LE FIL

La crainte de la Bourgogne : le désamour

Vendredi 01 octobre 2021 par Alexandre Abellan

À gérer la pénurie malgré eux, les vins de Bourgogne vont-ils finir par être victimes de leur succès ? Avec le millésime 2021, l’histoire se répète dans les vignobles de Côte de Beaune et de Côte de Nuits : la vendange s’annonce de nouveau excessivement petite, déprimant les vignerons épuisés, inquiétant les acheteurs sur leurs approvisionnements et amenant à des hausses des prix anticipées par certains opérateurs sur les millésimes encore en vente. Alors que l’on parle de pertes de production conséquentes en blanc (jusqu’à -80 % entend-on) et de chutes variables en rouge (de -30 à -70 % selon les zones), cette faible récolte s’abat sur des stocks déjà tendus depuis des mois, pour ne pas dire des années. Tous les ingrédients sont réunis pour accentuer le gouffre entre offre et demande, et causer de nouvelles hausses de prix.

Devant cette machine infernale, une crainte diffuse s’installe de nouveau sur certains esprits inquiets en Côte d’Or : la Bourgogne ne risque-t-elle pas de sembler prétentieuse à ne jamais avoir suffisamment de vin à proposer et à augmenter toujours plus ses prix ? Une peur de paraître arrogants, élitistes... Autrement dit, Bordelais, les clichés ayant la peau dure en Bourgogne. Après le Bordeaux bashing*, le tour est-il venu pour la Bourgogne d'être frappée par le désamour des prescripteurs remettant en cause son rapport qualité et prix ? Les marchés n’en sont pas là, les vins bourguignons restant la coqueluche des sommeliers et cavistes du monde entier. Mais si cette crainte n’est pas neuve, les hausses répétées et cumulées font passer de nouveaux seuils tarifaires, avec une coupure croissante du marché français au profit de ceux exports, acceptant d’avantage ces niveaux de prix.

D’autres opérateurs bourguignons soulignent que ce décrochage des marchés est prédit depuis des années, mais qu’au final les hausses tarifaires continuent de passer comme une lettre à la poste. Mais à valoriser sur la rareté et non la qualité, le risque reste de s’enfermer dans l’image d’un vignoble spéculatif. Victime des aléas climatiques, le vignoble bourguignon se projette déjà sur l’espoir que l’année 2022 soit généreuse pour alimenter sereinement les marchés et dissiper les craintes de perdre son image de marque.

 

* : Phénomène complexe causé en partie par la flambée du prix des grands crus face à la demande asiatique dans les années 2000-2010, puis alimenté par les critiques sur l'empreinte écologique du vignoble girondin et sur une trop forte quantité de vins d'entrée de gamme en AOC.

 

 

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VOS RÉACTIONS
Epicurias Le 02 octobre 2021 à 10:23:23
Oui incontestablement la méfiance s'installe quand a des prix juges exorbitant ! La sélection drastique des évènements et le mépris affiché des responsables com du bivb vis à vis de certains professionnels y contribue largement ,malgré des efforts terrain de formation énormes qui amènent les jeunes sommeliers a adorer la Bourgogne
jacq Le 02 octobre 2021 à 09:36:10
« Alexandre bonjour. pourquoi agiter le drapeau rouge alors que rien n'indique qu'il y a danger ? Faut-il sans cesse faire peur pour attirer le lecteur ? Les Bourguignons sont pris au piège et la montée de leur couts est justifiée, car comment s'en sortir autrement ? Encore ont-ils de la chance que leurs vins se vendent même à des prix élevés. On aimerait en faire autant dans d'autres régions qui sont étranglées par la montée des couts. Quand à utiliser le mot Bordeaux comme une insulte, je vous laisse cette responsabilité.... »
ALFRED Le 01 octobre 2021 à 15:01:24
Continuez à conduire les vignes en 'bio' ou 'bio dynamie ' vous avez le résultat !!!! Vous n avez rien inventer car c'était le résultat autrefois lorsque la nature n'était pas au rendez vous .
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