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La surexposition aux pesticides des riverains de vignobles passée au crible en 2022

En cours de lancement sur 6 bassins viticoles français pour la prochaine campagne de traitements phytosanitaires, l'étude de l'Anses et Santé publique France doit combler des lacunes scientifiques et permettre de nourrir de nouvelles préconisations à l'avenir.
Par Alexandre Abellan Le 19 octobre 2021
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La surexposition aux pesticides des riverains de vignobles passée au crible en 2022
« Alors que l’effet des pesticides sur la santé préoccupe les Français et les pouvoirs publics, aujourd’hui peu de données sont disponibles en France sur l’exposition réelle des personnes vivant près de cultures, en particulier viticoles » pointent l’Anses et Santé Publique France. - crédit photo : Matignon
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« En France, une partie importante de la population rurale vit dans des régions viticoles. Ces personnes sont-elles particulièrement exposées aux produits utilisés pour les traitements phytopharmaceutiques et, si oui, comment ? » posent dans un communiqué l’Agence Nationale de Sécurité Sanitaire (Anses) et l'agence nationale de santé publique (Santé Publique France). Pouvant inspirer de nouveaux dispositifs de prévention des risques, cette interrogation taraude depuis 2015 les services dépendants du ministère de la Santé. Elle doit désormais être explorée par l’étude PestiRiv menée d’octobre 2021 à août 2022 dans le vignoble.

« La viticulture [étant] choisie de par l’importance de son utilisation de produits phytosanitaires et de par le fait que des populations qui vivent dans ces zones viticoles sont souvent très proches des parcelles » indique en conférence de presse Sébastien Denys, le directeur Santé-Environnement-Travail pour Santé Publique France, pour qui PestiRiv « répond à une préoccupation très importante sur le lien entre l’exposition à des produits phytosanitaires, en l’occurrence des pesticides, et des impacts sur la santé. D’un point de vue toxicologique, ces impacts et le caractère dangereux de ces substances sont de mieux en mieux documentés. En revanche, sur la question des molécules auxquelles sont exposées les populations au voisinage de ces parcelles, la littérature scientifique est beaucoup moins documentée. »

3 350 participants

Pour corriger ces lacunes, le protocole PestiRiv va suivre 3 350 personnes résidant dans 250 communes réparties sur 6 régions françaises (Auvergne-Rhône-Alpes, Bourgogne-Franche-Comté, Grand Est, Nouvelle-Aquitaine, Occitanie, Provence-Alpes-Côte d’Azur*). 1 500 adultes et 750 enfants résideront à proximité de vignobles (moins de 500 mètres d’un pied de vigne, mais plus de 1 km d’une autre culture), 750 adultes et 350 enfants serviront de population témoin dans des communes rurales équivalentes mais dans des zones non-agricoles (à plus de 1 km de toute parcelle).

Prélevant des cheveux, de l’urine et l’environnement (air extérieur et intérieur) avant et pendant la saison des traitements, ce protocole doit rechercher les traces d’une cinquantaine de molécules actives utilisées dans le vignoble. Fruit d’une sélection hiérarchisée, cette liste de fongicides, insecticides et autres herbicides « correspond aux substances les plus spécifiquement utilisées en viticulture, les plus vendues, les plus rémanentes et les plus toxiques » indique Ohri Yamada, le directeur de la mission de phytopharmacovigilance de l’Anses.

Boscalid, folpel, glyphosate...

Boscalid, folpel et glyphosate figurent dans cette liste de suivi, mais pas le mancozèbe. Cette dernière substance venant d’être interdite, elle ne pourra être utilisée en 2022 souligne Ohri Yamada, qui précise que PestiRiv « s’intéresse aux molécules contemporaines. Et pas à celles anciennes, qui peuvent continuer à exposer les populations à cause de leur rémanence (et sont étudiées dans le cadre d’autres études). »

Prévoyant une publication des résultats en 2024, Clémence Fillol, épidémiologiste à Santé Publique France, souligne que « cette étude originale (couplant mesures biologiques et environnementales) va nous permettre de décrire spécifiquement l’exposition des riverains de cultures viticoles et de voir s’il y a une surexposition de cette population ». Comme le résume Sébastien Denys, « il s’agit de mesurer les expositions pour les gérer ».

Sous-échantillon vigneron

Devant retirer les biais alimentaires, environnementaux ou professionnels des participants, l’étude documentera aussi les pratiques des vignerons riverains. Prévoyant de solliciter les domaines voisins après les vendanges 2022, les autorités sanitaires espère ainsi « connaître la pression d’utilisation des produits dans l’environnement » indique Ohri Yamada. Qui souligne que parmi les participants tirés au sort, il y aura forcément des vignerons et des employés viticoles. Réalisée d’octobre à décembre 2019, l’étude pilote sur un échantillon de 72 personnes recensait ainsi 15 % de vignerons (pour des résultats de pure faisabilité technique, sans mesures biologiques précise Sébastien Denys).

Finalement, « le principal objectif est de savoir s’il existe une différence entre l’exposition aux pesticides des personnes vivant près de vignes et de celles vivant loin de toute culture » soulignent les autorités sanitaires, qui souhaitent le cas échéant « identifier l’influence que peuvent avoir la distance aux vignes, la saison ou encore les habitudes et les comportements des individus sur cette exposition ».

