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Grande distribution
Sans certification environnementale, "les vins conventionnels ont du mal à accéder au marché"

Intermarché convertit progressivement sa Marque De Distributeur aux vins certifiés bio, Haute Valeur Environnementale... et fait le pari du Zéro Résidu de Pesticide en partenariat avec la cave coopérative de Tutiac à Bordeaux.
Par Alexandre Abellan Le 21 septembre 2021
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Sans certification environnementale,
La MDD Expert Club représente 22,5 % des ventes du rayon vin Intermarché. « Une part importante. Le vin de marque Expert Club tire le rayon vin qui tire l’enseigne » pointe Pierre Scohy. - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
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Mise en marché depuis juin sous la marque Expert Club dans certains magasins Intermarché, la première gamme "Zéro Résidu de Pesticides" (ZRP) d’une Marque De Distributeur (MDD) s’est déjà écoulé à 75 000 cols. « Sur un objectif de 140 000 bouteilles commercialisées sur douze mois, on est très bien partis » annonce ce 20 septembre Pierre Scohy, le directeur de la filière vins d'Agromousquetaires (les unités de production d'Intermarché), lors d’un voyage de presse dans les vignes produisant ces vins ZRP : celles de la cave coopérative de Tutiac (520 adhérents pour 5 400 hectares). Déclinée en Bordeaux rouge (à un prix de vente de 3,89 €), Bordeaux rosé (4,19 €) et Côtes de Bourg rouge (4,89 €), cette première MDD sous label ZRP doit répondre aux évolutions rapides de la demande des consommateurs.

« Aujourd’hui, les vins conventionnels qui ne sont ni HVE [NDLA : certification gouvernementale Haute Valeur Environnementale], ni bio [réglementation européenne], ni ZRP [label privé du collectif Nouveaux Champs] ont du mal à accéder au marché » résume Pierre Scohy, qui souligne que face à la déconsommation de vin, « il faut apporter une autre dimension que le rapport qualité/prix pour vendre du vin ». Avec 105 références HVE sur 242 étiquettes, la marque Expert Club fait du label gouvernemental un « prérequis » indique le distributeur. Affichant résolument sa stratégie de transition agroécologique, cette gamme de MDD se heurte à la difficulté de communiquer intelligiblement la réalité de ces engagements aux consommateurs. Là où la certification HVE peine à s’affranchir de sa technicité, la démarche ZRP affiche une promesse client tout en lisibilité.

Obligation de résultat

« Le ZRP n’est pas simplement une analyse de cuve pour la libérer, c’est aussi la réduction des pesticides avec un usage plus respectueux » précise Éric Hénaux, le directeur général de Tutiac. « L’intérêt du ZRP, c’est son obligation de moyen (des listes de pesticides à ne pas utiliser) et surtout de résultat (des analyses de résidu sur chaque lot) » résume Stéphane Héraud, le président de la cave de Tutiac. Exploitant 75 ha de vignes certifiées HVE, le viticulteur s’est engagé dans la démarche ZRP et se convertit à la bio : « il n’y a pas de guerre à avoir entre les démarches » explique-t-il, mettant en avant la progressivité et la complémentarité des démarches, techniquement et économiquement : « la HVE c’est la porte d’entrée, mais ça coûte un peu d’argent. Le ZRP, ça coûte beaucoup ».

Si la rémunération des adhérents de Tutiac ne valorise pas la certification HVE (90 % des surfaces étant certifiée), les raisins ZRP et AB bénéficient de plus-value de +20 et +40 % pour répondre aux surcoûts de production. « Bio et ZRP sont des investissements personnels. On passe beaucoup de temps et de week-ends dans nos tracteurs et nos vignes. C’est aussi de l’argent, avec un investissement dans le matériel » témoigne Céline Martineau, vice-présidente de Tutiac. Exploitant 42 ha (en HVE et ZRP, en conversion bio), la viticultrice se souvient qu’elle désherbait précédemment son exploitation sur un quad en deux jours : sur le millésime 2021, la gestion mécanique des adventices l’aura mobilisée jusqu’en août.

Flexibilité

Éprouvant, ce millésime 2021 l’aura également été dans la gestion de la pression mildiou. Mais contrairement au bio ne laisse pas de place au moindre traitement conventionnel (sous peine de redémarrer trois ans de conversion), la démarche ZRP permet de sécuriser les rendements et tranquilliser l’esprit avec une certification à l’année (qui laisse la possibilité de mesures d’urgence faisant perdre le label sur le moment, mais permettant d’y revenir l’an prochain). « C’est une bouée de sauvetage de pouvoir traiter si on risque de perdre la récolte. Mais sur une année très compliquée comme 2021, on a pu aller jusqu’au bout de la démarche ZRP » note Stéphane Héraud. Alors que la précision des analyses de résidus va croissante, le viticulteur est confiant dans la capacité des vignerons à continuer à améliorer leurs pratiques. Et à produire dans la durée sous label ZRP.

Premier producteur en 2019 de vins labelisés ZRP, Tutiac compte rester pionnier indique Éric Hénaux. Qui pointe tout l’intérêt du label : il est transverse aux productions agricoles (étant porté par le collectif Nouveaux Champs, issu des fruits et légumes) et sera visible dans plusieurs rayons de la grande distribution, démultipliant sa notoriété. Chez Intermarché, on croit dans le potentiel commercial du label, tout en se montrant prudent. « Il est trop tôt pour tirer des conclusions. Il faut du temps et aller étape par étape » rapporte Pierre Scohy, qui attend qu’une année de commercialisation s’écoule afin d’évoquer une augmentation du nombre de références.

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