LE FIL

Paradoxe du Beaujolais

Des ventes qui progressent, mais un vignoble qui régresse

Lundi 26 juillet 2021 par Bérengère Lafeuille

Des ventes qui progressent, mais un vignoble qui régresse
- crédit photo : INter Beaujolais (Etienne Ramousse, 2018)
Alors que ses commercialisations se portent de mieux en mieux, le vignoble du Beaujolais affirme sa volonté de "retrouver la confiance" pour arrêter de perdre des hommes et des hectares.

Dans le Beaujolais, les chiffres commerciaux présentés sont encourageants lors de l'assemblée générale de l'interprofession (Inter Beaujolais). En volume comme en valeur, les ventes de vins, toutes appellations confondues, sont en hausse sur tous les segments de marché. Les exportations des douze derniers mois surpassent celles des deux campagnes précédentes, « avec un rythme de croissance phénoménal vers les Etats-Unis » souligne Philippe Bardet, vice-président de l’interprofession. Les ventes en grande distribution affichent la troisième meilleure progression des AOC françaises, derrière les vins d’Alsace et de Bourgogne. D’août à juin 2021, e cumul de toutes les sorties à la propriété atteignent 639 300 hectolitres, faisant de la campagne actuelle la plus performante des cinq dernières années. Enfin, « toute la presse parle bien de nous » se félicite le président de l’interprofession, Daniel Bulliat. Déclarant que « l’optimisme est de rigueur », il exhorte les professionnels à « retrouver la confiance ». Une confiance nécessaire pour inverser la tendance qui voit le vignoble beaujolais se réduire comme peau de chagrin.

Son prédécesseur, Dominique Piron, au moment de passer la main en janvier 2021, soulignait déjà cette délicate équation : « nous continuons à arracher par manque de valorisation, tout en sachant pertinemment que nous allons manquer de vin ». La feuille de route concoctée par le nouveau conseil d’administration d’Inter Beaujolais place la barre assez haut. « Le vignoble Beaujolais doit atteindre 15 000 hectares et produire 600 à 750 000 hl à la fin de notre mandature : c’est un objectif majeur sous peine de perdre nos référencements dans les linéaires, chez les cavistes et à l’export » lance Philippe Bardet. Un défi de taille, pour ce vignoble qui couvrait à peine 14 500 ha en 2020, et dont 250 ha sont arrachés chaque année.

Inverser la tendance

Premier axe de travail : arrêter de perdre des hommes et des hectares. « La moitié des exploitations est à transmettre dans les dix ans » souligne Marc Robin, chargé de mission à la chambre d’agriculture du Rhône. Il rappelle au passage l’enjeu pour l’économie des territoires : « un viticulteur génère sept emplois ». Une enquête sera diligentée auprès des 800 vignerons de plus de 50 ans afin d’identifier et accompagner une centaine d’entre eux dans la transmission de leur exploitation. Dans le même temps, les jeunes et porteurs de projet seront accompagnés dans leur parcours d’installation. « On va aussi travailler à augmenter l’offre en bâtiments en sensibilisant les élus et en proposant des solutions de bâtiments mutualisés : cuvages partagés, hameaux viticole… » poursuit Marc Robin. Des pépinières d’entreprises viticoles sont également en projet.

Mais la réduction des surfaces plantées n’est pas la seule menace pour le vignoble. « Nos volumes de production sont aussi impactés par les aléas climatiques » souligne Daniel Bulliat. C’est pourquoi la feuille de route prend le changement climatique à bras le corps. Côté adaptation, plusieurs expérimentations sont pilotées par le centre de recherche Sicarex Beaujolais, portant notamment sur l’irrigation, le matériel génétique et les modes de conduite (diminution de haies foliaires, filets d’ombrage, etc.) Côté atténuation, l’accent est mis sur le stockage de carbone dans le sol – d’autant que cette mesure a également un intérêt agronomique.  

 

 

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ASC OENOLOGUE PROTRIETAIRE Le 02 août 2021 à 18:49:06
Bonjour, En tant qu'oenologue de formation, propriétaire en Beaujolais, je troue déplorable les déclarations de Monsieur BARDET qui se préocupe de ses référencement en linéaire et beaucoup moins de la valorisation du travail de viticulteurs. Effectivement lorsque l'on paye 180 Euro de l'HL et que cela cout 230 à produire croyez vous que les gens veuillent continuer à travialler pour rien. La Maison Loron doit comprendre que les viticulteurs du Beaujolais même s'ils ne comptent pas leurs heures doivent être rémunérés à la juste valeur de leur produit (raisin). C'est comme celà que l'on donnera envie aux jeunes de reprendre le flambeau de ceux qui partent à la retraite. Par curiosité faite le tour des ECOVIGNE local et demandez combien de viticulteurs partirons ces prochaines années sans qu'il y ai de repreneurs et vous verrez que les arrachages ne sont pas terminés. J'ai vu la rémunération de mes fermages baisser de 30% en 2 ns alors qu'il n'y a plus de vin et que c'est la première fois en 30 ns que l'on assiste à un demande supérieure à l'offre.... la raison est simple, les mercuriales qui fixe le prix des fermage montre un baisse du prix du vin ces 2 dernières année 2018 et 2019 dóù cette baisse des fermage. C'est symptomatique d'un négoce qui depuis 40 ans se moque des viticulturs et d'un grande distribution qui pense que le Beaujolais ne doit pas augmenter ces prix. Le Beaujolais a fait beaucoup d'effort depuis 10 ans, reconstruit son vignoble, regagne le coeur des clients et des journalistes avec toujours plus de reconnaissance et c'est donc le moment de permettre à ses viticulteurs d'avoir une meilleure rémunération. Sans cette meilleure rémunération il n'y aura pas d'attractivité auprès des jeunes pour reprendre des vignes et le vignoble continuera à régrésser au niveau de sa surface et donc perdra de la lisibilité dans les linéaires. Monsieur Bardet, ne dites pas aux gens vous devez replanter et racheter les vignes qui se vendent, mais plutôt dites, le négoce va vous aider, nous vous avons compris et nous allons mieux rémunérer les viticulteurs pour que le vignoble perdure, c'est ce message que vous devez faire passer. Bien à vous.
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