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Hausse des intrants
Tensions inédites sur le marché de la fertilisation de la vigne

Le prix des engrais minéraux a flambé par rapport à l'an passé. Les viticulteurs qui auraient aimé se tourner vers les engrais organiques sont confrontés à une pénurie de matières premières. Fournisseurs et distributeurs n'ont jamais connu une telle situation.
Par Marion Bazireau Le 15 novembre 2021
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Tensions inédites sur le marché de la fertilisation de la vigne
Le marché des engrais organiques, dont le prix de certaines matières premières a déjà bondi de plus de 75%, se retrouve à son tour sous tension. - crédit photo : Chaîne Youtube, la VitiBio d’Emilie et Benjamin.
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es fertilisants fabriqués à partir d’ammoniac, qui combine azote de l’air et hydrogène provenant du gaz naturel ont vu leur prix s’envoler depuis l’an passé. La tonne d’ammonitrate est ainsi passée de 250 en novembre 2020 à 750 euros aujourd’hui. Les potasses et les phosphores ne sont pas épargnés.

« Les agriculteurs de tous secteurs se rabattent sur les engrais organiques, témoigne Denis Montagnon, directeur de Bourgogne Viti Service. Nous en vendons depuis fin juin alors que les épandages n’auront lieu qu’au printemps ».

Le marché des engrais organiques, dont le prix de certaines matières premières a déjà bondi de 75%, se retrouve à son tour sous tension, d’autant plus que les matières premières végétales ou animales nécessaires à leur fabrication manquent.

« Du fait des subventions publiques accordées à la méthanisation, beaucoup de ressources végétales partent vers le secteur de l’énergie » explique Lionnel Faber, directeur commercial et marketing de Frayssinet, qui a été contraint de passer plusieurs augmentations sur la campagne et de rogner ses marges au maximum.

La petite récolte agricole amplifie la pénurie, la jaunisse sur betterave ayant par exemple fait flamber le prix de la potasse.

Ceux qui attendent se trompent

Les fournisseurs font également les frais de la grippe porcine. « De nombreuses carcasses sont envoyées en Chine. Leurs sous-produits riches en azote ou en phosphore nous échappent, et ceux qui restent sont vendus à des prix exorbitants » reprend Lionnel Faber, soulignant en outre la baisse générale de la consommation de viande, donc de ressources concentrées, alors que la demande pour des fertilisants utilisables en agriculture biologique augmente.

Frayssinet a dû renoncer à développer de nouveaux marchés pour fournir ses clients fidèles. « Nous honorerons toutes nos commandes jusqu’à la fin avril, c'est notre priorité, assure Lionel Faber. Néanmoins, ceux qui pensent faire une bonne affaire en attendant de commander se trompent : soit ils payeront encore plus cher à la sortie de l’hiver, ou dans le pire des cas, n’auront rien ».

Pour faire face à cette conjoncture exceptionnelle, le Groupe Perret encourage quant à lui une fertilisation hybride.

Des alternatives

« Les viticulteurs peuvent par exemple se tourner vers des levures ou bactéries homologuées pour extraire les éléments déjà présents dans le sol mais indisponibles à la plante » détaille Franck Girard, directeur du pôle fertilisation.

« Une bactérie peut apporter 45 unités d’azote à la vigne et assez de phosphore pour répondre à ses besoins. Reste à amener la potasse, que nous proposons sous forme de sulfates ou polysulfates ».

Franck Girard est convaincu par ce modèle écologique. « Je pense même qu’il est plus efficace et plus viable pour les viticulteurs qui connaissent déjà une triple peine, entre perte de récolte liée au gel et aux maladies, hausse généralisée du prix de tous les intrants, et cours du vin trop faibles pour compenser leurs frais ».

Ne pas céder à la panique

Perret s’est néanmoins couvert pour répondre à la demande des agriculteurs qui ne souhaitent pas changer leur façon de travailler. « Ils pourront nous acheter des engrais minéraux à un tarif très élevé au printemps, ou des organiques. Nous avons la chance d’être proches de Sète et de ses nombreuses usines. »

Franck Girard se refuse de céder à la panique. « Le président de l’Union des industries de la fertilisation (Unifa) vient d’ailleurs d’annoncer que les entreprises visent au moins les mêmes niveaux de livraison de nitrates que sur la campagne 2020-21 ».

 

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Tous les commentaires (1)
Dominique Le 15 novembre 2021 à 14:25:28
Puisqu'on parle des engrais chimiques de synthèse, on peut parler de leur bilan carbone. Ils sont fabriqués en cassant des molécules de méthane ( en les chauffant à très haute température) afin de récupérer les 4 atomes d'hydrogène nécessaires pour fabriquer le nitrate NH4. Leur décomposition dans le sol génère ensuite des protoxydes d'azote, gaz à effet de serre, qui génèrent eux-mêmes des particules fines. On l'a vu début 2010 lors du premier confinement. Ce n'était pas la circulation automobile ou de poids lourds qui ont fabriqué ces particules fines , mais les épandages d'engrais de début de printemps, notamment dans les zones de grandes cultures du Nord. Ces engrais chimiques constituent au total environ 10% des gaz à effet de serre de la France. Quand M. Benji parle sans fin du bilan carbone désastreux de l'agriculture bio, il devrait faire un effort préalable de documentation. En attendant, l'envolée durable des coûts de l'énergie va plomber les prix. Une occasion peut-être de revenir à de l'agronomie et aux légumineuses plutôt que de râler sur les taxes. On peut se prêter à rêver., non ?
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