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Choix stratégiques

L'AOC Languedoc questionne l'avenir des vins rosés

Vendredi 02 juillet 2021 par Michèle Trévoux

Jean-Benoît Cavalier, président de l'AOC Languedoc : 'On ne déclare en rosé que les volumes de vin que l’on sait vendre »
Jean-Benoît Cavalier, président de l'AOC Languedoc : 'On ne déclare en rosé que les volumes de vin que l’on sait vendre » - crédit photo : Michèle Trévoux
L’AOC Languedoc est portée par la belle dynamique du marché du rosé. Réunis en Assemblée Générale ce mercredi 30 juin, les producteurs se sont interrogés sur les menaces et opportunités d’une telle évolution.

Le rosé a été au cœur des débats de l’Assemblée générale de l’AOC Languedoc qui s’est tenue le 30 juin au Mas de Saporta. Est-il pertinent de devenir une AOC de rosé, se sont interrogés les producteurs ? Dans son rapport moral, Jean-Benoît Cavalier, le président du syndicat a souligné la montée en puissance du rosé au sein de l’appellation depuis 5 ans.

Le rosé, couleur dominante

Lors de la campagne 2015-2016, le rouge représentait encore 60 % du volume des sorties de chai, les rosés étaient à 30% et les blancs à 10%. Depuis 5 ans, la dynamique du marché rosé a inversé la tendance : les rosés sont aujourd’hui la couleur dominante avec 56% des sorties de chai sur la campagne 2020-2021 alors que les rouges ont chuté à 35 %. Les volumes commercialisés en rosé durant cette campagne (167 000 hl) équivalent à ceux des rouges lors de la campagne 2014-2015. Cette évolution va de pair avec une implication de plus en plus forte du négoce dans la commercialisation de l’AOC Languedoc. Au début des années 2000, 60 % des volumes de l’AOC Languedoc était commercialisé par les producteurs, 40 % par le négoce. Aujourd’hui la part des producteurs s’est réduite à 30%, alors que le négoce assure la vente de 70% des volumes. L’engagement du négoce est encore plus marqué en rosé : 78 % des volumes sont commercialisés par ses soins. Faut-il se réjouir de cette dynamique ? Les producteurs sont partagés.

Implication du négoce

« Le négoce est fortement impliqué dans notre appellation, mais il est important que les producteurs continuent à s’investir et développer une offre producteur chez les cavistes et en CHR », a exhorté Jean-Benoît Cavalier. Autre préoccupation : la lisibilité de la mention AOC Languedoc sur les étiquettes. Le développement de marques fortes par le négoce conduit souvent à mettre ces signatures commerciales en avant au détriment de la mention d’origine. « C’est une évolution dangereuse pour notre AOC. Nous perdons en visibilité et en notoriété. Le conseil d’administration de l’ODG s’est saisi de cette question et réfléchit à l’introduction de règles concernant l’étiquetage dans notre cahier des charges », a annoncé le président. Enfin l’essor du rosé soulève également des questions sur la perte de valorisation pour les producteurs, les cours du rosé (132 €/hl, -7€/hl par rapport à la campagne précédente) étant inférieur à celui des rouges (139 €/hl). Pour ne pas renouveler l’erreur du millésime 2018 où la production de rosé avait bondi sans que les ventes suivent, Jean-Benoît Cavalier a invité les producteurs à la prudence pour la prochaine récolte « On ne déclare en rosé que les volumes que l’on sait vendre », a-t-il recommandé.  

Autre fait marquant, les ventes d’AOC Languedoc rouge, en recul constant depuis 2014, se sont stabilisées au niveau de la campagne précédente (105 000 hl). « Un signe positif alors que la tendance est plutôt à la baisse pour la consommation de vins rouges en France », a souligné Jean-Benoît Cavalier

 

 

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