LE FIL

Millésime 2021

L’oïdium arrive en trouble-fête dans les vignes du Languedoc

Lundi 26 juillet 2021 par Michèle Trévoux
Article mis à jour le 28/07/2021 09:00:27

Pour les parcelles épargnées, le millésime s'annonce beau.
Pour les parcelles épargnées, le millésime s'annonce beau. - crédit photo : Michèle Trévoux
Le millésime 2021 s’annonce avec une semaine de retard sur 2020. L’état sanitaire, jusqu’ici très correct, pourrait se dégrader sous la virulence des attaques d’oïdium. Le volume de la récolte est très compliqué à apprécier.

Rarement les prévisions de récolte auront été aussi périlleuses que cette année. Et rares sont les techniciens qui s’y hasardent. « Le gel a créé beaucoup d’hétérogénéité au sein du vignoble. Certaines parcelles ne seront pas vendangées car le gel a pratiquement tout râclé, dans d’autres secteurs gelés certains bourgeons sont repartis et il y a aussi des vignes qui ont été totalement épargnées et qui feront une belle récolte. On peut avoir ces trois cas de figure sur une même propriété. Dans ces conditions, les prévisions sont hasardeuses » confie Giacomo Pina, consultant viticole de l'Institut Coopératif du Vin (ICV) dans l’Aude.

Anne Sandre, responsable du pôle viticulture à la chambre d’agriculture du Gard, est tout aussi prudente : « Le gel a fait des dégâts d’une intensité très variable dans le département. On sait que la récolte sera petite, mais dans quelles proportions ? c’est très difficile à apprécier ». Dans l’Hérault, Thomas Gautier, consultant viticole à l’ICV, ose s’avancer. « Au moment du gel, on a pensé qu’on aurait une récolte catastrophique, mais certains cépages comme le merlot ont finalement bien repris. Il y a eu un peu de coulure sur le grenache et le merlot. On va rester sur une petite récolte, avec une baisse de 30 à 40% » estime-t-il. Gabriel Ruetsch, en charge du Service Agronomie chez Les Vignobles Foncalieu, table sur le même niveau de production pour les vignes qu’il suit, de Carcassonne à l’ouest de Montpellier.

Forte pression oïdium

L’état sanitaire est à ce jour satisfaisant dans l’ensemble. Le mildiou n’a pas donné de fil à retordre cette année et a été bien maîtrisé. En revanche, l’oïdium est beaucoup plus virulent et a occasionné des dégâts. « Les chardonnay ont été les plus touchés. Dans les secteurs que je suis dans l’Hérault, j’ai observé peu à beaucoup d’oïdium sur 65 à 75 % des vignes de chardonnay. Ces attaques vont avoir un impact tant quantitativement que qualitativement » signale Thomas Gautier. Dans le Gard, Anne Sandre met en garde contre la troisième génération de vers de la grappe. « La deuxième génération a déjà été assez importante. Il faut surveiller la troisième. Tout comme les cryptoblabes. On en piège dans le sud du département ».  

Jusqu’ici, le vignoble n’a pas trop souffert de stress hydrique. « Même si les nappes phréatiques sont basses après un hiver très sec, nous avons eu des pluies et quelques petits orages qui ont jusqu’ici assuré une bonne alimentation hydrique de la vigne. Nous avons beaucoup moins de stress hydrique que l’an dernier à la même époque » relève Anne Sandre. Giacomo Pina fait le même constat. « Nous avons moins de stress qu’on aurait pu le craindre au vu de la faible pluviométrie hivernale. Mais les fortes chaleurs de cette semaine risquent de changer la donne. On observe déjà des vignes qui soufrent sur les côteaux et dans les terres maigres ». Gabriel Ruetsch, lui, s’inquiète de la forte contrainte hydrique observée dans les Corbières et tout le secteur entre Narbonne et Carcassonne. 

7 à 10 jours de retard sur 2021

A ce jour, les vendanges 2021 s’annoncent avec 7 à 10 jours de retard sur 2020, qui était un millésime particulièrement précoce. « Il va falloir surveiller de très près les maturités car dans les vignes gelées avec peu de charge, ça pourrait aller très vite. Nous prévoyons un début des vendanges avant le 15 août » avance Gabriel Ruestch. Pour Thomas Gautier, la date de récolte s’annonce comme un casse-tête. « Ça va être le bazar, car la situation est très hétérogène. On s’attend à de mauvaises surprises avec les contrôles de maturité avec des différences entre les analyses faites au vignoble et celles que nous aurons dans les cuves. Il faudrait augmenter l’échantillonnage pour réduire la variabilité. En tout cas, nous invitons nos clients à renforcer le travail de sélection parcellaire car toutes les cartes sont rebattues cette année. Les ordres de récolte seront chamboulés. »

 

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