 

* : Les noms des communes où des prélèvements seront réalisés ne sont pas communiqués avant la fin des mesures annoncent l’Anses et Santé Publique France. « Pour des raisons méthodologiques, nous ne souhaitons pas aujourd’hui communiquer la liste des communes, parce que cela pourrait avoir un effet sur la modification du comportement par rapport à certaines voies d’exposition » indique Sébastien Denys, pour éviter des « biais d’exposition qui induiraient des biais méthodologiques dans le protocole ».

 

 

Les mesures de PestiRiv « permettront d’identifier de manière objective les sources qui contribuent le plus à l’exposition aux pesticides et d’adapter les mesures de prévention » indiquent les autorités sanitaires, expliquant sur schéma les sources qui seront étudiées. Par exemple l’air intérieur du logement, les habitudes alimentaires, les produits utilisés au domicile (comme les insecticides)… Sans oublier les phytos utilisés par les jardiniers amateurs.

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Tous les commentaires (3)
J.Henry DAVENCE Le 26 octobre 2021 à 09:30:41
Sans juger du bien fondé ou non de cette étude, je regrette la discrimination entre viticulture et agriculture. Pour quoi avoir délibérément choisi la viticulture? L'arboriculture, le maraichage, la culture céréalière n'utilisent sans doute pas de pesticides et sont cultivés loin de toute habitation. Cela s'appelle diviser pour mieux régner et c'est fort regrettable que personne ne le dénonce. La viticulture est encore une fois stigmatisée. C'est tout le monde ou personne.
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AH07 Le 25 octobre 2021 à 21:30:08
C'est très bien.... Les parcelles de vigne vendues en terrains constructibles portent maintenant des lotissements, souvent laids et déconnectés des infrastructures de la commune. Entre élus on s'arrange.... Le retour de manivelle est la méconnaissance de ces néo ruraux du monde agricole et la viticulture en particulier. Nous savons tous que les "phytos " ne sont pas en odeur de sainteté et en très peu de temps la boucle sera bouclée, pris dans la nasse, bio ou pas bio... le cuivre, lui aussi, tôt ou tard passera à la trappe! (normal c'est une véritable poison) Les contraintes économiques, ou techniques sont balayés d'un simple revers sachant qu'il existe des méthodes alternatives plus ou moins efficaces (disons moins). Il est possible de s'adapter aux évolutions techniques, sociétales et même climatiques mais agissons intelligemment entre personnes de bonnes volontés. Mais de grâce cessons de financer ces organisations , structures qui mènent la course aux échalottes et apportent ou "trouvent" en contrepartie des solutions bancales ou réinventent la roue. Nous vivons une véritable dialogue de sourd et c'est celui qui gueulera le plus fort qui gagnera! Malheureusement.
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H.V.E Minator Le 20 octobre 2021 à 21:53:44
AEncore de la discrimination contre les agriculteurs et les viticulteurs pendant la pandémie on était les sauveurs, maintenant on serait des empoisonneurs. A qui revient la faute, faudrait-il pas dénoncer les vrais coupables, oui ceux qui se sont mis de l’argent plein les poches en vendant des terrains constructible ou qui ont touché des dessous de table sur les zones constructibles (élus municipaux, responsables d’agglomération, représentants de l’Etat ) Alors prenez vos responsabilités ou nous allons ressortir les guillotines . Bourrage de crâne dans les écoles contre les agriculteurs. Il est bien loin le temps de nos grands-parents qui travaillaient dur dans nos campagnes et ou les récoltes (vendanges, moissons) prenaient des airs de fête de village ; ou quelques citadins prenaient les congés pour leurs aider à rentrer les récoltes. Aujourd’hui malheureusement les mentalités ont changées, et le bon sens a disparu ( lou biays en occitan, le savoir-vivre). Je ne vous donne pas 10 ans pour que l’on soit obligé d’avoir des armes dans nos cabines pour se défendre contre les agresseurs anti- agricoles. Arrêtons de donner de l’argent public à toutes ces Associations qui se font passer pour des pseudo ECOLOGISTES et au final qui ne le sont pas ; et qui ne cherche qu’agresser et tuer le monde agricole. Car un vrai écologiste ne vit pas avec tout le confort ( maison hyper chauffée, internet, voiture, eau potable pour se douché tous les jours, cabine ou spa comme certains, téléphone portable tablette etc…… Les gens qui viennent construire contre les cultures ouvrez les yeux bons sens ! Soit vous vous adaptez a la vie de la campagne soit resté chez vous en ville dans vos quartiers à respirer l’air des gaz d’échappements, marcher sur vos crottes bien fraiches de votre chien par manque de civisme ! Continuez à vous faire passez écolo et à manger vos steaks aux céréales de soja qui contient du glyphosate américain et qui en contiennent une bonne dose selon les dernières études. Comme ça ils accuseront l’agriculteur local, s’ils pissent du glyphosate. Beaucoup trop de personnes incompétentes (animateur radio, journalistes de reportages, politiques) prennent la parole à ce sujet et instaurent un climat de psychose, de tension, de haine) alors qu’ils y comprennent rien.
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