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Politique interprofessionnelle
La boîte à outils des vins de Bordeaux pour se raccrocher aux marchés sans arracher

L'interprofession girondine présente un plan d'actions pour répondre aux difficultés commerciales actuelles du vignoble et préparer sa revalorisation pour l'avenir.
Par Alexandre Abellan Le 04 novembre 2021
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La boîte à outils des vins de Bordeaux pour se raccrocher aux marchés sans arracher
« Notre enjeu, c’est susciter la demande en étant attractif auprès du consommateur » indique Allan Sichel. - crédit photo : CIVB
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« Mauvaise nouvelle, nous ne sommes pas venus ce soir avec une baguette magique » lance ce 3 novembre Bernard Farges, à l’occasion de la première réunion de terrain* du Conseil Interprofessionnel des Vins de Bordeaux (CIVB) qu’il préside. Commençant cette tournée à Planète Bordeaux (à Beychac), le viticulteur aura été interpellé par des vignerons ne cachant ni leur colère face à la crise actuelle (« je cotise depuis 30 ans au CIVB, cet argnt a été dilapidé quand je vois aujourd’hui le tonneau à 750 € »), ni leur désir de propositions constructives (« vous êtes nos représentants, nous vous faisons confiance »). Pour Bernard Farges, ce rendez-vous inédit a pour objectif de donner la parole à la filière des vins bordelais et lui « présenter ce qui est fait, ce qui va être fait et dans quel esprit c’est fait [dans] une volonté d’échange et de transparence ».

Mettant sur la table son plan d’action, le CIVB se veut un outil de soutien à la promotion sur le terrain, comme l’indique Julie Rambaud-Texier, sa directrice marketing. Visant une humanisation des opérateurs bordelais, l’interprofession prend comme « fil rouge » la tournée des vins de Bordeaux (avec chaque année une édition collective et nationale début mars et des versions réduites par groupes d’appellations bordelaises). Souhaitant se renforcer sur le marché girondin (« on ne peut gagner la bataille de l’image des vins de Bordeaux si l’on ne gagne pas le match à domicile » souligne Julie Rambaud-Texier), le CIVB continue de prospecter l’export avec un format événementiel de "Bordeaux days" (des journées de séminaires sur 6 marchés prioritaires, pour viser 200 professionnels par journée dans 13 villes), d’innover dans ses supports de communication (avec un film en réalité virtuelle) et de recruter de nouveaux ambassadeurs (comme avec l’influenceuse du Rouge Aux Lèvres).

RSE

Pour poursuivre la modernisation de l’image de marque des vins de Bordeaux, le CIVB poursuit le déploiement de la démarche de développement durable Bordeaux demain, avec 13 premières entreprises labélisés en 2021 annonce Marie-Catherine Dufour, la directrice du service technique de l’interprofession. Suscitant une forme de méfiance, l’acronyme RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises) semble une marche trop haute à franchir pour certains opérateurs, craignant d’être laissés sur le carreau. Soulignant qu’il n’y aura pas d’exclusion, mais un accompagnement qui n’imposera rien, Bernard Farges souligne que le sujet de la RSE divise : certains opérateurs trouvent que le sujet avance trop lentement, d’autres qu’il va trop vite.

Témoignant de l’impasse dans laquelle se trouvent certains exploitants en fin de carrière, la question de l’arrachage primé aura été une rengaine lancinante lors de cette première réunion. Malgré l’impossibilité réglementaire de financer un arrachage massif, cela reste la solution privilégiée par certains pour rééquilibrer le marché des vins de Bordeaux. Ce qui n’est pas l’avis du négociant Allan Sichel, le vice-président du CIVB : « je ne suis pas d’accord pour un plan d’arrachage massif. […] Je crois à la capacité de Bordeaux de vendre 5 millions d’hectolitres valorisés. Ce n’est certainement pas pour chercher à maintenir une surproduction pour que les cours soient bas. »

Rendre la filière attractive

Détaillant sa vision, Allan Sichel note qu’« en dehors des questions financières et réglementaires, qui ne permettent pas de le faire, un plan d’arrachage, si on le faisait, redresserait les cours à un moment donné. Mais, s’il n’y avait pas d’actions derrière pour rendre la filière attractive, dix ans après il faudrait un nouveau plan d’arrachage. Et on continuerait jusqu’à ce qu’il ne reste plus que les grands crus. Ce n’est pas ça que j’ai comme ambition pour les vins de Bordeaux. » Se voulant optimiste, le vice-président du CIVB estime que l’ensemble des actions lancées va permettre aux vins de Bordeaux de saisir les opportunités du millésime 2021 : « on a un alignement des planètes entre la disponibilité de stocks [à Bordeaux], la faiblesse de la production mondiale, toutes les actions positives de communication et d’amélioration qualitative… Je suis persuadé que l’on est sur une dynamique positive qui va durer quelques années. »

 

* : Six autres réunions ont lieu cette fin d’année. Ce jeudi 4 novembre à Pellegrue (17-19h à la salle polyvalente), ce vendredi 5 novembre à Saint-André-de-Cubzac (10-12h à la salle du Champ de Foire), ce mardi 9 novembre à Cadillac (17-19h à la maison des vins de Cadillac), ce mercredi 10 novembre à Podensac (17-19h à la maison des vins de Graves), le vendredi 3 décembre à Saint-Émilion (10-12h au Conseil des Vins de Saint-Émilion) et le mercredi 8 décembre à Cissac-Médoc (17-19h à la salle des fêtes).

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Tous les commentaires (1)
DARIUS Le 06 novembre 2021 à 09:38:59
Allan Sichel connait comme tout un chacun la loi de l'offre et de la demande: lorsqu'il y a un exc?s d'offre fut il l?ger par rapport ? la demande les cours s'effondrent. Quand il nous dit qu'il ne faut pas arracher cela signifie qu'il souhaite des cours les plus bas possibles. Et pour le n?gociant la vente est d'autant plus facile que le produit est bon march?. Par ces prix bas, l'image de Bordeaux va ?tre encore plus abim?e et la ruine des viticulteurs acc?l?r?e. C'est une politique de gribouille!
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