LE FIL

La sommation de l’abstention pour la filière vin

Vendredi 02 juillet 2021 par Alexandre Abellan
Article mis à jour le 05/07/2021 06:25:33

Les élections régionales et départementales passées, les records d’abstention enregistrés semblent déjà banalisés, pour ne pas dire oubliés, par les politiques et citoyens. Cuisante, cette défaite démocratique témoigne d’une forme de désintérêt individuel croissant pour la chose collective. Un trait de l’époque qui doit servir d’alarme à la filière vin. Si des syndicalistes viticoles se targuent parfois de représenter 100 % du vignoble (l’adhésion aux Organismes de Défense et de Gestion étant obligatoire pour bénéficier des AOP et IGP), la rupture générationnelle qui se prépare doit non seulement être anticipée pour son défi foncier de transmission, mais aussi par l’apparent mouvement de retrait des plus jeunes face à leurs institutions professionnelles.

Cette forme d’abstention dans la participation et l’implication des structures est combattue par de nombreuses initiatives (notamment les relances et renforcements des sections jeunes, avec plus de marges de manœuvres) et de nouvelles figures syndicales émergent parmi les moins âgés. Mais il reste des signaux faibles, et on continue de percevoir un manque chronique de relève parmi les élus de certains syndicats et même d’interprofessions…

Si cette tendance, encore embryonnaire, se confirme, certains mandats pourraient devenir de véritables patates chaudes. La faute au manque de temps disponible pour le collectif alors que la surcharge pour sa propre entreprise est grande (ce qui explique en partie la forte présence des représentants de groupes internationaux et coopératifs dans les principales instance). La faute aussi à un décalage entre la recherche d’un compromis collectif et des orientations politiques individuelles parfois radicales (notamment sur les critères environnementaux ou les visions des AOC). Sans oublier la faute au mille-feuille institutionnel de la filière vin, qui n’a rien à à envier à celui administratif.

Alors que les vignobles de France sont à la croisée des chemins, le besoin d’injecter du sang neuf est cruciale pour la filière. Ce qui passe par la démonstration du pouvoir des mandats, en témoigne la vitalité politique de la génération actuelle de dirigeants de la filière, des aides locales après le gel à l’aboutissement des négociations européennes sur la Politique Agricole Commune. Une autre solution est esquissée en Champagne, dont le fonctionnement institutionnel est souvent cité en exemple, avec le syndicat du négoce qui innove en titularisant son directeur au poste de président l'an prochain. Une formule techniquement efficace, à défaut d’être totalement satisfaisante démocratiquement.

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pg Le 03 juillet 2021 à 09:37:54
Peut-être que l' abstention serait moindre si les politiques ne passaient pas leur temps à ne pas faire ce qu'ils ont clamé pendant les campagnes électorales ? Au bout d' un certain nombre de mensonges , au fil des scrutins , qui ne serait pas lassé. A quoi bon? On pourrait disserter pendant des heures sur le sujet ... Et, si les jeunes ne s'impliquent pas dans les instances professionnelles et qu'on y voit les grands groupes privés et les coop , c' est peut-être que ces derniers sont payés pour siéger ? Il serait temps d' envisager une indemnisation de nos représentants ou que l' on paye des gens pour nous représenter. Mais j' aborde un sujet tabou : payer un bénévole... Bénévole qui , soit dit en passant, travaille pour la communauté. Communauté qui ne lui rend pas toujours. Certes, nos représentants ne sont pas forcement ceux que l'on souhaiterait . Mais les élections existent pour rebattre les cartes ? Vive la démocratie . Mais même en démocratie , nos élus sont "indemnisés" . Alors , pourquoi pas nos représentants syndicaux ? J' entends déjà les cris. " ils font ça pour le fric". "Tous pourris". "carriéristes". Etc.. Venez donc bénévolement travailler chez votre président de syndicat pendant qu'il défend les intérêts de votre appellation . Là , il y a tout de suite moins de cris . Et surtout moins de volontaires... Etre représentant professionnel est usant . Vous devez , non seulement veiller à la bonne marche de votre vignoble . Mais aussi , penser au syndicat. Ca fait parfois beaucoup ! Viticulteur ( vendeur direct) , c'est faire tellement de métier en un . Vous rajoutez celui d' élu professionnel . Et là , il faut vraiment avoir la tête bien ordonnée et des nerfs d' acier . Alors , chapeau bas , Messieurs nos Professionnels . Fort heureusement , vous êtes passionnés. Comme chacun sait , la passion est enrichissante ! Alors , une indemnité , pourquoi faire ?
Viti Le 02 juillet 2021 à 15:00:31
Peut-être un aveu d'échec ? Devant toute les ambitions affichées, le syndicat se heurte à la complexité de la filière, son millefeuille institutionnel et administratif, avec un manque de pouvoir. Au niveau de la représentation collective, quels sont les syndicats qui demande l'avis des vignerons avant de prendre des décisions ? Le processus pourrait être plus démocratique. On parle surtout de l'abstention des jeunes, mais il serait intéressant de faire un sondage pour connaître la satisfaction actuelle des vignerons quand à leur syndicat. Cela n'est jamais fait. Et voir les axes d'amélioration en intégrant le plus grand nombre de personnes. Le président est une force individuelle devant mettre en jeu le collectif, ce qui n'est pas toujours le cas.. Enfin, vu le travail que représente un domaine viticole, il me parait difficilement conciliable de gérer une entreprise et un mandat. Autant de raisons expliquant cette tendance.. Pourquoi ne pas envisager des présidences avec des fonctions partagées selon les thèmes choisis ?
DARIUS Le 02 juillet 2021 à 14:41:44
Les citoyens font semblant de voter et les élus font semblant de gouverner. La machine administrative a pris le pouvoir depuis bien longtemps sur les élus et j'en suis arrivé au même point que les électeurs des élections régionales : voter ne sert à rien tant pour les élections nationales que pour nos organes de cogestion très complexes mis en place par l'état. Enfin pas tout à fait à rien. Cela permet de mettre un peu d'huile dans les rouages et d'éviter quelques a coups. Mais c'est tout. Un dernier point: cet empilement complexe de structures si nombreuses sert à justifier qu'elles ne décident de rien.
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