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Monopole suédois
Les vins italiens dans le collimateur pour non-respect des droits de l'homme

Exploitation de travailleurs immigrés, manque de syndicalisation, salaires insuffisants, inégalités hommes/femmes et manque d'équipement de protection individuelle font partie des manquements identifiés par Oxfam dans un rapport commandité par Systembolaget. Un rapport qui aura des répercussions importantes sur la politique d'achat du monopole suédois dans les années à venir.
Par Sharon Nagel Le 18 octobre 2021
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Les vins italiens dans le collimateur pour non-respect des droits de l'homme
Systembolaget estime qu’en sensibilisant ses clients, ils pourraient être amenés à payer plus cher des vins dont la production respecte les droits de l’homme - crédit photo : Systembolaget
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n 2019, Systembolaget a commencé à mettre en œuvre sa nouvelle plateforme de développement durable, qui oblige désormais tous ses fournisseurs de premier niveau – soit les importateurs – à recenser l’ensemble de leur chaîne d’approvisionnement et ses pratiques. Cette obligation englobe non seulement des questions environnementales, mais aussi le respect des droits de l’homme. D’où le rapport de l’ONG Oxfam paru en septembre, qui cible l’Italie, pays fournisseur dont les vins représentent 27 % de l’offre du monopole (soit plus de 400 références). Car, comme le fait remarquer le rapport, si certains pays comme le Chili ou l’Afrique du Sud, ont souvent été sur la sellette pour leurs pratiques à l’égard des ouvriers vitivinicoles, il n’en est pas de même pour d’autres pays producteurs.

L’évolution des flux migratoires ces dernières années, qui ont souvent impliqué l’Italie, a également suscité des interrogations quant au respect des droits de l’homme parmi les quelque 600 entités qui constituent la chaîne d’approvisionnement italienne au sein de Systembolaget. Le rapport a identifié de nombreux manquements en Italie, aussi bien dans les vignobles prestigieux tels que la Toscane et le Piémont, que plus au Sud, même si la Sicile est particulièrement épinglée. Heures de travail excessives, travail forcé, non-respect des règles de sécurité et de santé, salaires en dessous du coût de la vie et logements insalubres figurent sur la liste d’infractions recensées par l’ONG. A telle enseigne que Systembolaget considère désormais l’Italie comme un pays à haut risque quant au non-respect de son code de conduite. 

Le prix du vrac insuffisant pour couvrir les coûts de la main d’œuvre ?

Systembolaget fait son mea culpa, expliquant que ses politiques d’approvisionnement avec le renouvellement permanent des assortiments, le manque d’engagement sur le long terme en matière de volumes et les délais de livraison parfois courts, peuvent mettre à mal le respect des droits de l’homme. De même, le monopole reconnaît que ses appels d’offre ne tiennent nullement compte du coût de la main d’œuvre. Par ailleurs, la stabilité de certains de ses prix sur plusieurs années, alors que les salaires progressent, laisse supposer que la main d’œuvre est de moins en moins bien rémunérée.

Et de donner l’exemple de ses bag-in-box, dont l’entrée de gamme positionnée à 199 SEK (soit environ 20 euros) n’a tenu compte ni de l’inflation ni de l’augmentation des coûts de la main d’œuvre ces dernières années. Le monopole questionne également la faisabilité économique du prix du vrac italien, qu’il estime « à peine suffisant, voire peut-être sensiblement insuffisant, pour couvrir les salaires des ouvriers ». Cela, sachant que « de nombreuses références italiennes – dont les plus vendues en volume et en valeur - sont des vins en vrac ou des assemblages, issus de raisins provenant de régions non identifiées ou achetés sur le marché spot ».

Récompenser les bons élèves ?

Parmi ses recommandations, et même si cette pratique est contraire aux principes réglementés du monopole, Oxfam propose d’accorder un traitement préférentiel aux fournisseurs « bons élèves » en matière de respect des droits de l’homme, certaines certifications comme « Fair for Life » pouvant l’attester. Il recommande également de revoir de manière urgente les tranches de prix des appels d’offre pour tenir compte de l’augmentation des salaires, voire même d’instaurer un système où toute baisse de prix significative serait signalée et examinée.

Pour sa part, Systembolaget a développé un plan d’action en réponse à ces conclusions, avec un calendrier de mise en œuvre. Le monopole estime que les consommateurs sont prêts à payer plus cher des vins qui répondent à certains critères environnementaux, « donc il y a une possibilité pour que l’on puisse les éduquer et les amener à payer des prix qui garantissent le respect des droits de l’homme ». D’autres rapports sont prévus à l’avenir.

 

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