LE FIL

Tapis rouge et futur vert

Les champagnes Telmont prennent le virage du bio et de la consigne

Vendredi 30 juillet 2021 par Laurie Andrès

Bertrand L’Hôpital (à gauche) et Ludovic du Plessis (à droite) dans le vignoble de la Maison Telmont.
Bertrand L’Hôpital (à gauche) et Ludovic du Plessis (à droite) dans le vignoble de la Maison Telmont. - crédit photo : DR
Après avoir fait l’acquisition d’une part majoritaire de la maison Telmont (ex J. De Telmont) en octobre 2020, le groupe Rémy Cointreau poursuit la refonte de cette maison familiale à Damery (Vallée de la Marne) en y inscrivant une démarche environnementale ambitieuse.

Signe que tout est en train de changer - la « petite » maison de Damery accomplit sa mue. Débarrassée de sa particule (c’est arrivé à Castelnau aussi), cette mutation se déroule sous l’oeil vigilant de Ludovic du Plessis, nommé président de celle que l’on appelle désormais sobrement Telmont. Passé par Dom Perignon, Moët & Chandon (groupe LVMH) et ex-directeur de la maison de cognac Louis XIII (groupe Rémy Cointreau), Ludovic du Plessis, en communicant averti, a orchestré des campagnes de communication audacieuses mettant en scène des stars internationales comme l'acteur John Malkovich ou le chanteur Pharrell Williams.

Mais loin du strass et des paillettes, c’est la stratégie environnementale que met en avant le président de la maison Telmont. Insufflé par le groupe Remy Cointreau, le plan « Exception Durable 2025 » se matérialise désormais à Damery avec trois grandes lignes : l’agriculture durable, la réduction des émissions carbone et l’écoconception.

100 % bio en 2031

Baptisé « Au nom de la Terre » (In Nomine Terrae) , le plan environnemental déroule des objectifs ambitieux. Le plus remarquable, sans doute, est l’objectif fixé d’emblée de la nouvelle maison d’avoir 100 % de ses surfaces en viticulture biologique en 2031.

Avec une surface en propre de 24,5 hectares complétée de 56,5 hectares d’approvisionnement, la maison Telmont engage un « sprint » - il faut 3 ans pour obtenir une certification en viticulture biologique, sans compter le vieillissement minimum de 15 mois pour les bruts, 36 mois pour les millésimés avant la commercialisation -, la course à la révolution verte promet d’être épuisante, ce qui n’effraie pas Ludovic du Plessis : « Bertrand L’Hôpital (ex-vigneron propriétaire exclusif de la maison Telmont, chef de culture et responsable du vignoble sous l’ère Cointreau) a fait un travail remarquable et a abandonné les herbicides depuis 1999. Aujourd’hui, 72 % des 24,5 hectares du domaine Telmont sont en agriculture biologique (AB) ou en conversion. 100 % seront certifiés en 2025. »

Quant aux vignerons partenaires de la maison, ils seront invités et accompagnés vers un passage en agriculture biologique (39 % aujourd’hui le sont déjà ou sont en voie de conversion). Cette bio-attitude assumée sera aussi accompagnée d’un développement de la biodiversité aussi bien dans les vignes que dans les espaces naturels attenants. Dans cette perspective, 2 500 charmilles - haies végétales composées de charmes, arbres voisins du hêtre, utilisés comme barrières naturelles contre les ravageurs -, seront mises en place d’ici trois ans pour constituer des « hôtels à insectes » dans les vignes et ainsi préserver la diversité faunistique.

"La bouteille rien que la bouteille"

Autre mesure forte qui préoccupe la Maison Telmont, plus généralement les champenois, le packaging accompagnant la bouteille.

Depuis son arrivée, Ludovic du Plessis a fait une croix sur ce qu’il juge superflu et a pris une décision radicale. Les bouteilles sont désormais presque nues, emballées avec un simple papier de soie. « C’est un vrai parti-pris, nous n’en avons pas besoin. Pour arriver à une neutralité carbone, il faut réduire drastiquement les étuis et les gift boxes qui représentent aujourd’hui 50 % de notre bilan carbone » affirme t-il. Une mesure concrète facilement applicable mais aussi un appel du pied à la filière champenoise.

« Notre bouteille est faite avec 85 % de verre recyclé, le poids de la bouteille est une cause environnementale de la Champagne, ce n’est pas un sujet "maison", ça serait génial si on pouvait tous suivre ce chemin -là » ajoute Ludovic du Plessis.

Alors même que la question de la consigne a fait débat en première lecture au Sénat  et que la filière interdit dans son cahier des charges un réemploi des bouteilles, la maison Telmont souhaite à terme développer des points de collecte pour les bouteilles usagées un peu partout dans le monde, surtouts dans les grandes villes. Inutilisables au sein du circuit traditionnel de production de la Champagne, ces bouteilles seraient destinées aux industries de cidrerie et autres boissons n’imposant pas de règles concernant la consigne.

Tapis rouge

Ce changement radical de « la belle endormie » semble avoir déjà porté ses fruits. La Maison Telmont, outres ses grandes ambitions environnementales, s’est fait une place lors du 74ème festival de Cannes en devant le fournisseur officiel du festival après Piper-Heidsieck (acquis par le groupe Rémy Cointreau en 1988 puis revendu en 2011 au groupe EPI, holding de la famille Descours), maison qui occupait la place depuis 28 ans. Une prouesse pour une « petite maison » qui commercialise 300 à 400 000 bouteilles par an, mais qui semble avoir trouvé en Ludovic du Plessis, proche du réalisateur Spike Lee et d’autres personnalités du septième art, un ambassadeur de choix.

Loin de Cannes, après les épisodes pluvieux particulièrement intenses observés au mois de juin donnant lieu à une forte pression de mildiou, le président de la maison, imperméable sur le dos, ne peut que constater les dégâts. Mais pas de quoi contrarier le grand projet initial à la charge d’un homme qui dit avoir « les pieds (dans) et sur la terre ».

 

Mesure connexe au plan environnemental engagé par la maison Telmont, les bouteilles sont désormais toutes numérotées et affichent les informations liées à la composition des vins. DR.


 

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