LE FIL

Saine émulation

Des vignerons libanais œuvrent à la création d’une indication géographique

Lundi 19 juillet 2021 par Sharon Nagel

La vigne bénéficie de conditions de culture idéales au Liban avec une bonne pluviométrie, des terroirs variés et une altitude élevée qui compense les effets de la chaleur
La vigne bénéficie de conditions de culture idéales au Liban avec une bonne pluviométrie, des terroirs variés et une altitude élevée qui compense les effets de la chaleur - crédit photo : Olivier Nasles
Au moment où la Russie crée la polémique autour de l’appellation Champagne, d’autres pays cherchent à s’inspirer du modèle français pour mieux encadrer leur production. Exemple au Liban.

« Au Moyen Age, les vins de Tyr et de Sidon, situés au Liban actuel, figuraient parmi les cuvées les plus chères et les plus recherchées au monde » notae Hugh Johnson dans son Histoire Mondiale du Vin. Comme en Syrie voisine, la culture de la vigne est ici plusieurs fois millénaire, mais s’est souvent heurtée à des difficultés de tous ordres. Il en est de même dans le domaine des indications géographiques, devenues une Arlésienne pour une poignée de domaines qualitatifs, dont le célébre château Kefraya. Mais peut-être qu’un vigneron provençal pourra permettre l’instauration d’un système d’IG.

Olivier Nasles, président du syndicat des Coteaux d’Aix-en-Provence, s’est rendu récemment au Liban dans cet objectif. Participant à une mission organisée par l’Ambassade de France en tant qu’expert, il a échangé avec cinq domaines* dans la plaine de la Bekaa pour mettre en place un cahier des charges, faisant suite à une visite de terrain l’an dernier par des agents de l’INAO (Institut National de l'Origine et de la Qualité). « Comme il n’y a pas de loi, l’objectif est de déposer une IG sous forme de marque privée collective en droit international avec un cahier des charges » explique Olivier Nasles. Dans un deuxième temps, il s’agirait d’obtenir une reconnaissance européenne : « le Liban a des accords privilégiés avec l’Union Européenne, donc celle-ci a la possibilité de reconnaître l’IG ». Une consécration qui pourrait intervenir à horizon cinq ans, sous réserve que la procédure actuelle suive son cours sans heurts.

Une bulle foncière

Dans l’immédiat, l’objectif est de faire accepter les différentes conditions du cahier des charges, sachant que, hormis leurs ambitions qualitatives, les domaines en question se ressemblent peu : si le château Kefraya élabore quelque 15 000 hectolitres par an, d’autres domaines sont plus proches de quelques centaines d’hectolitres. Une divergence qui est à l’image du pays lui-même : « le Liban est le pays de tous les contrastes » note le vigneron provençal. « Un hectare de terre nue dans la vallée de la Bekaa vaut 300 000 euros, tant la demande sur le foncier de la part de pays comme l’Arabie Saoudite est importante ».

La présence de familles fortunées se ressent aussi dans le domaine du vin : l'ancien PDG de Renault Carlos Ghosn a des parts dans le domaine Ixsir et la famille libanaise Saadé est très présente, pour ne citer qu’eux. Il n’empêche que sans législation sur les fraudes, le secteur du vin se trouve exposé, d’où l’initiative de ces cinq domaines. La marque privée – dont le nom ne peut être divulgué encore, mais qui sera prononçable en français et en anglais – doit être déposée d’ici le mois de septembre. Les enjeux reposent bien évidemment sur la valorisation des différents terroirs et l’optimisation de la diversité au sein du vignoble libanais, mais également sur la volonté de proposer aux consommateurs, y compris libanais, une traçabilité sur la provenance des produits. Des valeurs qui reflètent bien l’imprégnation de la culture française au Liban, et qui continuent de faire des émules à travers le monde, n’en déplaise à la Russie.

 

* : Ils s'agit du château Marsyas, du domaine Terre Joie, du château Qanafar, du domaine Latourba et du château Kefraya.

 

Un petit pays viticole par sa taille

Le Liban produit entre 8 et 9 millions de bouteilles de vin par an sur un vignoble de 2 120 hectares, l’essentiel étant concentré dans la vallée de la Bekaa à une altitude d’environ 1 000 mètres. Aux côtés des cépages internationaux, les vignerons libanais ont beaucoup développé les variétés autochtones ces dernières années.

 

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