LE FIL

Millésime 2021

Flambée attendue des cours du Beaujolais nouveau

Jeudi 30 septembre 2021 par Alexandre Abellan

Cette année, le Beaujolais nouveau arrivera le jeudi 18 novembre sur le marché.
Cette année, le Beaujolais nouveau arrivera le jeudi 18 novembre sur le marché. - crédit photo : Interbeaujolais
Alors que les vendanges se poursuivent, de premières tendances de prix commencent à circuler dans le vignoble rhodanien, avec une base à 250 €/hl qui marquerait une forte hausse des prix d'achat faute de disponibilité.

S’il n’y a pas encore de statistiques officielles, les raisins étant dans le meilleur des cas en cuve, les pronostics vont bon train dans le vignoble du Beaujolais pour quantifier l’inévitable hausse des cours que vont connaître les primeurs après le petit millésime 2021. D’après des échos répétés, il semblerait que le prix de base partirait sur 250 €/hl (certaines rumeurs allant plus haut encore). Soit une hausse de 30 % par rapport aux 190 €/hl de l’an passé. Si l’attentisme est de mise en cette période de vendange, « les esprits s’échauffent et les cours avec » résume Jean-Marc Lafont, le président de l’Union des Crus du Beaujolais, qui ne cache pas son inquiétude face aux perspectives de hausses rapides : « il y a un besoin de revalorisation, mais pas en montant les marches quatre à quatre ».

« Le Beaujolais a besoin de retrouver de la valeur, mais progressivement : il n’est pas bon de monter trop rapidement sur les prix » confirme Daniel Bulliat, le président de l’interprofession des vins du Beaujolais (InterBeaujolais), pour qui au-delà de 20 %, une hausse de prix devient difficile à expliquer aux consommateurs. Rappelant que « les acheteurs font les hausses et les vendeurs font les baisses », Daniel Bulliat souligne que la tension sur les stocks (tombés à 200 00 hectolitres de vin dans le Beaujolais au début de la campagne 2021-2022) implique des choix sur les orientations de production, et donc des craintes sur les capacités d’approvisionnement (entre primeurs et vins de garde).

250 €/hl pour les moûts à crémant

« Les cours vont augmenter, même si rien n’est défini » renchérit Olivier Richard, le secrétaire du syndicat des courtiers en vins de la Grande Bourgogne, qui note cependant un premier signal fort : la hausse du prix des achats de moûts de gamay pour les crémants, passés à 250 €/hl (contre 140 €/hl l’an passé). « Les acheteurs de moûts pour les crémants ont proposé des prix en hausse pour maintenir leurs contrats d’approvisionnement, s’ils étaient moins chers que le prix attendu des primeurs, il y aurait eu un désengagement. On peut y voir un prix de base » indique Olivier Richard.

S’il s’agit toujours d’une période charnière, et souvent tendue, la mise en marché des primeurs change d’une année à l’autre. Ainsi la situation du millésime 2021 se situe à l’opposé du cru 2020. Si l’an passé le négoce avait les clés du problème face aux incertitudes de marché et de commandes (fermeture des restaurants à cause du covid, hausses des prix d’expédition vers le Japon…), autant cette année c’est le vignoble qui mène la danse (avec une récolte s’annonçant réduite par le gel, la grêle, etc.). « Dans un sens comme dans l’autre, ce sont des déséquilibres. Ce que l’on voudrait, c’est réussir à mieux piloter, sans à-coups pour valoriser » indique Pierre Gernelle, le directeur de la Fédération des Syndicats de Négociants-Eleveurs de Bourgogne.

VCI et réserve interprofessionnelle

S’étant ouvert au Volume Complémentaire Individuel (VCI) ce millésime, les AOC Beaujolais et Beaujolais Villages pourraient envisager d’aller plus loin. « Le VCI doit être envisagé sérieusement au vu des irrégularités de récolte sur les cinq dernières années » indique Daniel Bulliat, qui se dit favorable en tant que producteur à la création d’une « réserve à l’intérieur des accords interprofessionnels au rendement AOC. On se rend compte besoin de ces outils pour gérer offre et demande. » Si la possibilité d’une réserve interprofessionnelle est aussi évoquée par le négoce, « à un moment c’est la nature qui a le dernier mot sur les rendements » prévient Pierre Gernelle.

"Risque de surchauffe"

En attendant, les hausses de cours ne se limiteront pas qu’aux primeurs dans le Beaujolais, mais avec des risques exacerbés de pénurie sur certaines appellations. Si elle n’est pas encore quantifiable, « la récolte 2021 sera plus faible que d’habitude. Mais il y aura des volumes pour alimenter le nouveau sans problème. L’enjeu sera sur ce qui reste pour alimenter les vins de garde » analyse Jean-Marc Lafont, qui craint pour les approvisionnements en Beaujolais Villages à court-terme. Rapidement, le Beaujolais « va manquer de vins en garde. Après l’embellie export, la vente des stocks de 2018 et de 2019, et la vente de toute la récolte 2020, il n’y a plus de stock » renchérit Olivier Richard, le courtier ajoutant qu’« avec une plus faible vendange et sans stock, ça va coincer. Les prix vont monter naturellement, il y a un risque de surchauffe du marché. »

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