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Réchauffement climatique
Des pistes pour gérer le manque d'eau à la vigne

La 23ème édition de Vignoble & Qualité, conférence technique organisée par les champagnes Nicolas Feuillatte, a porté sur les conséquences des sécheresses récurrentes sur les vignes. Plusieurs pistes ont été évoquées pour faire face au manque d'eau : des couverts végétaux moins concurrentiels à d'éventuelles modifications des cahiers des charges.
Par Aude Lutun Le 08 juillet 2021
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Des pistes pour gérer le manque d'eau à la vigne
Encore modérée, la contrainte hydrique dans le vignoble champenois est appellée à s'aggraver avec le dérèglement climatique. - crédit photo : CV-CNF (Christophe Didier et Guillaume Roffiaen de Nicolas)
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ême si la Champagne ne risque pas de souffrir de sécheresse ce millésime 2021, avec un mois de juin très pluvieux, la problématique du manque d’eau est bien réelle sur le long terme. La température moyenne a progressé de 1,3 °C en soixante ans à Epernay. Le volume des précipitations reste stable, à environ 700 mm d’eau par an, mais la saisonnalité des pluies est beaucoup plus marquée, avec des étés plus secs. « Le climat de la Champagne actuelle ressemble au climat méditerranéen d’il y a trente ans » résume Etienne Neethling, enseignant chercheur à l‘ESA d’Angers. La nature du sol a bien-sûr un rôle important dans la capacité à avoir des réserves en eau plus ou moins utilisables. Les réserves sont plus faibles en terrain sableux qu’argileux. La gestion de l’eau dans les sols crayeux n’est pas encore bien modélisée.

Parmi les modèles permettant d’anticiper un déficit hydrique, Constance Demestihas, chef de projet au service Vigne du Comité Champagne, a présenté le modèle STICS, qui intègre le bilan hydrique et tient compte des caractéristiques du sol, du travail du sol et d’un prévisionnel à 7 jours. « Nous misons beaucoup sur ce modèle car il intègre la variabilité des sols, précise-t-elle. Cela va aider les professionnels à gérer leur fertilisation et leurs couverts végétaux ». Sur le sujet des couverts végétaux, Vivian Zufferey, chercheur à l’Agroscope en Suisse, a montré l’intérêt de recourir à des couverts à faible croissance, comme le brome des toits (Bromus tectorum), qui sèche et forme un tapis en été pour reverdir fin août. Des essais menés ont été menés sur le cépage chasselas avec le mélange MCS4a* (brome des toits, lotier corniculé, luzerne lupuline, pâturin compressé, brunelle commune et sanguisorbe), issu de 20 ans de recherche. Ils montrent que ce mélange entraine une contrainte hydrique modérée.

Autres leviers

Les leviers pour gérer au mieux le déficit en eau sont multiples. Stéphane Follain, enseignant chercheur à AgroSupDijon, a rappelé l’importance d’éviter la compaction du sol. « Ce n’est pas original mais cela a été oublié pendant longtemps, précise-t-il. Il y a de nombreux paramètres que les vignerons ne peuvent pas gérer. Mais il y en a un que l’on peut essayer de maîtriser, c’est la structure de son sol ». Géraldine Uriel, chef de projet matériel végétal au Comité Champagne, a mis en avant que « le porte-greffe est un véritable outil d’adaptation au manque d’eau. En Champagne, le 41 B représente 83 % des surfaces. Il est temps de se poser la question d’élargir notre intérêt pour d’autres porte-greffes plus adaptés, en allant voir aussi ce qui se passe à l’étranger ».

Quant à Jacques Gautier, inspecteur national INAO, il a précisé « qu’un cahier des charges d’AOC n’est jamais figé ». La stratégie nationale de la filière viticole face au changement climatique, qui est en cours de finalisation, prévoit de faire évoluer la réglementation spécifique à l’irrigation des vignes, à supprimer la date limite du 15 août et à simplifier la réglementation.

 

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