LE FIL

Vandalisme

Au moins 10 tonnes de raisins sabotés au pétrole dans l’Hérault

Mardi 05 octobre 2021 par Alexandre Abellan

Aperçu de la benne souillée par de l'essence cette fin septembre.
Aperçu de la benne souillée par de l'essence cette fin septembre. - crédit photo : DR
Le vigneron languedocien Olivier Delonca a dû jeter la production d’une parcelle à cause de bouteilles de fioul disposées pour éclater lors de la récolte.

En France, on a peu de raisins ce millésime 2021, et si en plus du pétrole est aspergé dessus… Vendangeant une parcelle de cabernet sauvignon dans la nuit du mercredi 29 au jeudi 30 septembre derniers, le vigneron Olivier Delonca (à la tête de 148 hectares) a senti une forte odeur de fioul dans la benne où se déversaient les godets de machines à vendanger sur la commune de Cers (Hérault). « On a d’abord pensé à un problème de machine, mais après avoir regardé le moteur, on s’est rendu compte que l’odeur venait de la benne » témoigne le vigneron, expliquant avoir découvert des fonds de bouteille d’eau minérale remplis de pétrole aux pieds des souches : « quand on passe avec une machine de nuit, on récolte tout. Il était impossible de le voir. » Ayant pollué toute la benne, ces raisins aspergés d’essence ont conduit le vigneron à jeter 10 à 15 tonnes de raisin dans une parcelle voisine (la masse est approximative, faute de pesée).

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« On a jeté de la vendange par terre » se désole Olivier Delonca, soulignant que cette parcelle de cabernet était l’une des rares épargnées par le gel du printemps (ayant coûté la moitié de sa production au domaine Delonca). Venant de déposer plainte au commissariat de Béziers, le vigneron indique avoir déjà subi des actes de malveillances (bouteilles remplies de clous dans des parcelles pour crever les pneus, coupures de goutte à goutte et de filtres, bras fructifères coupés…). « Là, ce n’est plus acceptable. Toucher la récolte, c’est le fruit d’une année de travail. C’est sacré » ajoute le vigneron, précisant de ne pas connaître l’origine de ce vandalisme, mais faisant état de tensions constatées depuis son départ de la cave coopérative de Cers.

"Accusation sans preuve"

Une accusation à peine voilée dans un article précédent du Midi Libre*,  qui fait bondir Marc Robert, le président de la cave coopérative Alma Cersius (160 adhérents pour 1 200 ha). « Les coopérateurs sont mis en accusation sans preuve ! Il faut déjà que les faits soient avérés : je n’ai pas vu les raisins mis à la benne ou dans un champ » indique le viticulteur biterrois, pour qui les différends avec la famille Delonca sont réglés, « il ne nous doit plus rien » (des négociations entre avocats ayant permis une libération avec deux ans d’avance de la cave coopérative des vignobles Delonca). Se réunissant ce 4 octobre, le conseil d’administration d’Alma Cersius doit étudier une possible plainte pour diffamation (le résultat de la consultation est maintenu secret).

Ayant succédé au père d’Olivier Delonca à la présidence de la cave, Marc Robert souligne qu’il ne peut imaginer un coopérateur s’attaquer à la vigne d’un autre producteur : « c’est sacré. On dénonce ces faits de vandalisme s’ils sont avérés. » Et d’ajouter que la cave coopérative ne peut être jalouse d’une cave particulière, connaissant un développement commercial soutenu (et un doublement des rémunérations en 15 ans, avec l'ouverture à la vente en bouteille). De son côté, Olivier Delonca présente des photos des raisins jetés, ci-dessous, et réfute toute accusation : « j’attends les résultats de l’enquête, et des noms j’espère ». N’étant pas assuré, le vigneron reconnaît être en difficulté.

 

* : « Il y a un climat de tension contre moi dans le village parce que j’ai fait le choix de partir de la cave coopérative » indique dans l’article du premier octobre Olivier Delonca, ajoutant que « certaines personnes n’ont pas accepté cette situation et leur attitude commence à me peser moralement et physiquement. Ceux qui ont fait ça sont des lâches. Ils sont lamentables, misérables. On peut imaginer qui ils sont. J’ai reçu énormément de messages de soutien toute la journée. Rien du côté des coopérateurs. Cela en dit long sur l’esprit. »

 

Des bouteilles provenant de plusieurs marques ont été retrouvées dans le vignoble, remplies de liquides sentant le fuel.

 

Aperçu des raisins jetés par Olivier Delonca après l'acte de vandalisme.

 

 

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