non comme une alliée. J’ai compris que je m’étais trompé sur toute la ligne. » Conseillé par Konrad, il sèmera un couvert de légumineuse, d’avoine et de crucifère sur 8 ha après les vendanges. « Les légumineuses apporteront de l’azote, l’avoine de la matière organique, la crucifère aèrera le sol » indique-t-il. Ce n’est pas tout. Sous la houlette d’Alain Canet, il va planter des troènes, des érables champêtres, des charmes et des fruitiers tous les sept rangs un et tous les dix pieds de vignes sur 1 ha.

J'ai gagné 4 t de matière sèche par ha

A Fontaine-Denis-Nuisy, Benoit Mahieux, 3,5 ha, AOC Champagne, est un autre aficionado : « En avril, Konrad est venu sur la propriété. Il m’a rassuré en m’incitant à continuer la voie des couverts végétaux dans laquelle je me suis lancé il y a cinq ans. Il m’a donné confiance tout en me délivrant ses conseils. Cette année, sur les conseils de Konrad, j’ai réalisé la 1ère tonte à l’apparition des boutons floraux. Comme les plantes n’avaient pas fait leur cycle complet, elles ont repoussé. J’ai réalisé une 2ème tonte juste après la floraison. Ce faisant, j’ai gagné 4 T de matière sèche par ha.  Puis mon couvert s’est arrêté car il avait fait son cycle et le paturin commun a naturellement colonisé nos vignes. Avant les vendanges, j’ai retondu une dernière fois. Tout cela à la main, avec une tondeuse dans le rang et une débroussailleuse dans le cavaillon » explique-t-il. Le 2 septembre dernier, il a ressemé ses couverts. Le voilà reparti pour un nouveau cycle d’un an !

Un sponsor de la première heure

En 2019, Claire Lurton, propriétaire des châteaux Haut-Bages Libéral, Ferrière et Dufort Vivens, trois crus classés du Médoc, rencontre Konrad Schreiber. Ce dernier la persuade que « l’avenir est dans la vie des sols », explique-t-elle. Il lui explique son projet de créer une structure indépendante -La Belle Vigne- pour apporter des conseils aux vignerons désireux de se lancer dans l’agroforesterie et dans les couverts végétaux. Convaincue de l’intérêt de ce projet pour la viticulture, Claire Lurton lui apporte son aide sous forme de mécénat. Au cours des trois dernières années, elle a injecté 11600 € par château et par an, soit un peu plus de 100 000 € dans La Belle Vigne. Une évidence pour elle : « La Belle Vigne est indépendante. Son fondateur n’est pas vigneron, ni bordelais, il vient de l’élevage. Il a su s’entourer d’experts pédagogues, qui nous apportent beaucoup », assure-t-elle.

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