LE FIL

Grand Sud

Jamais le gel n’avait autant amputé la vendange

Jeudi 17 juin 2021 par Marion Bazireau

A gauche, des bourgeons primaires de carignan non gelé. A droite, un rameau issu d’un bourgeon de la couronne avec une petite grappe secondaire.
A gauche, des bourgeons primaires de carignan non gelé. A droite, un rameau issu d’un bourgeon de la couronne avec une petite grappe secondaire. - crédit photo : ICV
Les comptages réalisés par plusieurs consultants viticoles mettent en évidence une baisse historique du nombre de grappes. La récolte sera aussi impactée par la petite taille des grappes secondaires.

Le gel a bien fait des ravages ce printemps dans le vignoble. Dans le Gard, les comptages réalisés par les consultants de l’Institut Coopératif du Vin (ICV) sur 100 parcelles de grenache, syrah, cabernet sauvignon, merlot, chardonnay, et sauvignon mettent en évidence une baisse historique du nombre de grappes.

« Avec 13,5 inflorescences par souche en moyenne, la sortie 2021 est inférieure de 15 % à celle de 2020, déjà impactée par le gel, et de 24 % par rapport à la moyenne des dix dernières années. Par le passé, aucune année de gel n’avait eu d’impact aussi marqué sur le potentiel de récolte du département » rapporte Bernard Genevet.

Les bourgeons débourrés après le gel ont été très peu fertiles. « On note une rupture très nette au-delà de 50 % de jeunes sarments gelés avec une moyenne de 8,7 inflorescences par pieds ». Les vignes gelées à 100 % n’ont plus ou moins que 2,7 grappes.

-9°C

Avec des températures enregistrées jusqu’à -9°C, tous les cépages sont affectés. Comme en 2020, les plus gros dégâts sont constatés sur les cépages chardonnay et grenache du fait de leur précocité.

Dans le détail, seule la zone côtes du Rhône sud est relativement épargnée par la chute du potentiel de production, alors que le nord de la vallée du Rhône nord est très touchée. « La situation est très hétérogène dans les Costières de Nîmes est très hétérogène, où plus gros dégâts sont constatés sur les bordures Est et Ouest » détaille le consultant.

Dans le secteur Bouches du Rhône – Camargue, le nombre de grappes est proche de la moyenne 2017-2021. « Le Gard méridional, septentrional et les garrigues gardoises sont très touchés avec peu de zones indemnes » ajoute Bernard Genevet, prédisant de grosses hétérogénéités de maturité à la récolte dans les parcelles et au sein même des souches.

"Une baisse de récolte supérieure à la baisse du nombre de grappes"

Responsable des services viticoles de l’ICV, Jacques Rousseau noircit un peu plus le tableau. « Il faut s’attendre à une baisse de récolte supérieure à la baisse du nombre de grappes mesuré actuellement car les grappes secondaires sont beaucoup plus petites que les primaires » prévient-il.

Ailleurs en Provence, Vallée du Rhône, et Languedoc-Roussillon, les consultants viticoles ont compté les grappes sur une centaine de parcelles sur lesquels les dégâts de gel avaient été précisément évalués.

Ils ont trouvé une moyenne de 15 inflorescences dans les vignes épargnées. « Elle est tombée à 7,6 dans les vignes gelées à plus de 50 % et même 6,1 dans celles gelées à plus de 80 % » indique Jacques Rousseau, le responsable des services viticoles.

L’analyse qualitatives que les différents consultants ont réalisée sur des cépages taillés en cordon ou gobelet montre que tous n’ont pas réagi de la même façon.

Des cépages inégaux face au gel

« Certains cépages comme le carignan ou la syrah présentent des taux de destruction assez proportionnels à l’intensité du gel » résume Jacques Rousseau. Dans ce cas, les inflorescences primaires détruites n’ont pas été compensées par les inflorescences secondaires des bourgeons axillaires, de la couronne ou du vieux bois. « Les parcelles touchées à plus de 80% n’ont que 2 à 3 grappes par pied ».

Les consultants ont en outre observé des cas de filage, accentuées par les faibles températures de tout le mois d’avril.

D’autres cépages comme le merlot semblent plus résilients grâce à une bonne fertilité des contre bourgeons, voire des bourgeons du vieux bois. Les observations montrent que le colombard ou le sauvignon ont eu une attitude comparable.

Le grenache ou le chardonnay ont un comportement intermédiaire, dépendant de la vigueur des parcelles.

 

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