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Le seul gel désiré par la filière vin

Par Alexandre Abellan Le 18 juin 2021
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Le seul gel désiré par la filière vin
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’élégant aphorisme de l’ancien président Jacques Chirac est bien connu : les ennuis ne volent pas en solitaire, mais en groupe serré. Après une succession inédite de difficultés, l’annonce d’une prolongation de cinq ans de la suspension des taxes sur les vins et spiritueux français sur le marché américain était une nouvelle tellement espérée, qu’elle en était inattendue ce mardi 15 juin. S’inscrivant dans le temps, ce gel des mesures de rétorsion transatlantiques permet de donner une visibilité qui faisait défaut à la filière vin ces derniers mois. Tout l’enjeu pour la Commission Européenne et le Bureau du représentant américain au Commerce est désormais de négocier l’atterrissage définitif de l’un des plus anciens conflits commerciaux au monde, en cours depuis 17 ans. Pour les exportateurs français, le défi est désormais de reconquérir les parts de marché mises à mal sur le premier marché mondial de consommation par la concurrence (notamment italienne). Ce travail s’annonce colossal, mais pourra s’appuyer sur les partenariats noués avec la distribution américaine lorsqu’il fallait partager le surcoût des droits douaniers afin de limiter la hausse des prix de vente.

Si un retour à la normale se dessine sur le marché américain, la filière vin n’en a pas fini avec les tuiles qui s’enchaînent ces dernières années. La crise covid continue de peser sur les trésoreries des opérateurs et, malgré les alertes répétées, le gouvernement n’a pas encore arbitré d’année blanche bancaire pour les encours étouffant les capacités de relance des entreprises. Après le gel de printemps, la coulure donne un nouveau coup au moral de nombreux vignerons, appuyant la nécessité d'une réforme de l’assurance-récolte. La remise en cause du French paradox et les nouvelles attaques hygiénistes contre la consommation de boisson alcoolisée restent un point de vigilance crucial pour l'avenir de la filière vin.

A l’horizon, des menaces géopolitiques menacent encore, avec les négociations transatlantiques en cours sur les dossiers de la surproduction d’acier et d’aluminium, de la taxation des géants du numérique… En matière de commerce extérieur, le vin reste la victime toute désignée pour taper dans le portefeuille européen et le symbole de l’art de vivre français. Pour prévenir de nouvelles attaques dévastatrices, la filière vin doit continuer de peser dans les priorités diplomatiques françaises et rappeler à l’Union Européenne l’important coût que ces mesures de rétorsion ont eu sur sa compétitivité. Les demandes de fonds de compensation restent fortes pour les vignerons et négociants, qui auraient bien besoin de ces aides pour relancer leurs commercialisations sur le marché américain. Ce dégel serait une décision tellement inespérée qu’elle reste actuellement plus qu’inattendue. Espérons que la détente actuelle se poursuivra pour soulager la filière vin de ces multiples poids. Et que rapidement les négociants et vignerons puissent chantonner comme Aznavour : « mes emmerdes aujourd’hui, quand j’y pense, avaient peu d’importance et c’était le bon temps ».

 

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