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Vers un retour à la normale pour les vins de Champagne ? Non...

Lors de sa traditionnelle conférence du Viteff, le Crédit Agricole Nord Est s'est interrogé sur un potentiel retour à la normale de la Champagne. Avec le réchauffement climatique et le changement de pratiques cultures, rien n'est moins sûr.
Par Aude Lutun Le 13 octobre 2021
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Vers un retour à la normale pour les vins de Champagne ? Non...
De gauche à droite : David Ménival, Pascal Dubois, Benjamin Fourmon et Emmanuel Fourny. - crédit photo : DR
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Aucun professionnel de la filière aurait parié, il y a un an, sur une reprise aussi dynamique des ventes de champagne en 2021. Après le grand plongeon des ventes au premier semestre 2020, suivi d’un second semestre plus positif, « la filière est dans un contexte euphorique, avec un rythme qui rappelle celui de 2008, où 321 millions de cols ont été vendus », précise David Ménival, directeur de la filière Champagne au Crédit Agricole Nord Est. En 2020, les ventes avaient chuté de 18 % par rapport à 2020 avec 245 millions de cols vendus. « C’est plus agréable de gérer de l’hypercroissance de 2021 qu’une année comme 2020, se réjouit Pascal Dubois, directeur général de l’Union Auboise. A fin septembre, nous sommes à + 15 % par rapport à 2019. Cela s’explique par un restockage de nos clients, l’envie de consommer du champagne après le confinement, et le développement de la consommation à domicile, plus accessible financièrement. Si nous parvenons dans les prochaines années à stabiliser les ventes en France, l’essor de l’export devrait nous permettre d’avoir une croissance mesurée pour les années qui viennent ». Benjamin Fourmon, PDG du champagne Joseph Perrier, se félicite que le champagne conserve son statut de vin de la célébration : « les restaurateurs nous ont rapporté que la première bouteille commandée lors de la réouverture des restaurants était souvent du champagne, pour célébrer le plaisir d’être de nouveau ensemble. C’est une chance et cela donne de l’espoir ».

La filière se dirige-t-elle pour autant vers un retour à la normale ? Pas vraiment. L’heure n’est pas à l’euphorie, car des nuages se pointent à l’horizon. L’inflation du prix des matières premières et l’allongement de leurs délais de livraison préoccupent les professionnels sur le moyen terme. Concernant l’inflation et une probable augmentation des taux d’intérêt, David Ménival invite à rester sereins : « Il ne faut pas sur-réagir ! Nous avons tous sur-réagi avec le Covid, ne le faisons pas avec l’inflation ! ».

Le potentiel agronomique inquiète

C’est surtout le potentiel de production, dans les vignes, qui suscite de l’inquiétude. Les effets du changement climatique sont visibles. « Nous n’avons pas eu une année "normale" en cinq ans », rappelle Pascal Dubois. La filière s’interroge sur ses capacités de production, avec les ZNT, le zéro désherbant en 2025 et la diminution du nombre de produits phytosanitaires autorisés. « Nous savons que le consommateur ne veut plus du glyphosate, mais sommes-nous dans la bonne voie, avec le travail du sol, pour produire 8000 kg/ha et reconstituer progressivement notre réserve individuelle ? », questionne Emmanuel Fourny.

Le besoin de transparence des consommateurs et leurs exigences en matière d’écologie se sont renforcés avec la crise sanitaire. « En 2019, ceux qui performaient commercialement avaient une identité forte, commente Emmanuel Fourny, co-gérant du Champagne Veuve Fourny et Fils à Vertus. Ils savaient répondre aux questions : qui, où, comment et pourquoi ? Cela sera encore plus vrai dans le futur. Le e-commerce s’est bien développé mais ce n’est pas simple à gérer avec nos partenaires. Il faudra probablement réfléchir à travailler en lien avec eux ».

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